10 novembre 2009
Chapitre 10 : Nolan
J’ai attendu son appel toute la semaine, j’ai espéré chaque matin entendre la sonnerie et sentir à nouveau l’odeur des croissants. J’ai attendu toute la semaine un signe de vie et je me maudissais d’espérer encore et encore des nouvelles. Finalement, plus le temps passait et plus la déception devenait rancune, un véritable gamin. J’ai finalement eu un appel mais ce n’était pas Zach, c’était Christelle, la directrice de l’orphelinat. J’ai encore honte de ma précipitation lorsque j’ai entendu le téléphone, je l’ai même fait tomber.
Après le cours, Zach est venu me parler, j’ai tenté tant bien que mal de ne pas faire attention à lui en TD, d’essayer le plus possible d’être impassible, indifférent. Je crois qu’il l’a ressenti car il m’a rejoint dans le parking. A l’entente de mon nom, mon cœur à fait bon, sa voix m’avait donné des frissons cependant ma rancune accumulée dans la semaine me remontait dans la poitrine. Blessant, impersonnel, je l’ai repoussé. Pas un au revoir, pas un signe de gentillesse. J’étais horriblement déçu ! Plus déçu que ce que je voudrais, il se fichait éperdument de moi, alors que moi…je ne pensais qu’à lui. Un enfant…Je suis un enfant qui bave devant une chose qu’il ne pourra jamais avoir.
- Bonjour, je vous remercie d’être venue, me dit Christelle souriante.
Elle m’avait donné rendez vous ici pour parler de Zach, elle m’a presque supplié de venir car c’était important. Je n’ai pas pu résister rien qu’à l’entente du nom de Zach. Nous nous serrons la main, je suis curieux de savoir pourquoi est-ce qu’elle était si pressée de me voir.
- Allons boire un café, elle me dit en me montrant une petite terrasse.
Je la suis jusqu’au dit café, je commande un cappuccino et elle une infusion. Je ne peux pas m’empêcher de remarquer qu’elle a l’air soucieuse, ses yeux sombres sont cernés, la peau pâle, elle n’a pas l’air dans son assiette. Elle me fait presque sursauter en entamant la discussion.
- Vous voyez cela doit faire presque dix neuf que j’ai ouvert cet orphelinat, moi-même étant orpheline je comprends parfaitement tous ces enfants, je sais qu’ils se sentent abandonnés, seuls au monde. Ils se demandent pourquoi ils n’ont pas de parents. Il leur arrive même de les imaginer durant la nuit. La plupart sont si perdus qu’ils tournent mal…C’est pour les aider que j’ai ouvert cet orphelinat, c’est pour leur donner un semblant de famille que j’ai recueilli ces enfants, dit-elle mélancolique.
- Où voulez vous en venir Madame ? Je demande.
- Zach n’est pas sans famille, il a un frère avec qui il a essayé de se lier à nouveau, je ne parle pas de son père, seulement de son frère ! Je sais qu’il s’est marié. Je crois que ça serait une bonne chose qu’il retrouve une famille, tant d’enfants aimeraient avoir sa chance mais lui ne l’accepte pas. Il veut rester seul.
- Et que voulez vous que j’y fasse ? Je ne fais pas de miracle, je ne force pas les gens, ses problèmes ne me regardent pas, dis-je un léger pincement au cœur.
- Vous êtes mature. Vous êtes son chargé de TD, vous pouvez parler avec son frère ! Et avec son père aussi pour lui faire entendre raison pour récupérer son fils ! Car vous savez, monsieur, nous n’avons qu’une famille…
- Ça ne me regarde pas.
Elle me jette un regard désespéré mais je reste de glace. De tout manière, je vois pas comment je pourrais l’aider et je me vois absolument pas demander à Colgate s’il peut récupérer son frère.
- Ecoutez…Ce n’est pas tout…Je crois que Zach ne se plait plus à l’orphelinat, il mange de moins en moins, la rencontre avec son père l’a beaucoup marqué et l’atmosphère est assez pesante. Je pense qu’il a besoin de prendre des distances avec les enfants, ces responsabilités pèsent trop sur ses frêles épaules. Prenez-le au moins avec vous pendant quelque temps.
- Vous vous écoutez parfois ? Je ne peux pas le forcer à quitter son trou, il est le seul qui puisse prendre son envol ! Je ne suis pas son père ni son frère ! Je ne suis qu’un inconnu…
Cette phrase est amère. Elle me brûle la langue, je me retiens de grimacer.
- Je ne peux pas vous aider, je finis par dire en finissant mon cappuccino.
- Vous pouvez en toucher un mot à Zach ? Sans le brusquer…C’est un garçon fragile.
- Je lui en parlerai quand j’aurai l’occasion.
Je me lève sans aucune formalité, je paie les deux consommations en refusant poliment l’argent de Christelle, je lui serre la main pour lui dire au revoir. J’ai mal à l’épaule à cause de mon sac, je suis resté à peine quinze minutes dans le centre commercial mais je me sens déjà fatigué. Je veux rentrer…J’ai besoin de faire le vide. J’ai besoin d’être seul. Totalement évasif, je me laisse aller à l’escalator, je déteste ces machines, j’ai toujours peur de tomber à la fin. Je me dirige vers le métro d’un pas lourd, le ciel me pèse sur les épaules j’ai l’impression d’être écrasé. Je sors mon téléphone et compose un numéro, j’attends qu’on décroche.
« Salut vous êtes bien sur le répondeur de Link vous connaissez la suite biiiip »
Quand on en a besoin, ils sont jamais là. Je soupire et fais demi tour, finalement je sais ce que je vais faire de mon vendredi soir. J’entre à nouveau dans le centre commercial, j’achète trois bouteilles de vodka et un dvd. Ce soir, soirée solitude noyée dans l’alcool. J’arrive très vite à l’appartement, je jette ma veste dans un coin, mon écharpe sur le chauffage et je sors un verre.
Je sais que je devrais pas boire, je tiens même pas l’alcool alors deux verres suffiront à me mettre dans la Lune, je veux oublier, je veux oublier ce gamin qui occupe mes pensées. J’ai envie de laisser mon esprit se reposer, naviguer au gré du vent. Je veux noyer ce passé dans le liquide translucide, cette fluidité tentatrice. Cul sec.
C’est une nuit floue qui m’attend. Je crois que je n’ai pas bu depuis le nouvel an, j’avais finit dans le lit d’un garçon magnifique, des yeux noisettes espiègles, une bouche fine et légèrement rosé et une belle chevelure blonde. Il me tournait autour depuis quelques semaines mais j’étais froid à ses avances par timidité, finalement l’alcool m’avait totalement décoincé. Ca a duré trois mois, trois mois de mensonge, je n’étais pas fait pour la vie en couple et je l’avais blessé au plus profond de lui-même. Pourtant, c’est lui qui m’a trompé mais je n’étais même pas en colère contre lui, il ne m’était pas nécessaire. Je ne l’aimais pas. Je ne lui en veux pas d’être allé voir ailleurs puisque je n’étais pas vraiment présent, je ressortais toujours le prétexte de la thèse pour me débarrasser de lui. Inconsciemment j’étais entrain de créer notre rupture, je l’avais poussé dans les bras d’un autre. « Tu es froid Nolan, encore plus froid que tes yeux » Yan avait raison. C’est vrai…Je suis un vrai iceberg humain mais lorsqu’on perce cette carapace, je suis plus vulnérable qu’un insecte.
Je suis étalé sur le canapé, le verre à la bouche, l’alcool m’anesthésie totalement, je me sens partie dans les méandres de mes souvenirs, j’avais oublié la face cachée de cette saloperie de vodka, on croit oublier quelque chose mais c’est tout le reste qui revient au galop. Je me sens pathétique, réduit à boire comme un mal aimé au milieu du salon de sa sœur qui goûte aux joies du mariage. J’aurai dû être hétéro ça m’aurai évité des problèmes, ou alors je me fais moine. Ça y est, je divague, l’alcool commence à faire ses effets. Après une heure de breuvage je ne vois même plus mon verre, je décide de le poser sur le tapis car je ne pense pas pouvoir atteindre la table. Mon corps plonge dans le sommeil, j’ai mal à la tête mais mes paupières s’alourdissent. Brusquement, on sonne à la porte, j’ouvre les yeux, je crois rêver, je ferme alors à nouveau les yeux mais l’étranger se fait insistant. Je te jure, Link, tu vas me le payer si c’est toi…
Je tente de me relever, la salle tourne, je me crois dans un grand huit. Difficilement mais surement je me redresse sur mes jambes, comme un papi les mains tendus vers le sol en cas de chute inattendue. J’avance jusqu’à la porte, bien évidement je me cogne contre celle-ci « merde ». Je tente d’ouvrir la porte mais je n’arrive pas à attraper la poignée, mon dieu que c’est ridicule. Je sens que je m’écroule, je ne tiens plus debout et tout ce que je trouve à faire c’est me bidonner. Ca fait mal aux fesses mais ça me fait rire. J’entends la poignée qui tourne, finalement ce n’était pas Link. Je crois que j’aurai même préféré Colgate.
Zach reste perplexe, je plante mon regard humide dans le sien, je tombe comme une merde. Il se précipite sur moi et me redresse. Il finit par me secouer comme si j’étais entrain de plonger dans le coma, je crois que je vais vomir s’il continue. Je le repousse alors gentiment. En fait, j’avais pas de force pour le pousser correctement. Je réussis à me redresser sur mes pattes, il continue de me fixer avec un regard étonné.
- Qu’est-ce que tu veux ? Je lui demande alors vacillant
- Link a essayé de vous appeler plusieurs fois, vous n’avez pas répondu, il m’a donc demandé de passer voir ce qui n’allait pas, dit-il encore un peu essoufflé.
Aurait-il couru ? Pour moi ? Je décide de m’asseoir sur le canapé mais c’est pire, la tête qui fait des loopings.
- Maintenant que t’as vu que tout allait bien tu peux repartir, je dis le cœur serré.
Il n’aurait jamais dû venir. Il n’avait qu’à rester chez lui, je n’ai pas besoin qu’on me paterne ! Je sais faire attention à moi, j’ai jamais eu besoin de personne. Que ça soit Link ou lui, vous ne venez que quand ça vous arrange, quand c’est moi qui espère vous voir, vous n’êtes jamais là…Alors je n’ai pas besoin de vous. J’ai besoin de personne…Surement pas de lui, surtout pas de lui.
Je sens ma poitrine se serrer, Zach est resté silencieux, mon regard se vide, je plonge dans des sentiments sombres, j’ai mal à la gorge. Foutu alcool…t’étais censé me faire du bien et voilà que tu me déchires le peu de maîtrise que j’avais. J’en ai marre, j’en ai assez d’être là…
- Deux bouteilles ? Vous ne croyez pas que vous abusez un peu ? Il me demande sans s’approcher.
- Je suis majeur et vacciné, j’avais soif, dis-je en fermant les yeux.
Ma gorge se serre. Si j’avais été une fille m’aurais-tu regardé ? Si j’avais été plus beau ? Plus agréable, si je n’étais pas si rancunier, est-ce que tu serais venu me voir ? Serais-tu venu même si Link ne te l’avait pas demandé ? Je crois que non…Je suis sûr que non. Je dois arrêter d’espérer, de me faire des illusions. Zach ne ressent rien, pas même un regard, pas même de l’inquiétude. Juste une reconnaissance pour l’avoir aidé. Juste un remerciement et au revoir.
- S’il te plait, va t’en…, je le supplie presque.
Ma voix tremblait, mon corps entier tremblait, mes yeux me brûlaient. Quel crétin, je suis un véritable crétin ! Je suis ridicule, totalement bourré et à deux doigts de fondre en larme devant lui. Ma fierté part en fumée, ridicule, ridiculement seul. Zach ne semble pas décider à partir, pourquoi reste-t-il immobile ? Je le fusil du regard, les yeux pleins de larmes.
- Va t’en je t’ai dis ! Va t’en…J’ai pas besoin de toi. J’ai pas besoin de Link j’ai besoin de personne ! Casses toi !
Il s’approche alors lentement, je sens ma rage faire déborder mes yeux, j’explose en larme et m’écarte violement de lui alors qu’il me tendait une main affectueuse. Je ne veux pas de sa pitié ! Je ne veux pas de sa compassion ! Je veux simplement qu’il me laisse seul et qu’il oublie cet instant horrible.
- J’ai menti…, il murmure, Link ne m’a pas appelé …C’est moi qui ai essayé de vous appeler. J’ai appelé trois fois, pas de réponses alors je suis venu, j’étais inquiet.
Je reste perplexe, mes larmes cessent immédiatement, il détourne le regard de gène.
- Tu étais inquiet ? Je répète.
- Puisque je vous…je te le dis, dit-il en s’approchant.
Zach sort un mouchoir de sa poche et essuie mes larmes avec délicatesse. J’ai le cœur qui va exploser.
- J’ai toujours des mouchoirs sur moi, en ce moment les enfants pleurent souvent, la période de Noël approche et c’est dur pour eux. Voilà ! Dit-il avec un léger sourire.
Sans vraiment me contrôler, je pose mes mains autour de son visage, je l’attire contre moi et l’embrasse aussi tendrement que possible. Mon cœur explose, je sens ses mains sur les miennes. Un baiser au gout salé m’envoie au milieu des étoiles.
ENFIN!!!!!!! La suite, vendredi, niark! ^^
08 novembre 2009
Chapitre 9 : Zach
Je me détestais à être aussi faible, surtout devant lui. Je ne comprenais même pas pourquoi je pleurai, je ne comprenais pas pourquoi je pleurai sur son épaule, pourquoi j’étais allé de moi-même chercher son réconfort.
J’étais complètement perdu : les retrouvailles avec mon frère, son enthousiasme artificiel qui me faisait peur, l’affrontement physique avec mon père et la lâcheté de Tom. Ça créait des tensions à l’orphelinat parce que je me prenais la tête avec Christelle et que ça se répercutait ensuite sur l’atmosphère.
Hier soir, je n’avais même pas prévenu que je ne rentrai pas, je les avais plantés sur le programme. Christelle m’attendait de pied ferme et a commencé à m’engueuler en disant qu’en plus d’être capricieux, j’étais irresponsable. Sur ce, je lui ai rétorqué qu’avoir écouté ses conseils m’avait réservé un tête-à-tête macabre avec le paternel sous les yeux de mon frère qui n’a pas réagi et que si Nolan n’avait pas été là, j’aurai passé un mauvais quart d’heure.
Voilà ce ça donnait que de bouleverser les règles : j’avais voulu entrer dans un monde qui m’était interdit et maintenant, le monde que j’avais eu tant de mal à créer s’effritait lentement.
Et finalement, celui que je retrouvais partout où que j’aille, c’était Nolan. Ce matin, en sentant que je n’allais pas bien, ce n’était pas même Allan que je suis allé voir mais lui. Pourquoi ? Pourquoi aller voir un parfait inconnu pour me faire réconforter ? Peut-être parce qu’hier, il m’avait protégé, parce qu’il était la seule personne qui ait osé lever le doigt pour moi.
Je n’étais pas ingrat, je ne dis pas que Christelle et Allan n’ont rien fait pour moi mais ils font ça pour n’importe quel gamin. Après, c’est moi qui ai fait mes preuves en me construisant mon petit bonhomme de chemin alors que je n’avais aucun exemple à suivre. En plus, avec Allan, on ne s’adonnait pas à ce genre de câlins, il les réservait à Renaud, nous parlions, il essayait sincèrement de me comprendre mais là, je n’avais pas envie de parler.
Je ne savais pas pourquoi Nolan m’avait protégé, enfin, je savais que je ne le laissais pas indifférent mais c’était purement physique. Et aussi sûrement parce que je lui tenais tête sans arrêt. Mais sinon, nous ne nous connaissions pas : déjà que les personnes qui me connaissaient ne m’aident pas, alors pourquoi une personne que je ne connaissais pas m’aiderait ? Pour moi, c’était incompréhensible.
Incompréhensible mais agréable.
- Ça va aller ? Me demanda Nolan.
Honteux, je me contentai de hocher la tête.
- Toi, t’as pas beaucoup dormi, me dit-il. Va t’allonger sur mon lit pendant que je me prépare.
- Non, c’est bon, je vais devoir y aller aussi. J’ai cours moi aussi (il ne s’agirait pas en plus de tout ça de louper mon année !). Sinon pour ce soir, ça ne va pas être possible, je les ai plantés hier en plus du mariage, et Christelle ne va pas apprécier.
C’était vrai mais il fallait aussi que je prenne mes distances avec lui, ou autrement dit que je prenne mes distances avec tout ce qui se rapportait de près ou de loin à ma famille. Nolan était mon chargé de TD, point barre, je n’avais pas envie en plus que tout se dérègle à la fac ou avec mes amis.
- Oh, fit-il sans masquer sa déception, je comprends. Bah, si t’as besoin de passer un de ces quatre, viens, on se fera une soirée. En plus, les emmerdeurs sont partis, on sera tranquilles.
- Je verrai comment ça se passera. Merci pour hier soir et à vendredi.
- Bonne semaine, fit-il.
Je descendis les escaliers avec une pointe de culpabilité au cœur : je rejetai la seule personne qui m’avait aidé. Mais si je n’avais pas bravé les interdits, je n’en serai pas là aujourd’hui.
Je somnolai le temps du trajet et rejoignis Allan qui, à son air intrigué, avait eu sa mère au téléphone. Vlà que maintenant j’étais surveillé où que j’aille.
Les trois heures de cours passées, nous avalâmes notre panini à la cafèt avant de s’enfermer dans la bibliothèque, bien au chaud. Je rentrai à l’orphelinat à 5h, coupé dans mon travail par l’alarme incendie. Je posai mon sac dans ma chambre, allai grignoter une tartine de Nutella avant de m’occuper des devoirs des enfants.
La soirée se déroula normalement entre jeux de société, télé, discussions. Je prenais grand soin d’éviter Christelle, j’étais capable de partir sur mes grands chevaux alors que je n’avais pas envie de me disputer avec elle. A l’extinction des feux, je tentai de travailler pour pousser un peu plus loin ma réflexion sur le vol et l’arrêt que j’avais à commenter. Mais la fatigue me piquait les yeux et l’attrait de mon lit était trop important pour que j’arrive à l’ignorer. Seulement, au moment où j’allais éteindre la lumière, on frappa à ma porte.
J’allais rouspéter, croyant que c’était Christelle mais c’était Franck, l’instit de bio, math et physiques.
- il faut que tu m’accompagnes, c’est l’état d’urgence, là-haut. Inspection générale des chambres, la moindre trace de poudre ou de sachet vide, expliqua-t-il tout en grimpant les escaliers, la bagarre a éclaté, quatre gosses sont salement touchés…
- La chambre de Jérémy ?
- Ouais, ils sont entre les bons soins de Christelle mais là, va falloir sérieusement réfléchir à ce problème.
Marianne et Céline se chargèrent du second étage, celui des filles, Franck et moi, du premier l’étage des garçons. La maison comportait trois étages, le rez-de-chaussée ou l’étage commun avec le salon et la cuisine, le dortoir des garçons, le dortoir des filles où à chaque étage, les adultes du sexe correspondant avaient leur chambre. Les chambres furent passées au peigne fin : outre les réserves classiques mais clandestines de confiseries, cinq sachets de drogue furent découverts, tous chez les garçons. L’heure tardive ne nous permit pas de leur faire la leçon, nous les renvoyâmes se coucher en espérant leur avoir soustrait le moindre grain de poudre.
Nous nous réunîmes dans le salon. Nous tombions tous de sommeil mais l’heure était trop grave pour que nous dormions sur nos deux oreilles.
- Comment font-ils ? S’inquiéta Christelle. Ils sont toujours sous notre surveillance, ils ne sortent que le mercredi et le dimanche et c’est pour aller au parc floral. Le mercredi, nous sommes tous là et le dimanche, Allan et Renaud viennent gonfler notre nombre. On prend toutes les mesures de sécurité possibles.
- Et pourtant, les sachets sont bien là, constata implacablement Franck.
- Les enfants sont des proies faciles, ajouta Marianna, ils ne se rendent pas compte des dangers, ils sont attirés par l’argent et la police ne se méfie pas d’eux. Le problème, c’est que nous ne pouvons pas alerter la police, le cas est trop important, on risquerait de perdre les enfants et Dieu seul sait où ils se retrouveront.
- On est obligé de les alerter, comme tu l’as dit, ce n’est plus seulement Jérémy là, mais cinq gamins, et ça crée des tensions et des bagarres entre eux. On ne peut pas rester inactif. Aller chercher un gamin, je veux bien, mais là, imposer notre autorité ne fera que les frustrer d’avantage.
- J’irai les prévenir, trancha Christelle, en leur demandant de rester discret. En attendant, on brûle les sachets.
- Mieux vaut les remettre à la police, observa Marianne. Garde-les dans le coffre jusqu’à demain.
Ne pouvant rien faire d’autre pour le moment, nous vérifiâmes avant d’aller nous coucher que tout le monde était couché. Si c’était le cas pour les filles, les garçons étaient encore de discuter avant de se taire brusquement quand ils nous entendirent. Franck me conseilla d’aller me coucher, disant qu’il me préviendrait sur mon portable s’il y avait un problème.
Malgré mon épuisement, je ne dormis que d’une oreille, cette nuit-là. J’arrivais le lendemain, les poches sous les yeux striés de rouge.
Je racontai la situation à Allan et Renaud qui étaient tout autant consternés que nous. Je rentrai à l’orphelinat à la pause de midi pour apporter un peu mon soutien. Lorsque j’arrivai, Christelle me raconta que les policiers étaient déjà passés et qu’ils allaient tout mettre en œuvre pour arranger la situation. Mais bien sûr !!
Pour aujourd’hui, les garçons étaient privés de sortie tandis que les filles étaient parties jouer au parc floral. Ce n’est pas ça qui allait arranger l’ambiance, l’humeur était morose. Je retournai à la fac à 4h pour mon TD sans traîner à la fin de celui-ci. Nous devions inspecter toutes les chambres avant le coucher des enfants et surtout des filles.
La situation s’arrangea jusqu’à la fin de la semaine mais le sommeil s’en ressentit. Les tensions créaient des bagarres entre les jeunes et nous devions souvent intervenir la nuit. Pour l’occasion, j’avais déménagé dans la chambre de Franck afin d’éviter qu’il n’ait à gérer la situation tout seul.
Ça me fit un choc de voir Nolan au TD de droit pénal spécial. Les événements à l’orphelinat avaient accaparé toute mon attention et je l’avais complètement oublié, d’ailleurs, soit je me faisais un film soit il avait décidé de m’ignorer, en tout cas, ça changeait considérablement des derniers jours. Je sais que j’avais dit que je devais couper les ponts avec lui mais son comportement me faisait mal au cœur.
Je laissai couler, ne souhaitant pas me prendre la tête en plus avec lui. Peut-être comprendra-t-il que certains bossaient et que je ne pouvais pas passer tout mon temps avec lui. D’accord, il m’avait aidé mais ça ne faisait pas de moi son esclave.
Mais une heure et demie, c’était long. Comme on dit, y a que les imbéciles qui changent pas d’avis, enfin, ce n’était pas forcément vrai parce que les filles changent d’avis comme de chemise et ce n’est pas pour autant une preuve d’intelligence.
A la fin du TD, je laissais mes trois amis prendre de l’avance et courus rejoindre Nolan qui avait déjà disparu. Je le coinçai dans le parking :
- Nolan, attends !
- Dans un lieu public décent, je vous prierai de reprendre le titre officiel, monsieur Delavers.
La poudre me monta au nez. Vexé, je répondis agressif :
- Je croyais c’était vous qui aviez insisté pour le tutoiement ?
- Bon, céda-t-il, qu’est-ce que tu veux ?
- Je voulais m’excuser pour cette semaine, j’ai eu des soucis à l’orphelinat.
- Et ?
- Bah…
- Bon, tu m’excuseras mais je suis pressé, je n’ai pas de temps à perdre avec un gamin égoïste.
Et il partit d’un pas décidé direction le métro mais la direction opposée que celle pour rentrer. Donc, il allait au centre commercial. Un rendez-vous ? Intéressant…
Je le suivis, enfin, je le laissai prendre de l’avance, vu que je me doutais qu’il allait au centre commercial. Pourquoi cette envie ? Aucune idée, toujours est-il qu’on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement, surtout que c’est lui qui a commencé à me coller.
Il y alla à pied, bah, se prendre le vent en pleine face lui remettra les idées en place, en attendant, je pris le métro pour le devancer tout en restant discret. Le vendredi soir, c’était ma soirée donc je n’étais pas obligé de rentrer, d’autant que la situation s’était calmée. Je repérai l’entrée par laquelle il allait arriver et me mélangeai à la foule. Je le vis, je le suivis, il emprunta les escalators jusqu’au troisième étage pour prendre une table au Paradis du Fruit. Beurk, je détestai ce restaurant. Je le suivis du regard en m’installant à la terrasse et me contraignis à commander un Joséphine Baker. Je devais faire attention à mes dépenses, en plus des croissants, pas de soirée ciné la semaine prochaine.
Il serra la main à son vis-à-vis que j’eus le temps d’apercevoir un micro-dixième de seconde. Honnêtement, j’ai tout imaginé : mon père qui se serait mis dans la tête de le dissuader de me fréquenter, Allan qui aurait pu se montrer jaloux (oui, j’étais vraiment parti loin), ou un rendez-vous galant. Je sais pas moi, des possibilités, y en a plein un vendredi soir !
En plus, ça voulait dire que la surveillance était amoindrie, bon, ok, j’étais mal placé pour dire ça mais ce n’était pas moi le patron.
Qu’est-ce que Christelle faisait là ? !
Bisous!
Chapitre 15 : Un présent lié au passé
La douleur me parcourait tout le long du corps : elle me vrillait les tympans, me sortait par les trous de nez, me secouait les tripes. Elle envahissait la moindre parcelle de mes entrailles, aussi impitoyable qu’une coulée de lave qui détruisait tout sur son passage.
Les battements de mon cœur étaient deux fois trop rapides pour me permettre de respirer normalement, j’avais l’impression que mes poumons étaient transpercés de part en part par des pics d’acier et que mes os se dissolvaient. Tout mon corps était en ébullition, j’avais terriblement chaud, et mon cerveau hurlait la fin, implorait la pitié.
Mais rien n’y faisait.
Inconscient du monde extérieur, j’étais deux fois plus conscient de ce qui se produisait à l’intérieur de mon corps, de cette douleur qui me déchirait. Ma raison complètement effilochée sous l’effet de la douleur, mon instinct de survie emplissait tout entier mon cerveau et ordonnait la fin de cette torture.
La mort était là. Ceux qui la voient de près racontent qu’ils voient leur vie défilée devant eux : les personnes qui me tenaient le plus à cœur revinrent me hanter.
Et contre toute attente, les premières apparitions furent matérialisées par mes parents. Une pointe de culpabilité m’envahit : ils étaient morts à cause de moi. Ils m’avaient fait beaucoup de mal mais au fond, ils n’étaient pas méchants. Ma mère avait simplement souhaité oublier son passé et il se trouve que j’en faisais partie. Elle ne m’avait pas abandonné comme elle aurait pu le faire et m’avait offert la possibilité d’avoir une famille avec un frère et une sœur : elle ne m’a jamais reproché d’être trop proche d’eux. Je crois, avec le recul, qu’elle ne savait pas trop comment s’y prendre avec moi. Peut-être se disait-elle que si elle accordait trop d’amour pour un enfant issu en partie d’une famille de psychopathes, elle se verrait pour toujours liée à eux.
Antoine et Alex vinrent me rendre une dernière visite. Je ne les avais pas ménagés ces deux-là et je regrettais le temps que nous avions passé ensembles, allongés sur la pelouse du parc, en train de discuter à la cafèt ou au Mcdo, de se chamailler en cours comme des gamins. Je voulais leur dire au revoir et les remercier de m’avoir accepté parmi eux, ils ont été l’une des rares personnes à ne pas m’avoir rejeté.
Lorsque la grosse tête de Mickey s’imposa ensuite dans mon esprit, je ne pus m’empêcher de sourire. Le fait de travailler là-bas m’a permis de gagner en indépendance et de vivre par moi-même, m’ouvrant un peu plus au monde extérieur. Dommage que cette expérience se soit mal terminée mais il n’en demeure pas moins que Disney représente période importante de ma vie
Un frisson d’excitation me parcourut à l’image de Matt et Alex puis un étrange sentiment de révolte me fit trembler. Je revis l’image de Matt hurlant de désespoir et de terreur lorsqu’il me trouva effondré par terre gisant dans mon propre sang.
Maintenant que je pouvais enfin partir, pourquoi mes tripes rejetaient-elles la mort avec autant d’ardeur ? Après tous mes efforts pour y parvenir, toutes les peines et souffrance qui ont réussi à me dégoûter de la vie, je l’avais bien méritée, non ?
Et pourtant, un sentiment d’insatisfaction subsistait et me rongeait le cœur : allais-je vraiment partir sans avoir revu Alexia au moins une fois ? Allais-je vraiment fuir la colère méritée de Matt ?
N’avais-je pas décidé de mettre fin à cette histoire pour les revoir tous ? Mais s’ils ne voulaient plus me voir, si… S’ils me rejetaient maintenant qu’ils connaissaient la vérité ? Je ne me voilais pas la face quant à l’attitude de Matt : quelque chose en lui avait radicalement changé et de manière si subite que c’en était effrayant. Je ne pourrai pas l’amadouer avec des mots doux et me faire pardonner ne serait pas facile.
Mais j’avais déjà vécu pire. Je pouvais au moins essayer, non ?
Et si le fait de voir sa vie au moment de mourir était une manière de nous faire peser le pour et le contre pour être sûr de son choix, nous laisser une infime chance de se battre ? Que les humains ne peuvent pas décider du droit de vie ou de mort ? Quand il n’y a plus d’espoir, quand on meurt sur le coup, on n’a pas le temps de se poser la question mais là, l’hésitation était tellement forte que j’avais l’impression que mon crâne allait exploser. Et si j’hésitais, n’était-ce pas parce qu’il y avait une part en moi qui voulait vivre ?
Mais si j’étais déçu une nouvelle fois ? Si je rentrais de l’hôpital pour croupir dans ma chambre ? Je n’étais pas prêt à revivre ça une nouvelle fois.
Ce fut lorsque la douleur devint trop intense pour que je la supporte que je sus que je voulais vivre. Vivre parce que moi aussi, j’avais droit au bonheur et qu’il était à portée de main.
C’était étrange cette sensation de vivre parce que c’était nouveau : je n’avais jamais vraiment accordé tant d’importance à la vie, toujours attiré par ce mystère de la mort, persuadé que je serai enfin en paix là-bas.
Petit à petit, le calme régna dans mon cerveau et je réussis à faire abstraction de la douleur. Une mer bleue azur baignée par les rayons du soleil se créa dans mon esprit ; les mouettes chantaient gaiement au-dessus des flots en accompagnant les marins qui revenaient de leur pêche, l’air satisfait du devoir accompli. Un petit bébé s’agitait dans les bras de sa maman voulant s’approcher de la mer ; le papa prit le bébé dans ses bras et marcha avec lui jusqu’à la mer. Le bébé leva la tête, plein de reconnaissance envers son père, un homme fort, blond aux yeux bleus…
Je repris doucement contact avec la réalité, laissant mes yeux s’habituer à la luminosité et mon cerveau se reconnecter avec mon corps ; celui-ci était tellement engourdi que je ne pouvais même pas lever le petit doigt mais je ne notai aucun dommage irréparable dû au poison.
Légèrement étourdi, je regardai autour de moi pour situer où je me trouvais. Je dormais sur un lit deux places moelleux, une couette épaisse rabattue jusqu’au cou ; de fait, la luminosité était trop faible pour que je distingue clairement les meubles mais je devinais la forme d’une commode en face du lit et d’une armoire sur le côté. Ça ne ressemblait pas à une chambre d’hôpital.
Je me redressai et accusai le tourbillon qui naquit au creux de mon estomac et à l’intérieur de ma tête. Je n’insistai pas, sentant que j’étais encore trop faible et que je n’avais nulle part où aller. Mes paupières papillonnèrent pour chasser la fatigue qui les accablait puis j’essayai de capter des bruits pour me repérer. Je n’étais pas attaché, en même temps, vu mon état, aucun lien n’était nécessaire pour me retenir contre mon gré.
J’attendis mais personne ne vint me voir et une sourde angoisse s’empara de moi. M’avait-on abandonné à cause du fardeau que je représentais ? Une solitude tristement familière menaça de m’engloutir. Je me secouai, refusant de laisser l’angoisse m’habiter. Je savais qu’Anthony ne m’abandonnerait pas.
Je voulais parler, appeler, mais la gorge sèche m’en empêcha. Je regroupais mes forces pour tenter de me lever mais à peine avais-je posé les deux jambes à terre que je m’effondrais. Je frappais le sol de frustration et m’obstinais dans mes efforts inutiles jusqu’à ce le bruit alerte mes geôliers ou n’importe qui d’autre. Mes nerfs, luttant contre cette angoisse sourde qui cognait contre mes tempes pour pouvoir entrer, étaient mis à rude épreuve.
La porte s’ouvrit à la volée laissant apparaître une silhouette à la carrure musclée. J’eus un mouvement de recul quand il se précipita sur moi et me mis à hurler quand il me toucha.
- C’est moi, Raphaël, c’est moi, c’est Anthony !
Je relevais la tête, hagard, et cherchai son regard, mon regard. Alors, je le serrai dans mes bras jusqu’à l’en étouffer, refusant de le laisser partir.
- Pourquoi tu m’as laissé tout seul ? Lui reprochai-je en sanglotant. Pourquoi n’étais-tu pas là ? !
- Mais je… Tu étais en train de dormir et j’étais juste à côté.
- T’es comme mon père ! Sanglotai-je en tapant du poing contre son torse, sans parvenir à me contrôler. Tu m’as laissé tout seul, je croyais que t’étais différent… Je…
Je ressentis un grand vide lorsqu’il me lâcha et il me repoussa lorsque je voulus me serrer à nouveau contre lui.
- Tu penses vraiment ce que tu dis ? Fit-il, la voix brisée.
Je ne trouvais aucune réponse adaptée, peur de dire une bêtise, peur que mes mots ne l’atteignent pas. Je voulus le prendre dans mes bras pour lui faire comprendre que je regrettais… que même si je ne l’aimais pas encore, je n’avais pas voulu lui faire de mal…
Il ne m’en laissa pas le temps, se leva et sortit en ignorant ma détresse, en me laissant là.
Comme un con.
Hébété, le cœur serré, des larmes me prirent par surprise et s’échappèrent de leur cocon. Je secouais la tête violemment.
Je savais que j’étais allé trop loin, mais j’avais eu tellement peur et je lui en voulais de m’avoir effrayé comme ça. Ma réaction était exagérée, j’en avais conscience, mais mon père m’avait traumatisé quand j’étais gosse et quand j’étais paniqué, je ne me contrôlais plus.
Plus jamais je ne voulais ressentir cette ignorance, c’était une véritable phobie. C’était peut-être une forme d’égocentrisme plus violente que les autres mais c’était surtout une manière de m’assurer que j’étais vivant. En fait, je crois bien que si ma réaction est si irrationnelle, c’est parce que je répondais à un instinct animal, à mon instinct de survie.
Mais le vide qu’Anthony avait laissé en partant me faisait douloureusement prendre conscience que j’en avais trop fait : je n’étais pas le seul à avoir souffert et mon traumatisme ne me permettait pas d’agir à tord et à travers, il ne justifiait pas que je blesse les autres sans prendre en considérations leurs propres blessures. Ce vide, tout en me faisant mal, me faisait réaliser que je m’étais attaché à lui. Or cette fois, j’étais fautif : je ne pouvais pas passer pour l’innocente victime et je devais aller m’excuser pour pouvoir le sentir de nouveau contre moi. Car je sentais l’amour qu’il éprouvait pour moi, c’était un amour inconditionnel et pourtant doux et je ne voulais pas perdre tout ça, c’était comme priver un enfant d’une délicieuse sucrerie.
Je me traînais jusqu’à la porte. Une fois sorti de la chambre, je rassemblais mes forces pour me lever et marchais en m’aidant du mur. Je reconnaissais les lieux même dans l’obscurité pour y avoir passé plus d’une semaine et sachant qu’il n’y avait pas dix mille endroits où nous pouvions aller : nous étions rentrés chez Janet.
Visiblement, j’occupais la chambre de Mark, connaissant Janet, elle avait prêté sa chambre à ses deux frères, autrement, Anthony se trouvait dans la pièce d’à côté. Je retrouvais peu à peu mes sensations physiques de telle sorte que je pouvais à peu près tenir sur mes jambes et me présenter convenablement.
Je ne frappais pas avant d’entrer et me dirigeais d’un pas que je voulus ferme vers le lit, où dormaient Anthony et Ludovic. Le premier s’était levé à ma vue tandis que le deuxième dormait toujours, mon tapage ne l’avait visiblement pas gêné.
Dans ma précipitation, je m’emmêlais les pieds et trébuchais. Anthony fut là pour me retenir et je m’agrippai à lui. Il soupira :
- Viens, on va manger quelque chose.
Il m’aida à descendre pour rejoindre la cuisine en faisant le moins de bruit possible pour ne pas réveiller Mark et Janet qui dormaient tous deux dans le canapé-lit du salon.
Il alluma la lumière de la cuisine, me fit asseoir et fouilla le réfrigérateur et les placards pour sortir à manger. Une table de petit-déjeuner fut bientôt dressée devant moi, ce qui éveilla mon appétit. Je me servis une tartine de beurre et au moment où je l’avalai, croisai le regard d’Anthony. Refroidi, je gardai le silence un moment pour trouver mes mots. J’optai pour la franchise et je lui montrai ma cicatrice. Il l’avait déjà vue bien sûr mais sans jamais me poser de questions.
Au fur et à mesure de mon récit, son teint devint plus livide et ses poings se serrèrent.
- Voilà, je me suis un peu trop emporté, tu n’y étais pour rien.
- Non, c’est moi, j’aurai dû y aller avec plus de tact. Après tout, sans même savoir pourquoi, tu es encore fragile et j’ai été trop brutal. Je suis désolé.
- Non, c’est moi, répliquai-je avec humilité. C’est un sujet sensible pour nous deux, je ne suis pas le seul à avoir souffert.
- N’en parlons plus et concentrons-nous sur la suite, conclut Anthony.
- Que s’est-il passé après m’être évanoui ? Demandai-je curieux, après avoir hoché la tête.
- Au début, ton état était très instable, ce qui empêchait tout déplacement. Au bout de longues négociations, Ludovic a ensuite obtenu qu’ils nous laissent partir, arguant qu’on en revenait au statut quo et que le résultat, si le duel avait été livré dans de bonnes conditions, n’aurait pas eu d’impact. Donc c’est pour ça qu’on est de retour chez Janet comme si on n’était jamais allé là-bas. Et au final, ça aura été une grande perte de temps, vu que nous n’avons récolté aucune information et que tu as failli y passer.
- Mmmmmh... Donc on ne sait pas où est ton père ?
- Non, il n’était pas prisonnier là-bas. Il a bien été capturé par la « famille » mais il a ensuite été ramené à la base en toute discrétion.
- C’est le chef qui vous a dit ça ?
- Oui mais étant donné qu’on n’en sait pas plus, on est obligé de lui faire confiance. Maintenant, la question est : que faisons-nous ?
- J’en sais rien, soupirai-je.
- Comment te sens-tu ?
- Je suis pas d’attaque pour partir à l’autre bout du monde, mais de toute façon, je vois pas vraiment ce qui nous reste, soufflai-je, las.
- Et Matt ? Demandai-je après un long silence.
Anthony hocha la tête négativement en haussant les épaules.
Je reposais la tête en arrière, repoussant l’envie de dormir.
Je ne voyais pas ce que nous pouvions faire d’autre pour glaner d’autres informations. Personne ne savait où était le paternel et je ne savais pas comment le débusquer. Demander à une agence de détective privée ? Mais nous ne savions même pas dans quelle zone chercher… Le FBI, la CIA ou que sais-je encore ? J’ignorais tout de la manière de les contacter, je ne savais pas si nous pouvions leur demander de l’aide et nous serions morts avant de pouvoir les approcher. Et puis leur demander quoi ? Chercher quoi ?
Mon crâne menaça d’exploser sous la frustration : après être allés aussi loin, nos efforts tombaient à l’eau. Le silence se prolongeant, nous décidâmes de retourner nous coucher : j’avais besoin de dormir et il valait mieux en parler avec les autres demain à une heure plus raisonnable. Nous débarrassâmes rapidement la table et je retournai me réfugier sous la couette, assailli par des émotions aussi fortes que diverses : fatigue, douleur, résignation
Mais aussi quelque part, détermination, la détermination d’aller de l’avant.
Toutes les portes demeuraient obstinément fermées où que nous allions mais je continuais à réfléchir, à trouver un moyen pour avancer. Parce que je me rendais compte que j’avais changé et que ce changement avait porté ses fruits.
Il n’y a pas si longtemps que ça, je ne serai pas allé chercher Anthony pour quérir sa chaleur. Les personnes n’étaient pas les mêmes puisque je ne comptais même plus le nombre de refus et de rejets que j’avais essuyés de la part de mes parents mais jamais je ne me serai montré aussi expressif, préférant me renfermer et m’apitoyer sur mon sort. Avec le recul, le ridicule de ma tentative de suicide me sauta aux yeux, ce n’était pas en mourant que je pourrai changer quoi que ce soit ; en même temps, ce jour-là, tout était terminé pour moi, comme le montrait l’attitude de mon père à l’hôpital. Ce n’est qu’avec la naissance d’Alexia que les choses ont changé, pas directement par rapport à moi.
Alexia et Matt me manquaient. Lilas me manquait, pas question d’abandonner.
Paradoxalement, ma détermination me calma et je me rendormis sans m’en rendre compte.
Il s’agissait plutôt d’un demi-rêve que d’un vrai rêve, un de ces moments où j’ai conscience de ne pas vraiment dormir tout en étant trop plongé dans le sommeil pour pouvoir en sortir. Ça m’arrivait tous les matins, juste avant de me réveiller. Je le savais maintenant et j’étais préparé mais ils me laissaient toujours autant désorienté, toujours aussi haletant.
Je me sentais léger. J’avançais sans pouvoir reculer puis je me retrouvai dans la salle à manger dans la maison de mes grands-parents en Bretagne : bizarre et dérangeant. Toute ma famille était réunie autour de la table à manger, papa, maman, grand père, grand mère, Alexia et Matt. Et tout simplement, je ne pouvais pas les rejoindre. Ils étaient à portée de main, je les voyais mais je ne pouvais pas les retrouver, j’étais cloué sur place. Et j’ai vu mon grand père.
Je me suis réveillé en sursaut. C’est ce genre de rêve qui me rabaissait plus que les gifles de ma mère. Des rêves insignifiants et qui pourtant me faisaient tomber tellement profond que j’en avais honte.
Je me levais péniblement, mon corps étant assez faible et tout engourdi, pour aller aux toilettes et me jeter un coup d’eau sur le visage. Je m’attardais un instant devant la glace pour admirer mon reflet. Le teint cireux, les poches sous les yeux, la peau sur les os trahissaient les épreuves que j’avais endurées. Je soupirai : tout ça n’était pas terminé.
Du mauvais rêve une image me restait : grand père refusait de s’effacer. En général, il suffisait que je passe un coup d’eau sur le visage pour me revigorer. Son attitude à mon égard m’avait dégoûté. C’était rare qu’une personne arrive à ce point à me marquer, les gens m’en avaient fait tellement bavé que je ne me souciai plus de leur mesquinerie.
Puis une phrase que j’avais oubliée pendant un moment me revint en mémoire. Elle m’avait pourtant intrigué à l’époque. Il restait un espoir. Au lieu de retourner me coucher, je descendis dans le salon pour retrouver les autres.
L’horloge indiquait 4h de l’après-midi, j’avais dormi plus longtemps que je ne le pensais mais c’était normal puisque mon corps avait besoin de repos et que je m’étais levé tard la nuit dernière.
Mark était assis sur le canapé à côté de sa mère : le premier avait la tête posée sur l’épaule de sa mère tandis que la deuxième avait passé son bras autour de ses épaules. Ludovic et Mark étaient assis sur les fauteuils qui se faisaient face, tous deux rongeant leur frein. La tension était palpable dans la pièce et j’avais envie de hurler : « garde à vous ! Clan de la victoire, au rapport ! » mais c’était légèrement déplacé et moi-même, je n’étais pas d’humeur folichonne.
Ludovic m’accueillit de manière sobre en hochant la tête à ma vue, Anthony se précipita sur moi pour m’étouffer dans ses bras, ce qui me fit sourire tout en engendrant une certaine peur de mourir.
- Comment te sens-tu ? S’enquit Janet qui se leva pour me laisser sa place, une fois qu’Anthony m’eût libéré et regagné sa place sous la désapprobation de son frère.
- Ça va, j’ai à peu près récupéré.
- Tu nous as fichu une sacrée frousse. Ton cœur s’est arrêté de battre deux fois, m’apprit Mark. Un peu plus, et on perdait Anthony en même temps : il nous faisait des crises cardiaques chaque fois que tu t’évanouissais.
Mon regard coula de biais vers Anthony qui avait détourné le sien, gêné. Je décochai un sourire.
- Tu as déclenché des crises terrifiantes, tellement fortes que par deux fois, ton cœur n’a pas supporté le coup. Puis tu t’es calmé au fur et à mesure que l’antidote purifiait ton corps mais le processus a été très long : il a duré dix jours. Ensuite, tu as mis pas moins de deux semaines pour te réveiller et la première semaine, ton état était très instable.
- Trois semaines ? Répétai-je abasourdi. Que s’est-il passé pendant tout ce temps ?
- Pas grand chose. Ils nous ont laissé rentrés en Europe mais maintenant, nous sommes bloqués ici avec les autres à nos trousses. Nous n’avons pas trouvé le père d’Anthony et de Ludovic et avec toi dans cet état, nous ne pouvions pas vraiment voyager.
- Désolé de vous avoir ralentis. Mais j’ai peut-être une idée.
Les épaules se rehaussèrent, les yeux brillèrent de nouveau. J’espérais ne pas nourrir de faux espoirs. Je leur racontais.
- D’accord, il faut retourner en France, conclut Anthony en soupirant.
- Oui, mais je ne sais pas ce que ça vaut.
- Ça se saurait si les indices nous sautaient aux yeux, ajouta-t-il. On n’a aucune autre piste exploitable de toute façon. Le problème, c’est le voyage. Tu pourrais y aller avec Ludovic : ce sera plus discret et c’est la personne la plus expérimentée.
Je croisai le regard déterminé de Ludovic. Nous passâmes le reste de la journée à planifier notre retour en France en hésitant sur le moyen de transport. C’était risqué et ce sera long mais nous nous optâmes pour le bateau : la belle-sœur de Janet, qui habitait sur la côte ouest, faisait souvent l’aller-retour entre la France et l’Angleterre avec son bateau pour voir leurs amis en Bretagne et qui possédait un bateau. Ainsi, nous étions indépendants, sans risque d’être reconnus à l’embarquement, d’autant que la frontière entre l’Angleterre et la France n’était pas si grande.
La soirée se déroula calme et agréable avant d’aller nous coucher tôt, ce qui ne m’empêcha pas de me lever tard le lendemain, les autres ne cherchant pas à me réveiller. Je pris une douche rapide et mangeai un morceau dans la cuisine. Nous quittâmes ensuite la maison dans un maximum de précaution pour six heures de routes. Mark et Anthony avaient tenu à nous accompagner, refusant de rester derrière plus que nécessaire.
Heureusement, les embouteillages nous furent épargnés. Nous arrivâmes vers vingt heures et fumes accueillis très chaleureusement par nos hôtes. Mary et David avaient prévu d’aller en France le week-end prochain mais avancer leur voyage de 24 heures ne leur posait pas de problème. La conversation fut enjouée même si je cassais un peu le rythme de la soirée en allant me coucher. La fatigue de la route se faisait cruellement ressentir et demain, comme nous devions nous lever tôt, le luxe de la grasse matinée ne me sera pas accordé.
De fait, je fus incapable de dormir, l’excitation était trop puissante, l’espoir trop intense et l’incertitude trop forte. J’avais envie de sortir mais si nous n’avions pas l’air d’avoir été suivis, mieux valait ne pas pêcher par excès de prudence, cela ne nous avait guère réussis à Buenos Aires. Moi qui n’étais jamais parti en voyage, en à peine un an, j’étais allé en Allemagne, en Angleterre et en Argentine. J’avais l’impression que ça faisait une éternité que je n’étais pas rentré chez moi : mais rentrer pourquoi ? Tout ce que je trouverai, ce sera une maison vide, très peu pour moi !
Je levai ma main, paume vers le ciel et passai un pacte avec moi-même : quoi qu’il arrive, je bouclerai cette histoire ou je mourrai en essayant. Si mon analyse était juste, ce sera bientôt terminé. Nous devions surmonter une dernière épreuve avant de pouvoir nous reposer en paix. J’esquissai un sourire, me tournai sur le ventre, enfoui ma tête dans mon oreiller et m’endormis sur mes deux oreilles.
Le lendemain, je me réveillais avec un enthousiasme rare. Je ne tenais pas en place, secouai Ludovic pour qu’il se dépêche. Mary nous avait préparés un petit-déjeuner royal, un breakfast typiquement anglais avec des œufs, des saucisses et du bacon, des toasts, des céréales et tutti quanti.
Avant de partir, je voulais passer un peu de temps seul avec Anthony. Mais je ne savais pas quoi dire et je ne me voyais pas le prendre dans mes bras. La portée de mes sentiments était trop imprécise le concernant mais il ne me laissait pas indifférent. Toutefois, je ne le connaissais que depuis peu et je ne pouvais toujours pas me résoudre à le considérer comme mon père. Je ne pouvais pas remplacer mes parents aussi rapidement, d’ailleurs, il me semblait que, malgré leur comportement envers moi, je ne pourrai jamais les remplacer.
- Prenez soin de vous, ordonna Janet.
- A bientôt, lançais-je.
Le voyage fut long, très long, et mon cœur supporta mal les vagues folles qui s’amusaient à malmener le bateau : affalé sur le pont, la tête par-dessus bord, je déversais tout ce que j’avais avalé au petit-déjeuner. Ludovic se moqua de moi et, vexé, je retournai m’allonger sur les couchettes, dans la cabine. Celle-ci était très bien équipée, mini-cuisine dernier cri, réfrigérateur et four traditionnel intégrés, couchettes hyper confortables. Les rangements sous les couchettes étaient spacieux et contenaient plusieurs paires de skis nautiques et de surfs.
Généreux et gentils, Mary et David nous avaient déposés à bon port ; cela ne leur faisait pas faire de grand détour puisqu’ils descendaient plus bas mais ils s’étaient vraiment montrés adorables.
Nous étions partis tôt le matin et nous arrivâmes le soir à une heure avancée. Notre périple était bientôt terminé, plus que cinq kilomètres à parcourir. D’autant plus qu’il y avait très peu de chances que nos ennemis surveillent ce lieu.
La petite ville portuaire bretonne était pleine de restaurants et d’hôtels et à cette période de l’année, tous étaient vides, ce qui nous permit de réserver une chambre sans difficulté. Ludovic donna évidemment un faux nom avant de payer et de monter dans la chambre.
J’avais envie de dormir mais il fallait que nous nous organisions pour demain.
- Je partirai en reconnaissance demain. Tu en profiteras pour dormir.
- Je ne vais pas dormir alors que vous courez au-devant du danger, protestai-je.
- Et moi, je préfère que tu restes ici au lieu de prendre le risque que tu sois capturé bêtement.
J’allais répliquer quand je me souvins du sermon que j’avais sorti à Lilas et Matt et de la tentative ratée de mon formateur. Je fermai mon clapet à contrecœur.
De fait, je n’eus pas le temps de m’inquiéter car Ludovic était déjà de retour une heure avant mon réveil. Je savais que j’exagérais mais j’ai vraiment besoin de repos, toutes ces péripéties m’avaient énormément marqué, même si nous étions tous dans le même état.
- Comme tu le pensais, la voie est libre, m’annonça-t-il.
- Allons-y, dis-je déterminé.
J’étais déterminé mais j’étais aussi terrifié. Je ressentais jusque dans la moelle la trahison de grand-père et j’étais bien placé pour savoir que ce n’était pas parce que la voie était libre que tout se passerait bien. Mais là, je n’étais pas seul, j’étais avec Ludovic et il ne me laissera pas tomber. De plus, je savais que, dans le pire des cas, si nous ne revenions pas, notre absence ne passera pas inaperçu, d’autres personnes s’inquiéteraient. Je pensais à Anthony. A mon tour de me battre.
Nous prîmes un taxi, n’ayant pas le courage d’y aller à pied, sous des trombes d’eau, pour arriver chez mes grands-parents. Je ne les avais même pas prévenus, mais c’était tout aussi bien, ainsi, ils n’auront pas le temps de prévenir mes ennemis.
J’ordonnai au taxi de s’arrêter avant de pénétrer sur le sentier de terre : d’une, ça nous fera économiser (et oui, nous étions à deux euros près), de deux, notre arrivée sera plus discrète. Je regardai l’heure : à cette heure-ci, Matt et Alexia devaient être à l’école. Et le temps de transport nous accordera un délai supplémentaire.
Seulement, malgré toute ma détermination, je fus incapable d’effectuer un pas en avant, avant de repenser à Anthony. Ludovic posa sa main sur mon épaule, je croisais son regard, le même regard qu’Anthony, que le mien… Seuls les yeux de Mark brillaient encore. J’avais décidé d’aller de l’avant, je me forçais à avancer. Je poussai le portillon, traversai la cour. J’entrai sans frapper à la porte d’entrée. Mon cœur battait la chamade : j’allais bientôt savoir.
N’ayant pas de chiens, ils n’avaient pu être prévenus de notre arrivée, et je ne ressentis aucune culpabilité lorsqu’ils portèrent leur main à leur cœur en me voyant, accompagné d’un géant blond aux yeux bleus qui lançaient des éclairs meurtriers.
Ils étaient en train de jouer aux cartes, apparemment pas plus torturés par leur conscience que ça pour moi, et je suppose que je leur aurai fait plaisir en disparaissant. Je soupirai avant de prendre mes aises et de m’asseoir sur la troisième chaise tandis que Ludovic prenait place sur la dernière chaise.
- Comment oses-tu revenir ici ? Menaça grand-père.
Son ton froid et sifflant me laissa indifférent et je me surpris à me demander comment ce petit vieux rabougri avait pu me faire peur. Ma grand-mère, en bonne hôtesse qu’elle était, se retira pour nous laisser parler.
- Ne t’inquiète pas, je ne vais pas m’éterniser ici, assurai-je. Je repartirai quand tu m’auras dit la vérité.
- Je n’ai rien à te dire, s’obstina-t-il.
Son silence têtu ne me dérangea pas et je fis comme chez moi, laissant mon regard traîner dans la salle : des tableaux, des broderies, des photos. La plupart représentait Alex et Matt et de mes parents ; il y en avait une, malgré tout, qui nous regroupait tous ensembles et la ressemblance entre grand-père et moi était flagrante.
Comme un automate, je m’approchai et pris le cadre entre les mains. Je commençais à comprendre… Tout s’emboîtait et rien n’était un hasard si j’avais atterri là.
Grand-père était mon grand-oncle. Et je compris comment il avait pu me livrer de sang-froid à mes ennemis.
- Pourquoi ne m’as-tu pas aidé si tu savais ce que j’allais subir ? M’enquis-je, étourdi.
- Je ne vois pas ce que tu veux dire…
- Arrête ! M’énervai-je, craquant face à l’évidence qu’il continuait de nier. Tu sais plus de choses que tu ne le laisses croire et tu peux nous aider à mettre fin à tout ça.
- Pour moi, c’est déjà fait et vous parler ne servira qu’à me faire replonger dans ce cauchemar.
- Pourquoi m’avoir aidé alors quand j’étais petit ?
- Ce n’était pas pour toi, objecta-t-il. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je serai parti sans demander mon reste, mais pour ton père : j’ai voulu lui rendre le cœur plus léger. Il aurait donné sa vie pour toi.
- Si tu savais quelle importance j’avais à ses yeux, pourquoi m’avoir ignoré pendant tout ce temps, pourquoi ne pas m’avoir sauvé ?
- Parce que tu me rappelais trop de mauvais souvenirs.
- Raconte-moi.
Grand-père soupira et se frotta les yeux après avoir retiré ses lunettes.
- Vous voulez du thé ? Proposa-t-il en anglais, ce qui me surprit, ne lui connaissant pas ce talent.
Nous secouâmes la tête puis devant notre silence et notre obstination, il se lâcha.
- Nous étions trois frères, reprit-il en anglais, et j’étais le cadet. J’ai fini mon service à la prochaine succession et c’est là que j’ai dû m’occuper de ton père, comme l’exige la… « tradition ». Je t’épargne les détails mais au moment où je devais définitivement prendre ma retraite, ton père m’a demandé une chose, et je n’ai pas pu résister. Je savais ce que je risquai mais j’ai pris ta mère et toi en partant pour la France.
« Bien sûr, ta mère a subi quelques modifications chirurgicales, ce n’était pas tellement répandu à l’époque mais c’était nécessaire et plus tard, j’ai rencontré ta grand-mère. Elle était veuve de deux ans et avait un enfant. Je l’ai rencontré, bel homme, gentil et bien élevé avec une bonne situation, je lui ai présenté ta mère et le courant est bien passé. Il a été plus facile de vous cacher tous les deux en vous fondant dans une vraie famille. Enfin, maintenant, je me dis que nous avions tout faux et qu’ils ont toujours su où tu étais puisqu’ils n’ont eu aucun mal à te dénicher quand ils ont eu besoin de toi.
« Pour répondre à ta question, reprit-il, si je t’ignorai, c’est parce que je ne voulais pas attirer l’attention sur toi, enfin, entendons-nous bien, je n’ai jamais pu te supporter. D’ailleurs, au début, j’ai laissé ta mère se débrouiller seule pour ne pas attirer l’attention sur vous, ainsi, le rendez-vous a eu lieu par hasard. Le pire, c’est quand j’ai commencé à vous aimer et à m’attacher à vous. C’est pour ça que j’ai pris peur et c’est pour ça que je ne voulais pas entendre parler de toi. D’une, tu étais un garçon difficile, ce qui pouvait se comprendre avec ce que tu avais traversé et de deux tes yeux bleus me rappelaient inévitablement mon vrai monde.
- Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Pourquoi ne m’as-tu pas prévenu pour que je m’enfuie ?!
- Tu n’aurais jamais pu t’enfuir, tu le sais maintenant que tu as rencontré ton père, il est passé par là lui aussi. Et maintenant, je sais que tu étais sous constante surveillance. Et je te le dis, je devais protéger ma famille.
- Mais je fais pourtant partie de ta « famille », insistai-je en pensant malheureusement à nos liens de sang.
- As-tu jamais considéré que tu faisais partie de cette « famille » ?
- Non, mais c’est différent, je n’ai pas grandi en son sein.
- Et c’était voulu. Rappelle-toi, ils prennent soin, quand ils le peuvent, de laisser grandir les futurs candidats dans l’ignorance. D’ailleurs, comment as-tu su que j’étais impliqué directement ?
- Le jour où tu m’as livré, tu m’as dit que ta maison était protégée et que c’était moi qui avais amené le malheur sur la famille, expliquai-je. Je m’en suis souvenu il n’y a pas longtemps. A l’époque, je ne savais pas ce qui m’attendait donc je n’ai pas vraiment compris ce que tu avais voulu dire, je pensais que c’était une façon de parler. Et je me suis dit que ce n’était peut-être pas si innocent, que tu m’avais livré parce que tu savais ce dont ils étaient capables. Après, j’ai rapproché ta situation de celle de Ludovic qui nous avait dit qu’il était protégé du fait de son ancien statut et que replonger là-dedans ne ferait que rouvrir les hostilités alors qu’il avait accompli son boulot et qu’il pouvait enfin oublier tout ça.
- C’est faible comme indice, remarqua-t-il.
- Je sais, reconnus-je en baissant la tête, mais nous ne savions plus quoi faire et nous sommes au bout du rouleau.
- Et qu’attends-tu de moi au juste ?
Je relevais la tête, étonné qu’il me propose finalement son aide. Jouait-il double jeu ? Etait-il en train de gagner du temps pour que les autres reviennent ? Après tout, grand-mère s’était bien éclipsée dans la cuisine pour y faire qui savait quoi. Une sueur froide coula le long de ma colonne et je jetai un œil à Ludovic. Ce dernier comprit mon inquiétude mais haussa les épaules.
- Ne saurais-tu pas où se trouve ton frère aîné ?
- Pourquoi ?
- Parce que nous pensons qu’il enquêtait, qu’il avait découvert le pot-aux-roses sur les activités occultes du groupe et qu’il aurait réuni suffisamment de preuves pour les inquiéter.
- Je vois mais je ne sais pas où il est.
- Ah bon ?
- Si eux ne le savent pas, ça veut dire qu’il s’est trouvé une cachette digne de ce nom et je ne vois pas pourquoi je le saurai, surtout que je n’ai pas cherché à le retrouver.
- Même pas un indice, un détail ? Insistai-je pour m’accrocher à quelque chose.
- En fait, il est venu il y a bien longtemps, soit disant qu’il avait envie de me voir. Au final, je ne l’ai pas beaucoup vu, à toujours partir en vadrouille aux quatre coins de la Bretagne, disant que ça lui procurait un bien fou.
- Quand était-ce ? Demandai-je, plein d’espoir.
- Il y a une dizaine d’années. Marine doit en savoir plus, elle l’a beaucoup côtoyé pendant ce temps. Allez lui demander.
- Merci grand-père, dis-je en me levant et prenant déjà la direction de la cuisine d’où je l’avais vue disparaître.
- Tu continues à m’appeler grand-père ? S’étonna-t-il. Après ce que je t’ai fait et en sachant la vérité ?
- Et bien oui, répondis-je sans me poser plus de question. Comme tu le dis, dis-je en français pour ne pas que Ludovic me comprenne, je ne reconnais pas dans cette « famille ».
- Tu sais que tu es très égoïste avec Anthony en agissant comme ça, tu lui fais beaucoup de mal.
- Je vais lui parler à propos de ça, assurai-je, mais je ne peux pas vous renier après tout le mal que je me suis donné pour que papa et maman me reconnaissent. Et quoi que vous disiez, Alex et Matt resteront mes frère et sœur.
- Je comprends.
De toute façon, je n’avais pas besoin qu’il me comprenne mais ça me faisait plaisir de voir qu’il ne me crachait pas dessus.
Grand-mère était dans la cuisine en train de préparer le déjeuner.
- Grand-mère ?
- Oui ?
- Tu te souviens du frère de Grand-père ? Il m’a dit que tu avais passé du temps avec lui.
- Que veux-tu savoir ?
- Il ne t’a pas parlé d’enquêtes qu’il aurait effectuées, d’un rapport ?
- Non, il ne parlait pas beaucoup, je le suivais parce qu’il m’intriguait. Le dernier jour, nous avons pique-niqué sur les rochers mais il ne s’est pas montré très expansif non plus. Nous avons quand même pris une photo ce jour-là.
- Je pourrai la voir ? Dis-je curieux parce que finalement, je ne l’avais jamais vu, ce bonhomme si mystérieux.
- Demande à ton grand-père. C’est lui qui l’a rangée.
Je soupirai, n’ayant pas envie de retourner le voir, surtout pour le voir rouler des yeux dans le meilleur des cas, refuser ma réponse dans le pire. Après tout, la seule faveur que je lui avais demandée, il l’avait refusée alors que c’était pour voir ma sœur une dernière fois avant d’être livré. Mais il avait finalement fini par se mettre à table pour me révéler tout ce qu’il savait.
Il haussa un sourcil face à ma demande et les secondes me parurent des heures lorsqu’il se décida enfin à monter dans sa chambre pour aller chercher la photo.
Je replongeais dix ans en arrière, en voyant ce regard qui m’avait percé la chair, qui m’avait hypnotisé, m’empêchant de me replier à l’intérieur de moi-même alors que tout ce que je voulais, c’était partir. Ce regard que j’avais tant maudit. Le voir là, en chair et en os, c’était comme le découvrir réellement parce que ses yeux m’avaient tellement marqués que j’en avais oublié le reste, surtout que je n’étais pas vraiment en état de le détailler physiquement. Mais je savais qui c’était.
- Raphaël, ça va ? S’enquit Ludovic.
- Oui… Je sais qui c’est… Il faut rentrer chez moi.
- Chez toi ? S’étonna-t-il.
- Grand-père, il faut que tu me prêtes une voiture.
- Quoi ?
- Tu as bien gardé mes papiers et mes clefs la dernière fois ?
- Oui, j’ai tout gardé.
- Nous serons fixés plus vite que je ne le pensais.
Rien n’était un hasard si j’avais atterri là, finalement, je n’avais jamais échappé à mon destin. Mais comment avaient-ils pu tous me cacher cette vérité ?
- T’es marrant, toi, j’en ai besoin ! Bon, d’accord, tiens -fit-il en me tendant les clefs de la voiture vaincu par mon regard insistant, sachant très bien qu’il avait une deuxième voiture- mais tu fais attention, hein ?
- Merci grand-père, répondis-je sans relever sa dernière remarque sachant qu’il parlait pour la voiture et non pour moi.
Ludovic dormit pendant le trajet et je mis la musique pour étouffer ses ronflements. Une question me taraudait : je ne connaissais pas l’identité de mon mystérieux voisin car je ne l’avais jamais vu dans l’immeuble après ça et évidemment, mes parents ne m’avaient jamais parlé de lui, ce n’était même pas sûr qu’ils l’aient remercié. Je pensais plus que, comme moi, ils avaient dû le maudire de m’avoir sauvé.
En arrivant au bout de cinq heures de route, je me garai directement à l’hôpital où j’avais été admis, me disant que cette information devait bien se trouver quelque part dans mon dossier. Je laissais Ludovic garder la voiture et me précipitai dans le hall à l’accueil. J’attendis une demi-heure avant d’être rejoint par Ludovic -fou de rage que je l’aie laissé dans la voiture sans le prévenir de quoi que ce soit- et une demi-heure encore avant de pouvoir parler à l’infirmière de l’accueil. Cinq minutes plus tard, je sortis de l’hôpital victorieux et sans perdre de temps à m’expliquer avec Ludovic, je repris la route pour me garer dix minutes plus tard dans le parking de mon immeuble.
Là, je coupai le contact et lui expliquai la situation.
- Très bien, allons-y, conclut-il, déterminé.
- D’accord.
Je ne savais que trop penser : j’avais peur d’être trop confiant, n’ayant pas envie de tomber de haut, peur de m’être trompé sur toute la ligne et je ne voulais pas non plus d’une demie-victoire, il nous fallait ce rapport.
D’après la liste des noms, mon mystérieux voisin habitait un étage au-dessous de nous, ce qui expliquait pourquoi il avait accouru si vite quand mon frère avait crié à l’aide. Je frappai à la porte, le cœur battant à tout rompre, enfin !
La voisine d’en face, Mme Mappoint, sortit à ce moment-là :
- Bonjour madame, dis-je poliment.
- Bonjour jeune homme, vous venez voir M. Gratier ? Vous le ratez de peu, il vient juste de partir.
- A l’instant ?
- Oui, je discutai avec lui, y a pas trente secondes, vous ne l’avez pas croisé ? Je vais jeter mes poubelles, si vous voulez bien m’excuser.
Nous nous effaçâmes pour la laisser passer.
- Tu es bien d’accord que nous n’avons croisé personne en venant et que l’ascenseur n’a pas bougé d’un poil ? Me demanda Ludovic.
- Oui, confirmai-je.
- Donc il est encore là. Il a dû nous voir et monter à l’étage.
- Il y a une porte de secours sur le toit qui donne à un escalier de secours.
- Allons-y. Il ne doit pas courir bien vite, on va le rattraper, fit-il en grimpant les marches.
- Attendez ! L’arrêtai-je subitement en passant à mon étage.
- Quoi ? Tu ne te sens pas bien ? Je pars devant.
- Non, attendez. J’ai comme un pressentiment.
Je sortis les clefs de chez moi pour ouvrir la porte.
Je n’eus pas le temps de comprendre ce qui m’arrivait que j’avais le cul par terre dans le couloir et que Ludovic menaçait un homme avec un couteau à la gorge, un autre couteau par terre. Le temps s’arrêta puis Ludovic força l’homme à rentrer en me faisant signe de les suivre. Au moment où je sentis un métal froid glisser sur ma gorge, Ludovic se retourna vivement pour envoyer un coup de coude à mon agresseur. Je me sentis perdre l’équilibre lorsqu’elle me crocheta les jambes mais j’eus la présence d’esprit de m’éloigner et de me tenir hors d’atteinte de ses assauts tandis qu’elle se faisait maîtriser par Ludovic qui tenait toujours en respect l’autre homme.
Tout ça ne dura pas plus d’une minute mais la technique de Ludovic me bluffa. Comme un imbécile, je n’avais pas pensé qu’ils nous attaqueraient et j’étais allé tête baissée dans un piège. Ludovic regroupa les deux acolytes au bout de la pièce et se posta devant moi, pour me protéger.
- Calmez-vous, fit l’homme en anglais, nous ne vous voulons pas de mal, ajouta-t-il en levant les bras. Et je sais pourquoi vous êtes là. Laissez Annette vous montrer quelque chose.
Ludovic la laissa faire tout en restant sur ses gardes. La femme releva la serviette qu’elle tenait à la main avant de plonger la main à l’intérieur. Ludovic était déjà derrière elle, le couteau sous la gorge. Elle en sortit un document.
- Tout ce qui les concerne se trouve rassemblé ici. Nous avons agi trop précipitamment mais nous sommes tellement sur les nerfs que nous croyions qu’il s’agissait d’une attaque ennemie. Tenez, ajouta-t-il en tendant le document, lisez.
- Donnez-le à Raphaël, ordonna-t-il.
- C’est en allemand, précisa-t-il. Je ne crois pas que notre jeune ami connaisse cette langue. Nous avons tout autant à perdre que vous si nous ne collaborons pas.
Ludovic prit le papier, lut rapidement puis :
- Je cois effectivement que nous devons parler.
L’homme nous proposa de nous asseoir et sa compagne. Je n’étais pas à l’aise mais peut-être était-ce le contexte qui me rendait nerveux. Cela faisait longtemps que je n’étais pas rentré chez moi et de savoir que des inconnus pouvaient y entrer à leur guise ne me rassurait pas. Je ne me serai pas cru si sentimental.
- Comment êtes-vous remonté jusqu’à moi ? Demanda l’homme.
J’oubliais un instant mes états d’âme et me concentrai : je fis le tri dans mes idées pour partir du début après avoir décidé de ne mentionner aucun nom en particulier.
- Après m’être libéré, j’ai rencontré mon prédécesseur et nous avons cherché à trouver un moyen pour les coincer. D’abord, nous avons envisagé de nous lancer dans une enquête de grande envergure mais nous n’avions ni les moyens ni le temps puis nous nous sommes dit qu’ils n’avaient pas pu agir pendant si longtemps sans jamais se faire repérer.
« Nous avons creusé jusqu’à la fondation de l’entreprise et d’après quelques contacts, on vous aurait aperçu en Argentine pour disparaître du jour au lendemain.
« Là-bas, nous avons fait choux blanc puis je me suis souvenu d’une phrase que m’avait dite mon grand-père qui m’a mis la puce à l’oreille après avoir reconstitué les faits et c’est lorsqu’il nous a montré la photo que je me suis souvenu de vous, résumai-je.
- Je vois, et bien, tu as une bonne mémoire, confirma-t-il. J’avais pourtant pris soin de ne pas me montrer à toi pour que tu ne puisses pas me reconnaître.
- Pourquoi ?
- Je crois que je vais reprendre dans l’ordre, ce sera plus simple.
« Tout a commencé à la mort de mes fils, débuta-t-il en plongeant son regard dans celui de Ludovic. J’ai trouvé ça suspect dans le sens où mes propres frères avaient disparu dans des circonstances mystérieuses, ils ont mis ça sur le coup de la malédiction mais je ne suis pas bête.
« J’ai enquêté mais étant le patron du groupe, j’étais tout le temps surveillé ; ce n’est que quand j’ai été à la retraite que je m’y suis lancé sérieusement : j’ai fouillé, j’ai interrogé, j’ai mis des détectives privés sur le coup. Pour les puissants, aucun obstacle ne demeure debout bien longtemps avec les pots-de-vin, chantage, services. J’ai effectivement fini par découvrir que Buenos Aires était la capitale de leur trafic et je me suis rendu sur place pour approfondir mes recherches.
« Mais avec tout ça, je n’ai pas été très discret et je me suis fait prendre. Je risquai gros, très gros, et je ne voulais pas tout stopper alors que j’étais en si bon chemin. J’ai mis la plus grosse et importante partie du manuscrit en sécurité et je leur en ai remis une partie après l’avoir conservée en mémoire. Ensuite, j’ai réussi à négocier pour conserver ma vie et ma liberté…
Son silence m’a tout de suite fait comprendre ce qu’il entendait par là.
- Vous m’avez vendu.
- Je devais assurer ta surveillance, en effet, et les prévenir de tout déplacement ou déménagement. Pour eux, c’était tout bénef, ils nous maintenaient tous les deux sous leur domination et ce, d’une manière discrète. Mais pour moi, ça me procurait les avantages de rester libre et actif.
- Donc si vous m’avez sauvé ce jour-là, c’était pour vous couvrir ? Vous n’auriez pas pu me laisser crever si vous saviez ce que j’allais vivre ? Fis-je agressivement pour qu’il se rende compte que je n’allais pas me laisser influencer par sa soi-disant bienveillance sous prétexte qu’il avait les documents.
- Je pensais être dans les temps mais les négociations ont un peu traîné.
- Des négociations ? Avec qui ?
- Voici Annette, présenta-t-il. Elle ne vous rappelle pas quelqu’un ?
Je pris le temps de l’observer un peu plus et l’évidence s’imposa d’une telle force que j’en tremblai de la tête aux pieds. Elle ressemblait trait pour trait à ma formatrice. Mais cela voulait-il dire que cette dernière était une espionne ?
- Ma formatrice, soufflai-je.
- Je suis sa sœur, déclara Annette, elle est prisonnière. Une prisonnière active, c’est encore pire.
Je me souvins des éclats de voix la veille de ma fuite, juste avant que Mark ne vienne me trouver pour m’ordonner de fuir. Elle semblait effectivement contre le traitement qu’on allait me réserver, même si je n’en étais pas sûr puisque je ne comprenais pas l’allemand.
- Je suis aussi la fille d’un patron d’une grosse boîte, poursuivit-elle. Nous collaborons pour faire couler l’entreprise familiale de Peter, le problème, c’est que ça ne répond plus là-haut, ils ne veulent pas se mouiller.
- Menaces ?
- Peut-être, peut-être pas. Parce que toutes les preuves que nous avons rassemblées ne concernent que les activités occultes en aucun susceptibles d’être rattachées à l’entreprise en elle-même, donc ça ne les intéresse pas de les traîner en justice. Ils ont tout à y perdre.
- Quoi ? M’exclamais-je. Vous plaisantez ? Toutes leurs activités sont en rapport avec l’entreprise et la preuve la plus flagrante, ce sont les meurtres ! Ne me dîtes pas, avec tout votre travail, que vous n’avez pas réussi à les relier à l’entreprise !
Ils échangèrent un regard avant de reprendre.
- Donc tu as compris que quelque chose cloche, toi aussi. Si tu pousses un peu plus loin, tu devrais comprendre.
- Je ne sais pas, s’ils ont toutes les preuves mais qu’ils ne veulent pas agir, peut-être est-ce pour protéger votre sœur.
- Voyons, tu es bien placé pour savoir que les liens de parenté ne veulent rien dire. Jouer les justiciers ne les intéresse pas.
- Une alliance ? Supposai-je.
- Oui, affirma Peter, même si je pensais pouvoir leur faire confiance vu qu’ils devaient récupérer Angela.
- Mais je croyais que vous aviez appris à reconnaître les bons contacts ? Répliquai-je, moitié hypocrite moitié étonné.
- Ils ont joué double-jeu. Maintenant qu’ils savent tout sur l’entreprise, ils ont les pleins pouvoirs, ils sont devenus les actionnaires majoritaires de la société.
- Mais qu’est-ce qui les empêche de traîner les anciens dirigeants dans la justice ? Pour eux, ça fera un super coup de pub, non ? Du style, « de nouveaux dirigeants, un monde meilleur ».
- Bien sûr que non. Le nom de la société sera associé à un scandale et ça ne les intéresse pas.
- Mais ils ne vont quand même pas laisser subsister le groupe de l’ombre ? Parce que même s’ils ont récupéré toutes les preuves, qu’ils nous capturent de nouveau, les générations futures se rebelleront de nouveau. C’est trop fragile comme équilibre et ça finira forcément par péter.
- Comme tu dis. Ce ne sont pas des justiciers mais ils veulent effectivement rompre avec la tradition, c’est-à-dire, faire en sorte qu’elle n’ait jamais existé, que rien ne puisse lui être relié : supprimer les preuves, toutes les preuves, insista-t-il.
- Nous aussi ?
- On en sait trop et on est directement lié à la famille, confirma-t-il.
- Donc, maintenant nous ne sommes plus engagés dans une course contre la montre mais dans une course contre la mort ?
- Exactement.
- Mais, sans vouloir vous vexer, comment ça se fait que vous soyez toujours en vie et en liberté alors ?
- Je viens tout juste de me libérer avec l’aide d’Annette qui était censée me surveiller. C’est pour ça que j’ai pu revenir jusqu’ici pour récupérer quelques documents et qu’on n’a pas beaucoup de temps devant nous.
- Ont-ils déjà lancé le processus ? Intervint Ludovic pour la première fois.
- Oui.
- Alors les autres ne sont plus en sécurité là-bas.
- Attendez, comment comptent-ils nous éliminer ?
- Non mais leurs gardes du corps sont surentraînés et sont tout à fait aptes à accomplir ce genre de mission.
- Mais ça reviendra au même : il restera des gens au courant, ou de quoi alimenter un scandale si l’un d’eux se dénonce. Ou alors on entre dans une spirale infernale.
- Ils peuvent aussi être tués en prison, ça arrive. Mais de toute façon, je ne sais rien de tout ça. Toujours est-il que nous ne pouvons pas nous attarder. Suivez-nous.
- Attendez, nous devons prévenir les autres. Leur donner un lieu de rendez-vous. Il faut que je leur envoie un mail.
- C’est trop risqué, ils peuvent l’intercepter.
- Pour l’instant, ils ne savent pas où nous sommes, si ? Donc ça va. Nous ne pouvons pas nous enfuir en les laissant derrière.
- Mais ils peuvent nous repérer s’ils surveillent les mails de Janet. Bon, d’accord, capitula-t-il, de toute façon, ce n’est pas comme si c’était secret. Dites-leur de prendre le prochain vol pour Buenos Aires.
- Pardon ?!
Aaaaaaaaah, j'arrête d'écrire des chapitres si longs, je mets trois heures à tout relire!! Heureusement que je vous aime parce que là, vous l'auriez la semaine prochaine le chapitre, j'ai marre!! Bref!
Que de révélation dans ce chapitre!! Je suis trop forte, moi-même, je ne pensais pas que le sauveur jouerait un rôle si important ^^ J'ai été bien inspirée, c'est à ça qu'on reconnaît les bons auteurs, niark --> ok, ok, je sors et même en triosième vitesse.
Bon, comme j'ai traîné, je vous mets un chapitre de JUSD en prime avant d'aller me coucher. Et on a décidé avec Danouch qu'on publierait tous les mardis et vendredis. En fait, je sais pas pourquoi je vous facilite la tâche à vous donner toutes les dates, lol. Parce que derrière, y a pas grand monde, pour me dire : Oh oui, tu es la meilleure ! Heureusement que je suis là pour le faire!! Mais j'ai bien rigolé quand j'ai vu que vous étiez nombreux à venir ce midi pour voir s'il n'y avait pas une MAJ, AHAHAHAHAHA !! Je vous ai bien eus!
Non, au fait, c'est parce que je révisais, si, si, c'est vrai!
Mais siouplait, un petit com parce que je me tue vraiment à la tâche pour vous sortir un truc de bonne qualité * je ne réponds pas des chapitres de Danouch, y a tellement de fautes que... Oups, je me tais, elle va le taper*
Allez, bisous tout le monde.
Merci à Danouch, Stéphy et Gabie ! Merci les filles pour votre soutien ! Et on se dit rendez-vous dans huit mois pour partir au Japon, niark!
05 novembre 2009
Chapitre 8 : Nolan
Finalement, il a accepté mon invitation, à vrai dire, je ne lui ai pas tellement laissé le choix puisque je refusais catégoriquement de le laisser partir seul. Je savais que si je faisais cela, j’allais me torturer toute la journée en imaginant le pire, déjà qu’il occupe assez mes pensées, il manquerait plus que je m’inquiète pour lui. Nous descendîmes les escaliers mais arrivés au rez-de-chaussée je me suis rendu compte que j’avais encore mes chaussons. J’eus le droit à un léger sourire moqueur de Zach, bizarrement, je n’étais absolument pas vexé, je me suis même surpris à sourire à mon tour en me grattant l’arrière du crâne comme un imbécile. Il souriait et c’était le plus important.
J’ai couru jusqu’à l’appartement en lui répétant une centaine de fois que s’il m’attendait pas il aura un zéro au prochain TD rendu, il a souri à nouveau en m’assurant qu’il ne bougerait pas. Un peu plus enthousiaste, j’ai monté les marches quatre à quatre. J’ai ouvert brusquement et je suis tombé sur le père de Colgate, il me lançait un regard assassin, je l’ai soutenu avec autant de dureté que possible. J’ai récupéré mes chaussures et je suis sorti de ma chambre décontracté.
- Tu ne manges pas avec nous ? Me demande le père de Colgate avec un sourire hypocrite.
- Hors de question.
- Ne me dis pas que tu vas aller manger avec ce gamin ? Se moque ledit père.
- Vous parlez sans doute de votre fils ? Celui qui vous avez presque étranglé ? Oui, c’est bien avec lui que je vais manger et je vais même l’inviter ! Et puis on ira surement passer la soirée ensemble, je souris.
Tout est bon à prendre pour lui foutre la rage, le fait même qu’il se tienne là devant moi me donne la force d’un sayan, je lui aurai bien mis un kaméaméa dans la tête. Je lance un regard encore plus mauvais à Tom qui se tient derrière lui aussi silencieux qu’une tombe, honteux il n’ose pas tenir tête à son père totalement barge. Je refuse de rester dans la même pièce que lui ! Je sais que je ne pourrai pas me contenir très longtemps avant de le jeter par la fenêtre.
- C’est pour ton bien que je te dis ça, dit-il d’un air presque paternel.
- Et bien pour votre bien, je vous déconseille de lui refaire du mal en face de moi, capiche ?
- Nolan, vas y, appelles moi quand tu rentreras, me sourit tendrement Ely.
Je ne quitte pas du regard le père de Tom, je finis par sortir quelque peu énervé par cette discussion. Je rejoins Zach qui a bien attendu dans l’entrée, je tente de sourire devant lui mais malheureusement mon sourire est assez crispé et je crois qu’il l’a très bien ressentit. Après quelques minutes de marches il finit par entamer la discussion alors que j’étais perdu dans mes pensées, mes questions. Pourquoi est-il violent avec son deuxième fils ?
- Je suis désolé pour ce qui s’est passé aujourd’hui, je vous ai mêlé à une histoire de famille.
- Tutoie-moi et on est quitte.
- Euh …je sais pas trop si j’y arriverai.
- Je t’en prie, on n’a que trois ans de différence, je dis presque en rigolant.
- D’accord.
- Et puis pour ton père si tu veux tout savoir, je pense qu’il va se prendre un sacré savon par Ely, tu sais, on ne dirait pas comme ça, mais elle est très autoritaire et elle déteste la violence. C’est quelque chose qui la fout dans une colère noire et je t’avoue que même moi j’en ai peur.
- Ely ? Je ne vous…je te crois pas, rit Zach.
- Je te jure ! Une vrai furie !
Finalement, on a détendu l’atmosphère en imaginant la tête d’Ely en pleine crise d’hystérie. Enfin arrivés devant le Macdo, on a commandé comme des ogres et on s’est posé à l’intérieur, il faisait beaucoup trop froid pour se mettre dehors. Zach m’a posé des questions sur ma thèse, je lui ai posé des questions sur vie d’étudiant. Il a finit par m’expliquer qu’il était orphelin et que la dame qui m’avait hébergé n’était pas sa mère, je me sentais carrément con parce qu’Ely m’avait déjà dit que sa mère était morte. Je n’ai pas cherché à trop lui poser de question sur son statut d’orphelin même si j’en mourrai d’envie. Je sais à quel point c’est désagréable de parler de son passé. Je ne suis donc pas attardé là-dessus, on a commencé à parler de film.
- Non, tu peux pas dire que Edward Norton est une biche ! Tu as vu Fight Club ?
- Absolument pas ! Et si c’est pour voir le même genre de navet que Hulk, c’est pas la peine ! Rétorque Zack.
- Non tu peux pas dire ça de Fight Club ! C’est un blasphème ! Demain chez moi à 15h, le meilleur film de tous les temps.
- Euuh j’ai cours demain …
- Ah chier…bon bah 20h ?
- Je sais pas trop…
- Allez !!
Oh…Je viens de me rendre compte que j’insiste trop, j’ai une irrésistible envie de me retrouver avec lui devant un film, lumière éteinte. J’ai encore envie de parler avec lui de film et tout ce qu’il veut ! J’aimerai tout simplement passer de temps avec lui. C’est une étrange sensation…Je suis pas stupide, je sais ce que ça veut dire et ça ne me plait pas du tout…Je suis en train de craquer pour un étudiant, qui plus est le frère de mon beau frère. Je suis totalement figé sur place, mon enthousiasme naturel a disparu soudainement, je ne devrai pas me comporter ainsi. Je me racle la gorge et je chuchote presque qu’on devrait rentrer. Il répond aussi gêné que moi. Je crois que j’ai posé un froid énorme.
Nous marchâmes dans les rues de Paris, les mains dans les poches, je l’observe du coin de l’œil, il est plongé dans ses pensées et ne me remarque même pas. Son écharpe cache son visage, ses joues rougies par le froid des yeux profondément verts. J’ai le cœur qui bat. Je me secoue la tête ! Nolan, reprend-toi !
- Demain, 20h alors ? Il me demande.
- Ça marche, je dis étonné.
- Je te préviens : si comme je le pense, ton film est nul à chier, je vais te charrier toute la soirée, dit-il un grand sourire sur les lèvres.
Je suis …heureux. Nous nous quittons devant chez moi, il me fait un petit geste de la main avant de me remercier et partir jusqu’à la prochaine station de métro. Je monte les marches un peu troublé par cette journée, il est déjà 22h, j’ouvre la porte ma sœur et Colgate regarde la télé enlacé l’un contre l’autre.
- Nolan ! Alors tu as passé une bonne journée ? Me demande Ely
- Oui et vous ?
- Ca va. Malgré la petite scène de cet après midi tout va bien.
- Je tiens à m’excuser de la part de mon père, me dit Colgate.
- Je m’en fous de ces excuses. Penses aux tiennes pour ton frère.
Je pars sans un mot jusqu’à ma chambre. J’observe mon lit et je crois que je vais dormir comme un bébé ce soir, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Ce soir, j’espère ne pas faire de cauchemar.
Ma sœur me réveille à sept heures pour m’embrasser avant de partir, la tête dans les fesses je l’accompagne jusqu’à la porte je la sermonne, lui demande de faire attention, je lance un petit au revoir à Colgate et lui fait promettre de m’appeler à leur arrivé au paradis. Je baille à grand coup, je ne sais pas si je vais réussir à me rendormir, comme un automate je vais donc regarder les dessins animés sur mangas.tv. On sonne à la porte alors que je somnolais à moitié devant Saiyuki, je me fais violence pour me lever, j’ouvre la porte. Un sac fleurant bon le croissant chaud m’est pointé devant le nez, la tête de Zach fait soudain apparition. Mon cœur fait un bon à la vue de son sourire matinal, je sens que je prends une véritable douche froide.
- C’est pour te remercier de m’avoir payé à manger hier, dit-il en entrant.
- Ou pour te venger, c’est cruel de venir à une heure pareille alors que tu sais que je commence seulement à onze heures, je réponds heureux malgré moi.
Je ferme la porte derrière lui alors qu’il retire sa veste et son écharpe.
- Je savais que t’étais seul alors j’avais de la peine, dit-il en fouillant dans les placards pour trouver deux tasses.
- Tu es trop bon Zach, je réponds ironiquement.
J’allumais la cafetière, il sortait les tasses. Un vrai petit couple. A cette idée, j’ai piqué immédiatement un phare, je me suis rétracté automatiquement, j’ai plus aucun contrôle. Je crois que ça fait trop longtemps que j’ai pas eu de copain, je dois absolument oublier l’idée de faire quoi que ce soit avec Zach…Enfin j’essaye. On s’assoit à table en attendant le café. Je regarde les croissants, l’odeur me fait frissonner de plaisir. Je regarde ensuite Zach, à nouveau plonger dans ses pensées, malgré moi j’aperçois une petite lueur de tristesse dans ses yeux. Il n’est pas venu juste pour me remercier.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Je demande gravement.
- Pardon ? Il s’étonne.
- Je vois bien que t’es pas dans ton assiette, il s’est passé quelque chose ?
- Non, non, t’inquiètes pas ! Dit-il en posant sa main devant ses yeux.
Pitié, dites moi qu’il va pas se mettre à pleurer. Je me sens perdu, je sais pas quoi faire. Je me lève alors évitant son regard, je récupère le café et je sens le silence pesant s’installer entre nous.
- Je suis désolé, il murmure.
Je sens sa présence juste derrière moi, je me pétrifie, la cafetière dans les mains, une chaleur intense m’envahit. Il s’approche de mon dos et entoure mon torse de ses bras fins. Je me sens fondre comme un esquimau aux caraïbes. Zach pose sa tête contre mon dos, je le sens secoué de spasmes. Sa tristesse me pince le cœur, je suis furieux, furieux contre ce qui lui fait du mal, furieux contre moi parce que je sais pertinemment que je ne devrais pas jouer avec le feu.
Je me retourne brusquement et le sers contre moi comme un grand frère pourrait le faire. J’espère seulement qu’il ne devinera jamais que ce geste n’est absolument pas fraternel (ou alors ça serait malsain). Zach se raidit puis se détend et se laisse totalement aller. Il pleure comme un enfant et je le serre aussi fort que possible, un geste d’affection que je n’aurai même pas reproduit avec ma sœur. Je suis foutu…Je suis vraiment foutu car je suis totalement entiché de ce garçon. Je reste donc muet, j’écoute simplement ses sanglots, je ne suis qu’une oreille et une épaule car je ne sais que trop lorsqu’on n’a rien envie d’entendre mais qu’on a besoin de chaleur.
Bon, alors quand j'ai les images, ça bug... J'abandonne... heureusement que je peux encore publier (enfin, j'espère). bisouuuuus.
Gabie: Mais je travaille, voyons!! je me couche à 1h du mat et je me lève à 6h (ça veut pas dire que j'ai bossé toute la journée, hein, mais quand même! alors que danouch elle fait des grasses matinées, beuuuuuuuh, je suis jalouse). Ah, ah, moi aussi, je vais lire JUSD mais le chapitre 38, nananèèèèèèèreeeuuuh!!!!
03 novembre 2009
Chapitre 7 : Zach
La tête posée contre la vitre et les yeux fermés, bercé par le train, je tentai, malgré les apparences, de lutter contre le sommeil pour ne pas rater ma station. Je grognais quand mon portable vibra dans ma poche : un message reçu de Thomas. Je soupirai : j’étais à peine parti qu’il m’envoyait déjà un message. Je fronçai les sourcils, j’avais fini par céder et lui donner mon numéro face à son air de chien battu et rongé par la jalousie de voir le chargé de TD profiter de sa sœur quand il le voulait. Cela dit, je ne le lui avais pas donné pour qu’il ne me harcèle !
Mon frère et son enthousiasme débordant : ça me faisait peur quand même. C’était un peu trop soudain, un peu trop brutal et cela me faisait plonger treize ans en arrière quand mon père avait refusé de m’accueillir chez lui et me battre à mort pour m’abandonner dans une ruelle. Les souvenirs étaient trop douloureux, la détresse avait été trop profonde pour que je lui pardonne comme ça, du jour au lendemain. Bien sûr, j’étais heureux de le retrouver mais je n’étais pas habitué à ce genre de démonstration d’affectation. Avec les enfants, ce n’était pas pareil.
Reviens, Ely me trompe avec son frère en lui faisant des câlins et moi, je m’ennuie.
Nolan, ou le chargé de TD, je gagnais à tous les coups avec lui : il partait au quart de tour mais ce côté un peu bourrin lui donnait un certain charme. En fait, si je le comprenais si bien, c’est parce qu’il était comme moi finalement : agressif dès qu’il s’agissait de s’exprimer, mais c’était une manière de se protéger, de se réfugier derrière ses défenses pour ne plus souffrir du monde extérieur. Il y avait autre chose aussi : cette façon qu’il avait de me regarder me mettait mal à l’aise. Je savais ce que ça signifiait, je n’étais pas né de la dernière pluie : avec un gay comme meilleur ami, j’avais appris à remarquer les signes et je ne connaissais qu’une personne qui devenait absent quand une autre se trouvait dans son champ de vision : Allan avec Renaud. Après, ça pouvait signifier deux choses : soit il avait fait une connerie et il espérait passer inaperçu soit il pensait à des choses pas très catholiques.
Plusieurs détails m’ont fait déduire que Nolan, , avait lui aussi vécu un drame dans son enfance : ses parents n’étaient pas venus au mariage de sa sœur et les photos avec ceux-ci dataient toutes de quelques dizaines d’années à voir sa bouille. Tom m’avait dit que ses parents étaient morts brutalement il y a longtemps mais il n’avait pas pu m’en dire plus, Ely se montrant très peu ouverte sur ce sujet. Normal, ce n’est pas comme si je criais sur tous les toits la mort de ma mère.
Je poussais la porte de l’orphelinat et chassais toutes ces idées : je ne pouvais pas me permettre d’être distrait à l’orphelinat, il en allait de ma survie. Je fus accueilli par les enfants qui me tirèrent dans le salon avant de s’écraser sur moi : le souffle coupé, je me tortillais dans tous les sens pour enfin me dégager en rampant comme un vers sous la table, et érigeant les chaises comme des remparts.
Allan et Renaud étaient là comme tous les dimanches et vinrent me sauver en dispersant tout ce petit monde. Je sursautai quand je sentis un doigt me presser la hanche : trois filles de 8 à 10 ans, Aurélie, Sabrina et Morgane, me regardaient tout sourire avant de me demander comment ca s’était passé le mariage. Je sortis de mon abri de misère pour m’asseoir sur le canapé et captiver un auditoire féminin.
Alors la mariée, comment elle était ? Bah, elle avait une jolie robe et elle était très gentille. Et la robe, comment elle était ? Bah, elle était blanche avec une longue traîne et un petit voile devant les yeux. Et le marié, il avait un cheval blanc ? Heuuuuuuuu……
Al se porta de nouveau à mon secours et se mit à raconter comment de petites fées lançaient des paillettes sur le tapis rouge et que le marié avait soulevé sa princesse et qu’ils s’étaient envolés tous les deux sur leur petit nuage pour y vivre heureux et avoir plein d’enfants. Je m’écartai pour le laisser tranquille dans son délire, ce qui en soi, n’était pas très loin de la réalité, quand on voyait mon frère et son sourire béat qui ne l’avait pas quitté de tout le déjeuner lorsqu’il regardait sa nouvelle épouse.
Je sortis un jeu de société pour jouer avec ceux qui le voulaient et la soirée se déroula tranquillement. Les enfants allèrent se coucher vers 8h pour les plus jeunes sous notre vigilance, nous avions quand même deux enfants de quatre ans, les autres vers 9h.
Nous nous réunîmes ensuite dans le salon pour tenir le conseil de guerre à propos de nos voisins pas très recommandables. Mais bon, comme tous les conseils, aucune solution ne se présenta et le sujet dériva lentement sur ma situation familiale. Christelle parlait de « réadoption » moi, je ne voulais pas en entendre parler.
- Tu sais que tous les gamins donneraient cher pour retrouver leur frère et toi, tu comptes l’ignorer ?
- Est-ce que j’ai dit que j’allais l’ignorer ? Il me semble que je suis quand même allé à son mariage et à son déjeuner alors que lui m’avait ignoré pendant toutes ces années, répliquai-je agressif.
- Mais il n’est même pas au courant de ce qui s’est passé ! Objecta-t-elle. Comment veux-tu qu’il sache…
- Ce qui prouve qu’il n’a même pas cherché à savoir, c’est un peu limite, non ? Je ne vois pas pourquoi ce serait à moi de faire tous les efforts !
- Quels efforts ? S’offusqua-t-elle. Pour toi, revoir ton frère, c’est fournir un effort incommensurable ?! Tu te prends pour qui au juste ?!
- Et toi, qu’est-ce qui te prends ? Tu veux que je parte ou quoi ?! Tu veux que je me jette dans les bras de mon frère et après, qu’est-ce qu’il va se passer à ton avis ?!
- Maman, intervint Allan, tu sais que ce n’est pas si simple avec son père…
- Mais son frère sera là pour le protéger et puis, les choses ont changé, avec du recul, il…
- C’est bon, j’en ai assez entendu, coupai-je en me levant. Si tu veux que je parte, dis-le moi clairement mais me sors pas le prétexte familial. Si je représente une charge trop lourde, je trouverai un boulot pour assurer ma vie d’étudiant, mais s’il te plait, me sors pas que je devrais faire ami-ami avec mon père. Mon frère, je veux bien, mais là, tu vas trop loin ! Sur ce, bonne nuit à tous. Je vais me coucher. Je peux encore utiliser ma chambre ou tu veux que j’aille frapper à la porte de mon père pour squatter son lit ? Nan, j’sais pas, mais avec le temps, peut-être qu’au lieu de me battre à mort, il se contentera de me claquer la porte au nez ?!
Enervé, je tournai les talons et dévalai les marches de l’escalier, retenant des larmes de rage.
- Zach !
- Quoi ?! Vitupérai-je.
- Tu sais qu’elle ne veut pas que tu partes mais c’est son rêve de voir l’un des nôtres retrouver sa famille.
- Ouais mais faut pas abuser non plus ! J’ai pas vraiment envie de revivre tout ça donc côté famille, elle repassera, tranchai-je en retournant me coucher.
Epuisé, je pris juste le temps de me déshabiller pour me coucher. Ma nuit fut agitée, le mariage n’aura pas tenu bien longtemps pour éloigner mes démons. De fait, je ne dormis pas longtemps et sur les coups de 4h, je me réveillai en sursaut, exténué mais tous les sens en éveil. Les ombres me paraissaient menaçantes, l’obscurité étouffante. Je m’habillais et sortis prendre l’air.
Je me rendis compte que mes pas me menaient chez mon frère au fur et à mesure que je voyais les noms de stations de métro que je croisais. Je fis demi-tour et au bout de trois quarts d’heure, sonnai chez Allan. Oui, j’étais encore le petit garçon qui avait besoin de se faire réconforter : enfin, heureusement que je n’allais pas le voir à chaque fois que je faisais des cauchemars mais ça plus les événements du week-end, j’étais un peu perdu. Avais-je tord au final ? Devais-je prendre sur moi pour renouer avec mon frère ?
J’utilisais la clef que j’avais pris chez Christelle avant de partir pour entrer discrètement sans appuyer comme un taré sur la sonnette comme hier matin. Je m’assis sur le canapé, allumai la télé en baissant le volume et dégotai la couverture rangée sous le canapé dans laquelle je m’enroulais.
Je me réveillais le lendemain matin, un peu désorienté, ébloui par la lumière du jour. Je regardai l’heure : midi passées. Allan et Renaud ne m’avaient pas réveillé. Je pris une douche rapide, mangeai un morceau avant d’aller en cours auquel j’arrivais légèrement en retard.
Je ne dis pas un mot aux autres et rentrai dans le même silence tandis que les deux amoureux passaient le trajet à se bécoter sous le regard choqué d’une vieille dame. Puis, pris d’une subite inspiration, je changeai de trajet au dernier moment pour me rendre chez mon frère. Je savais qu’ils partaient le lendemain pour leur voyage de miel en Australie donc aujourd’hui, ils étaient en train de se reposer et de récupérer de la folie du week-end. J’espérais seulement que je n’allais pas les déranger en pleine action.
Je restai au moins pendant dix minutes devant la sonnerie en hésitant. Ce fut finalement un habitant de l’immeuble qui me fit entrer. Je grimpai les escaliers et appuyai sur la sonnerie. Je ne savais pas pourquoi je faisais ça. Ce fut Nolan qui m’ouvrit, il n’a jamais cours, celui-là ?
- Zach ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? Je veux dire… Entres !
- Je… Je dérange pas ?
- Bah, je suppose que tu es venu voir ton frère, heu, il va pas tarder normalement, il est sorti avec Ely faire des courses, pire qu’une fille… Mais entres, tu veux boire quelque chose ?
- Heu, un coca, ça ira, merci.
La pièce commune de l’appart était très agréable avec la cuisine intégrée au salon, un bar en bois massif, et une énorme bibliothèque avec des compartiments de différentes tailles, un écran plasma en face d’un confortable canapé derrière lequel trônait une table à manger, le tout baigné de lumière.
J’entendis Nolan marmonner à propos du coca, puis s’installa à côté de moi avec deux canettes de coca fraîches.
- Alors, pas trop crevé ?
- Ça va et vous ?
- Bah, vu que les tourtereaux ont été très actifs la nuit dernière, j’ai eu du mal à récupérer, dit-il songeur, heu, scuse, je voulais pas…
- C’est bon, je suis pas prude. Alors vous allez pas trop vous perdre dans ce grand appart’ sans personne pour vous guider ?
- Tu vas pas me lâcher avec ça, hein ?
- Bah, nan, confirmais-je un petit sourire en coin, ce serait trop simple ! Mais vous en faîtes pas, je le dirai pas à votre copain.
- Comment tu sais que je suis gay ? S’écria-t-il, sans même essayer de nier, à cause de l’effet de surprise, sans doute.
« Parce que vous passez votre temps à me mater… »
- Bah, j’sais pas, Link a dû me le dire…
- ‘Tin ! Il m’énerve, celui-là à pas tenir sa langue. Bon, bah, je te serai reconnaissant de pas le dire à tes potes, je tiens pas à ce que ça fasse le tour de la fac.
- Vous avez honte ? Le taquinai-je.
- J’ai pas tellement envie de crouler sous les demandes…
La conversation se déroula tranquillement, sans blanc, ni gêne. Finalement, il n’était pas si désagréable que ça et je me surpris à penser qu’il était tout à fait le genre d’Allan. Le sujet des cours ne fut pas abordé, nous évoquâmes plutôt les pays qui faisaient rêver avec la promesse de se retrouver à l’aéroport pour polluer la lune de miel de nos frère et sœur.
Ces derniers finirent par arriver, les bras chargés de sacs, Tom épuisé, Ely ravie qui s’empressa de lui sauter au cou à peine eut-il fermé la porte. Puis celui-ci me vit et un grand sourire s’étira ce visage. Je souris à mon tour, bien malgré moi, mais la bonne humeur, c’était contagieux. Ely me sauta également au cou avant de se faire tirer en arrière par son époux qui la mit d’autorité devant les fourneaux. Celle-ci s’empara d’une pelle à tarte, l’autre d’un couteau à viande, et les voilà qui commencèrent à se chamailler.
J’échangeai un regard avec Nolan qui contenait la même consternation. En bref, tout se serait bien passé si un invité surprise n’avait fait son apparition.
- Ah, papa, t’as enfin réussi à trouver une place ! S’exclama Tom, ce qui lui valut un coup de pelle sur le crâne.
- Zach, ça va ? Fit Nolan. T’es tout pâle.
- Hein ? Réagis-je, prenant conscience que je m’étais pétrifié sur place. Heu, oui, je… Je vais y aller.
- Zach, qu’est-ce que tu fais ? S’enquit mon idiot de frère.
Mon père se retourna vivement et me vis juste au moment où je disparaissais par la porte.
- Qu’est-ce que tu fais là, toi ?
- Je…
Envolée, ma répartie ! Dès que je faisais face à mon père, je me recroquevillais intérieurement, mon corps se rappelant trop bien de ce qu’il était capable de faire si je résistais. Il se dirigea menaçant, le pas lourd, les yeux brûlant de haine, me poussa hors de l’appartement et me plaqua violemment contre le mur d’en face, dans le couloir.
- Toi, je t’interdis de tourner autour de ton frère, compris ? Siffla-t-il dans le creux de mon oreille tandis que sa main gauche serrait de plus en plus autour de ma gorge. Ça te suffit pas d’avoir brisé une famille, il faut que tu en brises une autre ?
- Arr…rrêtes…
J’aspirai goulûment l’air lorsqu’il fut projeté en arrière par Nolan en même temps que je me laissais glisser contre le mur. Puis je vis Tom dans l’embrasure de la porte choqué et derrière lui, Ely.
- Papa… Tu… pourquoi…
- Rentrez !
Tom se laissa entraîner par papa qui me jeta un dernier regard menaçant avant de fermer la porte. Je baissais la tête, retins mes larmes et me levais, flageolant. Puis je rencontrai le regard de Nolan, sincèrement bouleversé.
- Vous devriez rentrer, lui adressai-je, je… Je vous embêterai plus avec cette histoire… Et merci pour le coca.
Je descendis les marches, et plus le temps passait, plus je reprenais des couleurs. Bon, bah, au moins, j’étais fixé comme ça. Ça m’apprendra à me laisser influencer trop facilement.
- Attends, retentit la voix de Nolan dans la rue. Décidément, c’est toujours à moi de te retenir.
- Quoi ? Vous allez quand même pas me dire me dire que je dois rester ?! Rétorquai-je, en faisant allusion à ce qu’il m’avait dit au mariage.
- Ça te dit, un Mcdo ?
- Nan, pas tellement, je vais juste rentrer et me pieuter. Ouais, je sais, épargnez votre salive, je suis un lâche et tout ce que je trouve à faire, c’est me cacher dans ma cave.
- Non, je… Je suis désolé pour ce que je t’ai dit mais allez, viens, je t’invite, fit-il en me tirant par le bras.
Un peu d'action entre deux fiches de droit bancaire ^^ . J'espère qu'elle vous plait parce qu'elle va être longue, on en est au chapitre 33 avec Danouch, on en fait des nuits blanches (j'exagère à peine), tellement qu'à la fin, on sait plus ce qu'on fait. Bref!
Stephy, je plaisantais, hein, en plus Danouch va se venger sur Zach si tu la lâches : et oui, c'est dur la vie!!! Du momentn que Gabie est là!
j'ai plein de choses à vous dire mais faut que je bosse, je vous les dirai dans la prochaine MAJ ^^
Bisous, bonne nuit.
01 novembre 2009
Chapitre 14 : Buenos Aires
- Le clan de la victoire, c’est complètement ridicule, marmonnait Ludovic, ce qui eut pour effet de m’arracher un sourire.
Il ne s’était toujours pas remis de cette anecdote et m’assommait de sa litanie plaintive depuis le début du vol ; au moins s’était-il abstenu de tout commentaire en présence de son frère.
Anthony était en effet assis à côté de Mark tandis que j’avais pour compagnie Ludovic qui ne cessait de grommeler. Pour une durée de vol de 17 heures, il avait été jugé préférable de séparer les deux frères : leur réconciliation était trop fraiche et trop fragile pour leur faire confiance et nous ne tenions pas à être repérés par une stupide dispute.
Or, malgré son caractère froid et agressif, Ludovic m’attirait énormément : je me superposai à lui et pouvais lire en lui comme dans un livre ouvert. Nous étions pareils avec les mêmes blessures et les mêmes cicatrices : piétinés par la vie, nous avions échoué dans tous nos devoirs, ce qui nous avait amené à nous refermer sur nous-mêmes, nous rendant difficiles à vivre et incompréhensibles. Seuls nos caractères nous faisaient agir différemment, lui, l’agressivité et moi la dépression.
Nous avions quitté le sol londonien depuis une heure. Je n’avais jamais pris l’avion pour une durée aussi longue puisque, à vrai dire, je n’avais jamais pris l’avion tout court. Cette perspective de rester cloîtré aussi longtemps dans un espace aussi restreint et aussi bondé m’avait légèrement inquiété même si je n’avais rien dit aux autres qui ne semblaient pas y voir de problème.
Pour penser à autre chose, j’avais acheté un livre à l’aéroport avec l’argent que Janet m’avait donné : Millénium, le roman à succès de Stieg Larrson que je n’avais pas lu, les policiers n’étant pas ma tasse de thé mais toujours préférables aux romans à l’eau de rose. Je n’avais pas ouvert de livre depuis bien longtemps alors qu’avant, je lisais chaque soir avant de m’endormir pour atténuer la frénésie qui m’emportait dans la journée.
Nous étions restés une semaine chez Janet, le temps qu’il lui avait fallu pour récolter des informations concernant leur père, Peter. Selon ses sources, ce dernier avait été aperçu pour la dernière fois sur le sol argentin, à Buenos Aires, terrain de chasse de prédilection de la famille depuis quelques années ; or, on se souvenait de lui comme d’une personne qui avait posé beaucoup de questions pour disparaître du jour au lendemain. Nous avions donc trois éléments pour nous conforter dans notre hypothèse selon laquelle quelqu’un avait forcément dû se rendre compte de quelque chose : le lieu où il se trouvait, la personne dont il s’agissait et sa disparition soudaine en milieu hostile. Il serait retenu au sein de leur quartier général situé quelque part dans la plaine ; les renseignements n’avaient pas été plus précis, nous-mêmes n’étant pas sur place et les risques trop élevés pour des personnes seulement attirées par l’appât du gain.
Je soupirai : 17 heures de vol, ça faisait long. Enfin, plutôt que de me plaindre, je ferais mieux d’en profiter pour dévorer ce bouquin et me reposer car une fois sur place, nous n’irions pas à la plage faire bronzette.
- C’est du français ? S’informa Ludovic lorsqu’il vit les premiers mots de mon livre.
- Oui, c’est ma langue maternelle.
- Tu es Français ?
- Vous ne le saviez pas ?
- Et bien, je pensais que vu qu’Anthony était Allemand, tu serais franco-allemand, comme Mark qui est à la fois anglais et allemand.
- Ma mère m’a déclaré Français sur mes papiers et à part trois mots, je ne connais pas du tout cette langue, reconnus-je, quelque peu gêné par rapport à eux.
Nous parlâmes pendant une heure de mon pays -Ludovic s’étant montré très curieux et moi ne demandant que ça- puis nous nous enfermâmes dans le silence, chacun pris dans ses pensées et dans ses occupations. L’escale nous permit de nous dégourdir les jambes et je m’endormis juste après jusqu’à l’atterrissage complet de l’appareil.
Ce fut légèrement groggy que je fis mes premiers pas hors de l’avion, ayant du mal à retrouver mes sensations après tant de temps assis. Une navette nous mena en sécurité à l’intérieur du hall de l’aéroport et vu que nous n’avions pas de bagage à récupérer, l’attente pour récupérer les valises nous fut épargnée. Nous louâmes ensuite une voiture dans une agence de location de véhicule de l’aéroport afin de nous déplacer plus facilement avant de nous installer autour d’une table d’un café. Nous devions nous préparer.
- C’est bien gentil d’organiser des fêtes surprises à nos ennemis, dit Ludovic, mais là, ils ne se laisseront plus avoir, pas après deux fois de suite.
- Désolé de ne pas être aussi doués que toi, grommela Anthony.
- Que proposez-vous ? Demandai-je.
- Mark et moi allons partir en reconnaissance.
- Vous voulez agir seuls et nous laisser derrière ? Vous croyez que c’est prudent ?
- Sans vouloir vous vexer, oui, je pense que c’est plus prudent. Mon expérience m’avertira du danger bien plus tôt que vous et je n’aurai pas de souci à me faire pour Mark quant à sa sécurité, il sait se débrouiller seul, avança-t-il.
- Dommage que tu ne prennes pas en compte nos charmes naturels, les putes ont toujours été présentes sur les champs de bataille, répliqua Anthony acerbe.
- Si tu veux nous accompagner, libre à toi, mais cesse d’agir comme un enfant et de balancer des vannes sans aucun intérêt à part ralentir la conversation...
- Arrêtez-vous deux ! Intervins-je. Anthony, ton frère a raison, que veux-tu que nous fassions là-bas à part les gêner et risquer de se faire capturer ?
J’avais beau être vexé de n’être considéré que comme un poids mais Ludovic avait raison et les remarques déplacées d’Anthony ne m’inspiraient aucune sympathie.
- Toi, de toute façon, depuis que tu connais Ludovic, tu le suis comme un toutou en laisse et tu m’ignores complètement…
- Arrête de dire n’importe quoi, s’il te plait, et remets-toi en question, remarqua Ludovic. N’est-ce pas toi qui l’as frappé ? Dire que tu es son père et que tu ne vaux pas mieux que ses formateurs.
Anthony se leva soudainement de la table et fixa son frère, une aura meurtrière grandissant autour d’eux. J’étais incapable de faire le moindre geste et Mark se contentait d’observer la scène, comprenant qu’il n’avait pas grand chose à faire.
- Tu veux encore frapper ? Insista Ludovic. C’est bien le moment de nous faire remarquer.
Anthony se rassit aussi soudainement qu’il s’était levé et détourna le regard. Je me levais et les laissai en plant, me dirigeant vers la sortie.
- Hey, où vas-tu ? S’écria Ludovic en me rattrapant, suivi par les deux autres.
- J’en ai marre de vos disputes, nous sommes en pleine crise et vous n’êtes même pas capables de vous entendre, tout ça pour une vielle rancœur.
- Ah oui, une vieille rancœur ? Répéta Anthony, amer. Tu…
- Oui, une vielle rancœur ! Le passé est le passé mais vous continuez à le remuer dans tous les sens, histoire d’avoir bien mal et de rester cloîtrés dans votre douleur.
- Comment veux-tu que je considère cette… personne… comme mon frère ?! S’indigna Anthony. Après ce qu’il m’a fait…
- Ludovic est ton frère et tu ne pourras rien y changer, tout comme mes parents ont toujours été mes parents même après tout ce qu’ils m’ont fait, le coupai-je. Petit à petit, nous avons amélioré nos rapports, j’ai appris à leur pardonner avec du recul. Vous, vous passez votre temps à vous déchirer alors que j’aimerai tant être à votre place et retrouver mon frère et ma sœur que j’ai dû rejeter loin de moi. Vous ne vous rendez même pas compte de la chance que vous avez et préférez vous apitoyer sur votre sort !
Je marquai le silence pour leur permettre de s’imprégner de mon discours vindicatif, je vomissais enfin toute cette peine qui avait grandi en moi ces derniers jours. Tous me regardèrent avec des yeux ronds et personne ne dit mot. Je repris la parole pour conclure.
- Maintenant, mettez là en veilleuse et concentrez-vous sur notre mission. Si vous voulez vous débarrassez l’un de l’autre le plus rapidement possible, achevez la mission. Me suis-je bien fait comprendre ?
Ils hochèrent la tête, vigoureusement, même Mark qui, pourtant, n’était pas concerné par mes reproches. Je ne m’énervais pas souvent, sauf en présence de mes parents, qui n’ont jamais été impressionnés par ma prestation. Le besoin d’exorciser toute cette pression et le fait que nous étions tous concernés par les mêmes problèmes rendaient peut-être mon discours plus crédible.
Je tournai la clef de contact et la voiture démarra. Personne ne parlait, ils se comportaient tous comme des enfants qu’un papa venait de gronder, mais ils s’étaient vraiment comporter comme tels et je ne supporterai pas de les voir se disputer à longueur de temps.
Après quelques hésitations, demi-tours et renseignements quémandés auprès des passants, je trouvais enfin l’hôtel dans lequel nous avions réservé une chambre à quatre personnes. Epuisé par le trajet et les émotions, je me posai lourdement sur l’un des lits et m’allongeai sans manière. Je m’endormis bien avant de m’en rendre compte, c’est-à-dire en pleine nuit au moment où je me réveillais en sursaut et en sueur. Mon sommeil avait été agité, hanté par les spectres de mon frère et de ma sœur, les fantômes de mes parents qui m’accusaient de tous les maux, les réminiscences des violences sexuelles que j’avais subies.
Anthony s’était surement occupé de moi puisque je ne portais qu’un tee-shirt léger et mon caleçon et que j’étais confortablement installé sous la couette, du moins jusqu’à ce que je la rabatte au bout du lit. J’y étais peut-être allé un peu fort, cette après-midi, après tout, j’étais bien placé pour savoir que les rancœurs ne s’évanouissaient pas aussi facilement que je l’avais laissé croire, surtout quand elle était alimentée par la trahison.
Je me levais sans faire de bruit, pour ne pas réveiller les autres qui s’étaient endormis, et allais dans la salle de bain. Je me jetais de l’eau sur le visage pour me rafraîchir et reprendre conscience avec la réalité. Dire que quand j’étais petit, j’arrivais toujours à trouver du réconfort dans mes songes… Même ce maigre réconfort m’avait été retiré.
De retour à mon lit, une tâche blanche attira mon attention sur la table de nuit ; dans l’obscurité, je ne l’avais pas vue mais mes yeux avaient eu le temps de s’y habituer désormais. J’allumai la lampe et lis le message avant de m’effondrer contre mon lit.
Et merde… Mark et Ludovic étaient partis sans crier gare ne laissant qu’un simple mot pour ne pas que nous nous inquiétions d’avantage. Je résistai à l’envie de réveiller Anthony car ce dernier s’énerverait et cela n’arrangerait en rien la situation. Je lâchai la tête en arrière en poussant un soupir de désespoir : la partie était loin d’être gagnée, d’autant plus si chacun de nous agissait sur un coup de tête, comme moi tout à l’heure, comme Ludovic à l’instant.
Etaient-ils partis depuis longtemps ? Ils avaient dû attendre qu’Anthony s’endorme pour pouvoir partir discrètement or, il n’était que minuit et je m’étais endormi au plus tard vers 23h. Ils avaient dû partir depuis une demi-heure. Devais-je partir à leur recherche ? Non, le risque était trop grand que je ne les retrouve pas, que je les gêne et qu’Anthony s’inquiète d’avantage, ce qui n’était pas nécessaire.
Je me recouchai, la tête pleine de questions et d’inquiétude et même si la situation ne s’y prêtait pas vraiment et que mon cerveau était en ébullition, le sommeil s’empara de moi. Mes songes furent de nouveau habités par de funestes rêves et je sombrais de plus en plus profond. Mes doigts s’agitaient en tous sens mais ne brassaient que de l’air sans trouver de point d’attache sur lequel s’accrocher.
Je me réveillais en sursaut, le feu aux joues, le visage en sueur, serrant mes draps de mes poings pour me tenir à quelque chose de réel et faire cesser mon vertige.
- J’avais beau te frapper, tu ne te réveillais pas, tu m’as vraiment fait peur !
- Je… Je vais bien, marmonnais-je tandis que mon corps retrouvait ses sensations. Mark et Ludovic sont-ils rentrés ?
- Non, j’ai trouvé ça sur ta table de nuit, dit-il en indiquant le message de Ludovic.
- Il… Il faut faire quelque chose. Je me levais mais aussitôt, la tête me tourna de nouveau.
Pas besoin de poser ma main sur mon front pour savoir que j’avais de la fièvre. Mais pourquoi ?
- Tu n’es pas en état, tu as dû attraper quelque chose.
- Peut-être mais nous ne pouvons pas ne rien faire, répliquai-je. Ce n’est pas normal qu’ils ne soient pas rentrés et nous n’allons pas tourner les pouces en espérant leur retour.
- Et que comptes-tu faire dans cet état ? S’exaspéra-t-il. Tu n’arrives même pas à te lever.
- J’y ai réfléchi cette nuit quand j’ai vu que Ludovic et Mark étaient partis se battre seuls contre tous. Il nous faut de l’aide, nous ne pouvons pas agir seuls comme nous l’avons toujours fait. Ludovic a raison, ils ont dû redoubler de prudence et ils se trouvent sur leur terrain de chasse.
- Et où comptes-tu trouver cette aide ? Nous ne pouvons pas agir à découvert et à moins que tu ne fasses partie d’un gang de rue et que tu as l’intention de faire venir tes potes ici…
- C’est à peu près ça, dis-je en lui coupant la parole.
- Comment ça ? Répéta-t-il perplexe. Tu fais partie d’une bande ?
- Non mais nous pouvons nous joindre à une bande, et de préférence une bande rivale à celle de la famille, si tu vois ce que je veux dire…
- Oh ! Tu penses au réseau qui a aidé Janet à localiser le QG ?
- Oui.
- Je ne sais pas si ça marchera puisque s’ils avaient vraiment voulu l’attaquer, ils s’y seraient pris depuis longtemps puisqu’ils connaissent l’emplacement de leur QG.
- Je sais mais peut-être ont-ils peur des représailles qui pourraient s’exercer contre eux en cas d’échec. Mais là, nous sommes sûrs de pouvoir les coincer une fois que nous aurons en main le rapport de ton père et c’est légalement qu’ils seront hors d’état de nuire donc il n’y aura pas de représailles.
- Rien ne nous garantit qu’ils accepteront de nous aider mais tu as raison, nous ne pouvons pas les attendre les bras croisés. Allons dehors, j’ai repéré un cybercafé juste à côté de l’hôtel : je vais envoyer un mail à Janet.
Je sortis de l’hôtel un peu chancelant et l’air chaud n’arrangea pas les choses. Deux minutes de marche nous menèrent jusqu’au café et Anthony se dirigea immédiatement vers la caisse pour réserver un poste d’ordinateur.
- Veuillez me suivre, je vous prie, proposa le caissier qui se dirigeait déjà vers une porte au fond de la salle sur laquelle était affichée la mention privé. Secoué par des frissons dus à un mauvais pressentiment, je restai figé sur place, cette porte me vrillant les entrailles.
Voyant que nous ne le suivions pas, l’homme retourna sur ses pas et murmura : « vous n’avez pas trop le choix, en fait, puisque cette salle est pleine d’hommes qui, au moindre geste de ma part, vous encercleront sans possibilité de fuir ». Anthony imprima alors une pression sur mon bras, ce qui me décida à avancer.
La pièce n’était pas grande, trois hommes armés bloquaient l’issue, la mine patibulaire, le visage fermé tous dessinés par une imposante moustache qui masquaient leurs crocs.
- Que nous voulez-vous ? Demanda Anthony sur la défensive tandis que je faisais tout pour rester debout, mon malaise s’amplifiant dans cette petite pièce qui sentait le renfermé.
- Vous croyez que nous laisserions des gens de la puta flâner en toute impunité dans notre quartier ? Cracha le barman.
Une angoisse sourde s’imprégna en moi lorsque je me rendis compte que je ne parvenais plus à respirer. Je m’écroulais. Des voix s’élevèrent, crièrent mais je ne comprenais pas ce qu’elles disaient, tout mon corps se concentrant sur une seule tâche : respirer. Tous mes sens se fermèrent, demandant trop d’énergie par rapport à leur nécessité immédiate. L’air se raréfia de plus en plus et je finis par sombrer dans l’inconscience.
Je repris conscience, ouvris difficilement les yeux, la lumière étant trop forte. Je n’avais pas récupéré, pire, la douleur était plus présente que jamais.
- Que s’est-il passé ? Demandai-je la gorge brûlante.
- Tu as été empoisonné mais ne t’inquiète pas, ils t’ont administré un antidote. Son action va être douloureuse mais rapide, le poison n’a pas eu vraiment le temps de faire des dégâts.
Tous mes os semblaient se consumer à l’intérieur de mon corps à une vitesse et je réprimais un spasme afin d’obtenir des explications pour penser à autre chose que la douleur.
- Pourquoi ?
- Nous n’avons pas été assez prudents, lâcha-t-il amer. Nous pensions n’avoir qu’un ennemi mais…
- Nous sommes trop bêtes, réalisai-je. Pour eux, nous appartenons à la « famille ».
- Nous sommes des gens de la puta, comme ils disent, renchérit Anthony. Mais je les ai convaincus que nous pouvions nous entendre et s’ils ne nous ont pas donné leur parole qu’ils allaient se joindre à nous, au moins t’ont-ils administré l’antidote.
- Pourtant, je n’ai rien senti au début.
- Parce qu’il se diffuse lentement dans tout ton corps pour se réveiller dès que tu commences à bouger. Or, hier, nous sommes tout de suite allés nous coucher donc tu n’as pas trop ressenti ses effets.
- Mais comment ont-ils pu prévoir que nous irions dans ce café ? Nous-mêmes l’ignorions cinq minutes plus tôt.
- Ils ne nous attendaient pas particulièrement au cybercafé. En fait, ils contrôlent toute cette zone jusqu’à la Place de Mai : leurs agents sont disséminés dans tout le quartier pour surveiller les moindres faits et gestes de la population. C’est fort pratique pour eux parce qu’ils peuvent épier les personnes qui arrivent ou qui partent et c’est comme ça qu’ils ont pu t’empoisonner parce que le café où nous nous sommes installés hier à l’aéroport. De même, tant que nous restions dans leur quartier, n’importe où nous allions, nous serions tombés sur eux. Ils ont également des agents dans le quartier de la puta mais ils ne peuvent pas agir à leur guise, c’est même carrément dangereux : plusieurs des leurs y sont passés et ils ont voulu se venger sur nous, peu importe lequel, sachant que tu étais être une personne importante.
- Mais comment pouvaient-ils savoir ?
- Ils sont très bien renseignés, à tel point qu’ils connaissent le mode de fonctionnement de la famille : si j’ai réussi à les convaincre, c’est parce que j’ai précisé que nous étions les cadets et ils ont tout de suite comprit à quoi ils devaient s’en tenir. En plus, quatre blonds aux yeux bleus qui débarquent ici à Buenos Aires, quartier général du groupe de l’ombre, au moment où ils sont sollicités par une mystérieuse inconnue pour enquêter sur eux, ce n’est pas très difficile de faire le rapprochement.
- C’est vrai, reconnus-je, nous n’avons pas été assez prudents mais ce n’est pas facile d’aller par monts et par vaux sans commettre une seule erreur.
- Oui, approuva à son tour Anthony. Les choses devraient s’arranger, ils sont très intéressés par l’idée de les faire tomber sous les coups de la loi et savent qu’ils peuvent nous faire confiance. Et avec eux à nos côtés, nous sommes à égalité avec les autres.
- Oui mais ne crions pas victoire trop tôt, conclus-je.
Je sortis du lit quelques heures plus tard, me sentant toujours aussi faible mais ne pouvant décemment pas rester alité pendant une semaine, le temps que mon corps se purge complètement du poison. Je pouvais au moins respirer normalement et tenir sur mes jambes.
Il était temps d’agir : Anthony était repassé à l’hôtel et n’avait rapporté aucune nouvelle de Mark et Ludovic. De plus, les Amigos, nom qu’ils se donnaient, nous avaient finalement donné leur accord et se joignaient à nous pour la bataille finale. Ils nous apportaient des hommes et des minutions ; nous serions là pour prendre la relève et faire couler la puta. J’avais adopté ce surnom, le trouvant tout à a fait adapté.
Ils connaissaient parfaitement le terrain pour avoir lancé plusieurs offensives, même si chacune s’était soldée par des défaites cuisantes, ce qui avait valu également pour la puta, chaque fois qu’elle tentait d’attaquer le quartier général des amigos.
Notre groupe se composait d’une dizaine d’hommes armés tous surentraînés : pas assez pour se faire repérer mais largement assez pour mener l’offensive. Deux jeeps noires nous attendaient pour nous emmener dans la Plaine.
Le conducteur ralentit l’allure au bout d’une heure et demie de route : la ville avait, depuis quelques kilomètres, cédé face à la nature où seulement quelques maisons trouaient le paysage de verdure et de rochers.
Nous avançâmes sur quelques kilomètres encore faisant le moins de bruit possible, roulant presque à reculons. Nous finîmes par évacuer le véhicule et le stress monta en flèche.
Notre progression fut difficile dans ce milieu caractérisé par de petites collines dont l’ascension épuisait mes jambes et affaiblissait mon souffle. Nous devions le plus souvent avancer en rampant afin d’éviter de nous faire repérer : deux hommes avaient été envoyés en reconnaissance et nous signalaient, à leur retour, la position des hommes de la puta. Deux de celle-ci avaient été neutralisés pour éviter qu’ils ne diffusent la nouvelle de notre arrivée, ce qui se saurait tôt ou tard quand ceux-ci ne pourraient pas répondre parce que assommés. Je préférais que cela soit tard.
Enfin, nous parvînmes sans encombre mais au bout de précautions infinies en vue de la villa. Le bâtiment était énorme, resplendissant sous le soleil argentin et attirait toute l’attention. Des gardes étaient postés tous les dix mètres mais aucune trace de Mark et Ludovic. J’espérais toujours qu’ils avaient réussi à s’enfuir sans pouvoir nous contacter mais j’y croyais de moins en moins, pas avec une sécurité aussi renforcée.
Le chef lança l’assaut en baissant sa main vers le sol. Je m’élançais, ne souhaitant surtout pas être séparé d’eux même si mes jambes tremblaient de plus en plus sous l’effort.
Nous pénétrâmes dans un petit couloir qui donnait sur quatre portes : immédiatement, des hommes les franchirent pour nettoyer la pièce sur lesquelles elles donnaient et nous rejoignîmes avant même que nous n’atteignions la porte d’en face. Nous débouchâmes ensuite dans un immense hall éclairé par plusieurs lampes suspendues au mur d’un blanc éclatant. Outre les tableaux et meubles qui occupaient la pièce, un escalier de marbre y prenait ses racines et permettait d’accéder aux étages supérieurs. Les hommes qui se trouvaient là n’eurent pas le temps de se rendre compte de notre présence qu’ils étaient proprement achevés ou assommés par les Amigos. Parfaitement organisés, chacun savait ce qu’il avait à faire, où il devait aller, et aucune hésitation n’émoussait le tranchant de ces hommes.
Le chef ne perdit pas de temps dans la contemplation de ce macabre spectacle et poursuivit l’exploration. Au lieu de prendre l’escalier, il passa par une porte à peine visible, obstruée par l’imposante rambarde de l’escalier de marbre, qui donnait sur un autre escalier qu’il dévala à quatre marches.
Après avoir couru quelques mètres dans un couloir de plus en plus sombre, nous parvînmes à une porte close qui ne pouvait être ouverte que par un badge que l’on faisait coulisser dans un petit boîtier collé au mur juste à côté. A ma grande, surprise, le chef sortit un passe qui, après avoir été glissé dans le boîtier, enclencha l’ouverture de la porte. Les hommes se déversèrent dans la salle afin de sécuriser la zone. Ils vinrent à bout rapidement de la faible résistance en abattant promptement les dix gardiens qui se trouvaient en ce lieu. Le chef se dirigea vers un tableau de bord qui semblait actionner l’ouverture de la porte des cachots. Il activa une série de boutons : des voyants qui étaient rouges tournèrent au vert et vice-versa.
Nous remontâmes ensuite dans le hall que nous traversâmes pour atteindre la porte opposée. Aucun obstacle ne vint nous barrer la route, sûrement parce que le chef les avait tous désactivés. Derrière moi, j’entendis de l’agitation dans les couloirs : l’alerte avait été donnée. Le chef pianota sur un boîtier digital mais la porte ne se referma pas. Il poussa un juron mais ne perdit pas plus de temps et reprit sa course effrénée.
Mon instinct me commanda de ne pas poursuivre d’avantage et de retourner sur mes pas. Je pris Anthony par le bras et l’entraînai à ma suite. Derrière moi, les bruits de pas se précipitaient. Je me jetai dans le hall d’entrée, rejoignis le petit couloir qui séparait l’entrée de celui-ci et me cachai dans l’une des pièces que les Amigos avaient nettoyées.
Là, je trouvai quatre hommes assommés par terre inertes. Saisi d’un sang froid que je ne me connaissais pas, je repérai un homme dont la taille et le physique me correspondaient et le déshabillai pour revêtir sa combinaison noire ; Anthony faisait de même. Le comité d’accueil pour les amigos se mettait en place. Ces derniers connaissaient la topographie du terrain par cœur et étaient très efficaces mais face à une telle supériorité numérique, ils ne pourront pas s’en sortir.
Nous grimpâmes quatre à quatre les marches du grand escalier de marbre pour nous mêler aux hommes de la puta. Je savais que le maître de maison apparaîtrait du haut de la balustrade afin de dominer complètement la situation. Mon cœur battait tellement fort que j’avais l’impression qu’il allait exploser ; mon mal de crâne était tellement intense que j’avais l’impression qu’il allait me dévorer tout entier ; mes jambes tremblaient tellement que je savais qu’elles ne tiendraient plus longtemps. Paradoxalement, mon sang froid me permettait d’analyser calmement la situation.
Personne ne s’infiltra dans le couloir qui menait aux cachots, tous attendaient patiemment que les intrus sortent pour les cueillir comme des fruits mûrs. Ceux-ci ne tardèrent d’ailleurs pas à apparaître et déboulèrent dans le hall en criant et donnant du poing et du pied. Leur détermination ne fit cependant pas le poids et ils se retrouvèrent vite encerclés.
Le chef se distingua en apparaissant effectivement sur le balcon, posant ses mains sur la rampe. Il dominait toute l’assemblée, et tenait entre ses filets ses moustiques qui avaient tenté de le piquer. Cependant, même si une piqûre ne fait pas grand mal, à force de se gratter, la peau finit par être à sang. Il était entouré de quatre personnes que je n’eus aucun mal à identifier pour mon plus grand malheur : les deux formateurs de Mark et les miens. Vêtus également de combinaison noire, ils cernaient une autre personne et mon cœur, qui battait tellement fort jusqu’à présent, manqua un battement tandis que ma gorge retint un hoquet de surprise. Mon frère se trouvait là.
Immédiatement, je sentis que quelque chose n’allait pas. Quelque chose m’intriguait, comme si je ne le reconnaissais pas vraiment, comme si ce n’était pas vraiment lui.
Puis je remarquai son port altier et sûr de lui : il ne tremblait pas, ne tentait même pas de s’enfuir ; d’ailleurs, il n’était pas attaché, complètement libre de ses mouvements. Il se tenait à droite du maître des lieux, place qu’on réservait habituellement aux invités d’honneur.
Je ne comprenais pas pourquoi mais il était là de lui-même, sans contrainte. Je ne pouvais même pas dire que c’était à cause de moi ou que c’était pour protéger notre sœur, c’est-à-dire lui donner une excuse, qu’il s’était livré : son port lui donnait une assurance et surtout une suffisance qu’il n’aurait pas pu maintenir s’il avait été amené là sous la contrainte. A moins qu’il ne cache véritablement sa peur mais même ainsi, la froideur qui émanait de lui ne se justifiait pas. J’avais peur de croiser son regard : outre la lueur malsaine que je craignais de déceler, j’étais sûr qu’il me reconnaîtrait instantanément et j’en venais à me demander s’il ne me dénoncerait pas.
Le chef de la puta se mit à parler en espagnol, troublant mon inquiétude. Malheureusement, je ne maîtrisais pas suffisamment cette langue pour comprendre un traître mot de ce qu’il disait, tout ce que je savais, c’est qu’il n’avait pas commencé par dire « bonjour ». De toute façon, je n’avais pas besoin de maîtriser la langue pour deviner qu’ils ne se lançaient pas des amabilités.
Puis après un discours particulièrement virulent d’après le ton qu’ils employaient, je perçus un désarroi de la part du chef des Amigos, comme s’il cherchait quelqu’un. Moi ?
- Fils de puta ! Montre-toi, où te caches-tu ? Eructa soudainement en anglais le chef des Amigos tandis que de ses yeux s’élançaient des éclairs de rage.
C’était bien moi.
Je ne bougeais pas, ne souhaitant pas révéler ma position, me doutant que ce n’était sûrement pas pour me permettre de m’enfuir que cet homme me cherchait avec tant de colère. A vrai dire, la raison n’était pas bien difficile à deviner.
Matt fut propulsé en avant afin que tout le monde le voie : d’accord, ils voulaient me faire sortir de mon trou en me faisant chanter. Je réfrénais mon envie de lui porter secours : si je me montrai maintenant, je serai instantanément capturé. Je devais les faire patienter, les faire douter de ma présence. J’avais conscience du danger, chaque pore de ma peau le respirait, mais je ne devais pas faiblir et foncer sans hésiter quand l’occasion se présentera. Mais quand se présentera-t-elle ?
Les propos devinrent plus enflammés.
- Tu n’as pas le choix, de toute façon, je ne t’ai donné qu’une partie de l’antidote du poison mortel que je t’ai fait boire. Si tu veux survivre, tu dois te rendre.
Alors, c’était pour ça que je me sentais toujours mal, ces tremblements, ces maux de tête, ces vertiges qui me tourmentaient. Je craquais : ça faisait trop d’un coup. Oubliant complètement la situation, le péril dans lequel je me jetai, je m’élançais.
Anthony ne m’en laissa pas le loisir. Seul mon sang avait eu le temps de bouillir, une poigne de fer me maintenait fermement immobile. Ce geste n’avait pas suffi à calmer mes ardeurs, je trépignais sur place mais la poigne était tellement forte qu’elle m’empêchait de bouger vraiment. Si on m’observait, on devinerait qu’une certaine frustration émanait de moi, pas toute l’agitation qui était réfrénée en moi.
Le silence et la tension se prolongèrent dans la salle. Puis le chef de la puta envoya un homme à hauteur de son ennemi qui lui remit une fiole, contenant sûrement mon antidote. Ensuite, d’un signe de la main, ses hommes se retirèrent dans un fracas métallique, remontant l’escalier ou disparaissant par les portes. Les Amigos furent étrangement épargnés et purent regagner la liberté. Et moi, j’étais obligé de suivre la puta si je ne voulais pas sortir du lot.
Le but était donc de m’obliger à rester. Le chef des Amigos ne m’avait pas vu fausser leur compagnie et ne pouvait être sûr que je me trouvai là mais si tel était le cas, les deux chefs savaient que, pour pouvoir passer inaperçu, j’avais forcément pris l’apparence de l’un des hommes de la puta. Or ceux-ci avaient reçu l’ordre de se replier et de regagner leur poste. Complètement désemparé, je ne savais pas où aller et je sentais que le chef de la puta scrutait le moindre de ses hommes afin de repérer la moindre anomalie.
Les formateurs se dispersèrent et le chef se retourna pour repartir d’où il venait. Je fus entraîné à la suite d’Anthony, ne souhaitant surtout pas le contrarier s’il avait un plan. Soudain, alors qu’il allait disparaître dans ses appartements, une voix s’éleva pour rebondir contre les parois de mon crâne. Il n’avait pas crié mais son annonce avait été si inattendue, perdu que j’étais à me demander comment j’allais me sortir de là, que je crus que j’allais m’évanouir quand je découvris de qui il s’agissait.
Ludovic venait de défier calmement le chef du réseau de la puta, l’un des hommes les plus puissants de la « famille ».
Le chef se retourna, sûrement pour appréhender l’importun qui venait de le défier, mais se contenta de demander :
- Qui ose ?
- Moi, s’avança Ludovic, Ludovic Ackermann.
- Tiens donc. Comme c’est intéressant. Très bien, suivez-moi. Stoppe les recherches, ajouta-t-il à l’un de ses hommes.
Tandis qu’une furieuse envie de fuir me secouait les tripes, je suivis les autres, n’ayant pas vraiment le choix.
Nous déambulâmes dans un dédale de corridors et d’escaliers pour atterrir dans une salle au centre de laquelle se tenait un ring, délimitant la surface de combat qui prenait, en fait, toute la pièce ; les spectateurs pouvaient assister au combat dans une pièce adjacente en toute sécurité, les deux pièces étant séparées par une baie vitrée.
Ludovic avait désigné Mark comme témoin et le chef l’un de ses hommes et non comme je m’y attendais, l’un de nos formateurs.
Le combat se poursuivrait jusqu’à la mort ou jusqu’à l’inconscience. L’enjeu était ni plus ni moins la prise de pouvoir de la branche argentine si Ludovic gagnait et bah, nous, s’il perdait. Nous jouions à quitte ou double et il avait intérêt à gagner parce que je sentais derrière moi la présence de mon formateur qui me faisait hérisser tous les poils de la nuque. La tension était maximale des deux côtés.
Les deux adversaires se firent face et je ressentis toute l’aura meurtrière qui se dégageait de Ludovic, comme au premier jour où je l’avais rencontré. Il respirait la détermination et l’assurance mais son adversaire ne se laissait pas impressionner et le calme et la quiétude qui l’habitaient le rendaient encore plus mystérieux, encore plus craintif.
Les deux hommes s’élancèrent dans une telle rapidité que mes yeux ne parvinrent pas à suivre l’échange. J’avais l’impression qu’ils s’étaient simplement rapprochés avant de s’éloigner mais leur corps frémissait d’excitation et les hommes hurlaient pour encourager leur maître. Anthony et moi demeurions silencieux, inquiets.
Au fur et à mesure de leurs assauts, mes yeux s’accoutumèrent à leur vitesse époustouflante. J’avais dit à Matthieu et Lilas qu’ils ne pourraient rien faire même si leur ennemi se tenait droit devant écartant les bras, j’étais loin du compte !
Les coups fusaient d’une telle célérité, je pouvais à peine distinguer le poing partir qu’il était déjà arrêté, le pied s’élancer qu’il était stoppé. Les enchaînements dénonçaient leur expérience, et c’était celui qui maitriserait le plus son corps, qui garderait sa concentration, son sang-froid, qui gagnerait.
Ludovic se fendit pour le surprendre par derrière que son adversaire était déjà en bas en train de faire un croche-pied. Le premier l’évita en sautant tout en assénant son coude sur le crâne de son ennemi qui s’était déjà dévié sur le côté et avait lancé son poing en direction du visage de son opposant.
Nous n’étions pas dans un film avec des effets spéciaux mais la réalité était encore plus frappante, on sentait dans ce tourbillon de violence presque de la douceur. Les deux adversaires se comprenaient et s’estimaient. Les coups plurent de plus belle, Ludovic se jetant sur son adversaire pour lui faire une prise mais fut jeté au sol et leva la jambe pour lui asséner un coup de pied au moment où son adversaire plongea sur lui.
Complètement pris par la frénésie du combat, j’en oubliais le monde extérieur, soutenant Ludovic de toutes mes forces, les yeux écarquillés, tentant de déceler le moindre geste.
Je fus soudain tiré en arrière avant de recevoir un coup de poing au ventre puis soulevé en l’air. Je me débattis mais mes pieds ne faisaient que brasser l’air et la terreur se déversa jusque dans la moindre veine lorsque je vis que mon formateur était en train de m’emmener à l’insu de tous. Je hurlai mais mes cris d’angoisse se mêlèrent aux cris d’excitation des hommes qui ne perdaient pas une miette du combat.
L’un de mes poings finit par atteindre leur cible mais mon formateur ne broncha pas et poursuivit sa route. Paniqué, je ne pus retenir des larmes de détresse quand je vis que nous étions déjà dehors. Il me posa par terre en me tordant le bras de manière à à lui tourner le dos. Je tentais de lutter contre la pression mais petit à petit, je me sentais perdre face à son emprise. Je sentais déjà ses doigts parcourir le long de ma nuque. J’essayai de faire abstraction en fermant les yeux mais rien n’y fit. Au contraire ! Les sensations de glissement de ses doigts rugueux sur ma peau n’en étaient que plus fortes.
Le poids se dissipa sans prévenir. Je me retournais pour voir Anthony qui venait de propulser mon formateur en arrière avant de charger comme un fou. Je ressentis un immense soulagement. Anthony se déchaîna sur mon formateur, la terreur que m’inspirait mon formateur avait trouvé échos dans la haine et la rage qui l’habitaient en cet instant.
Ce n’était pas le combat à mort qu’était en train de livrer Ludovic où chaque geste, chaque instant était analysé et exploité de manière stratégique, non, c’était l’expression de l’Homme dans toute sa barbarie, toute sa violence la plus primaire, la plus animale. Les poings frappèrent avec violence mais l’homme se reprit et résista. Il parvint à se relever et afficha un rictus. La colère d’Anthony redoubla d’intensité et il s’élança pour abattre ses poings sur son visage tordu par ses sourires de provocation. Il para un coup de poing mais en prit un autre dans le ventre alors que sa main était occupée par le coup de pied droit qu’Anthony venait de lancer. Il se plia en deux, Anthony en profita pour lui asséner un coup du tranchant de la main avant d’enchaîner avec un coup de coude suivi par un craquement de nez.
Paralysé, incapable de réagir, je ne pouvais que contempler la scène, en espérant qu’Anthony le mette hors d’état de nuire. J’avais tellement peur de lui que je n’osai pas l’approcher. Tout ce que je voulais, c’était qu’il soit loin de moi, neutralisé.
Soudain, les coups cessèrent de pleuvoir et Anthony était là, debout, essoufflé mais victorieux. Il s’approcha ensuite de moi et je me laissais entraîner par sa chaleur lorsqu’il me prit dans ses bras, par ce sentiment de sécurité nouveau. Mais cet instant fut brisé par l’arrivée massive d’hommes armés. Anthony me serra un peu plus contre lui pour me protéger mais ils nous ordonnèrent de nous lever et de les suivre.
Je me mis à trembler lorsque nous fumes enfermés dans des cachots. Ludovic était là, adossé contre le mur, respirant difficilement, se tenant la côte. Mark, à ses côtés, nous dévisageait bizarrement.
- Pourquoi êtes-vous parti ? Siffla Ludovic d’une voix pleine de colère. Vous ne croyiez pas dans mes chances de victoire ?
Toujours serré dans les bras d’Anthony, je ne répondis pas, trop secoué par les événements.
- Raphaël allait se faire enlever par son formateur quand je suis arrivé, après, bien sûr, avoir passé du bon temps avec lui, riposta-t-il. Alors ton amour-propre, tu peux te le garder, ce n’est vraiment pas d’actualité.
- Quoi ? S’ébahit Ludovic. Mais c’est…
- C’est bon, c’est pas grave, intervins-je. Que va-t-il nous arriver maintenant qu’on a perdu ? M’informai-je inquiet de la suite des événements, ne souhaitant pas retomber entre les mains de mon formateur surtout après le traitement que lui avait réservé Anthony.
- J’ai perdu parce que j’ai été déconcentré après votre départ sauf qu’il va être possible de négocier puisque le résultat a été faussé par leur trahison. Au pire, ils nous laisseront partir, au mieux, ils collaboreront.
- Alors tout n’est pas perdu ? Demandai-je, plein d’espoir.
- Non, encore faut-il que nous puissions obtenir une audience.
- Et comment ?
- Quand ils viendront nous chercher.
- Et Matt ? Demandai-je.
- Quoi, Matt ? Se renseigna Ludovic.
- C’est mon frère, expliquai-je, et il est là. Celui qui était au milieu de nos formateurs.
- Je ne sais pas ce qu’il fait là mais c’est mauvais signe… Avança Anthony.
Les émotions de la journée, les effets du poison et mes soucis supplémentaires pour Matt eurent raison de moi et je ne mis pas longtemps à m’endormir, les cachots n’étant pas si désagréables avec la fraîcheur qu’ils dégageaient.
Je fus secoué par Anthony lorsque le chef vint nous rendre visite. Il se montra d’une extrême courtoisie, que je trouvais quelque peu déplacée, et fut attentif aux propos que lui tint Ludovic. Apparemment, ce dernier avait été un adversaire de valeur, ce qui lui donnait le droit d’être écouté.
- Venez.
Nous pénétrâmes dans la salle de l’écran de contrôle que le chef des amigos avait trafiqué quelques instants plus tôt. Il sélectionna l’un des écrans de contrôle avant de faire passer la bande vidéo qui ne laissait place à aucun doute. Et pour plus de sûreté, il fit tourner la bande de l’épisode qui s’était déroulé à l’extérieur quand Anthony avait arrêté mon formateur dans sa lancée.
- Effectivement, soupira-t-il. Va me chercher ce fils de pute ! Cracha-t-il à l’un de ses hommes.
Je jubilai rien qu’en sachant qu’il allait passer un mauvais quart d’heure. Mais pour l’heure, je demeurai douloureusement conscient que s’il le voulait, le chef pouvait très bien ordonner notre retour aux cachots et garder l’antidote pour lui, antidote qui devenait de plus en plus urgent.
- Que voulez-vous ?
- L’antidote et notre protection dans tous nos déplacements, exigea Ludovic.
Je trouvais qu’il y allait fort, notre position ne nous permettant pas vraiment d’imposer nos quatre volontés à notre hôte, mais mieux valait s’affirmer que baisser la queue et les oreilles et lui lécher les pieds en espérant qu’il accèdera à notre requête. Mais s’il voulait vraiment imposer ses quatre volontés, il aurait pu réclamer la libération de Matt, même s’il devait la considérait comme secondaire.
- Rien que ça. Qu’est-ce qui m’obligerait à satisfaire à vos exigences ?
- Nous pourrions reprendre le combat mais nous connaissons désormais nos niveaux et seule la mort nous départagera. Ce n’est pas ce que nous voulons et être le chef ici ne m’intéresse pas. Je vous propose de collaborer.
- Vous savez qu’au moins deux des vôtres sont ardemment recherchés par la famille et vous me demandez ni plus ni moins de participer à votre quête de vengeance. Je ne vois pas ce que j’ai à y gagner.
- Le combat a été truqué à cause de l’un de vos hommes. Vous devez assumer les conséquences.
- Rien ne nous dit que vous auriez gagné.
- Mais si j’avais gagné, j’aurai pris votre place et obtenu ce que je demande. Là, vous avez la possibilité de garder votre poste et moi d’obtenir ce que je veux.
- Sauf que ma position sera beaucoup plus critiquée.
- Ce n’est pas mon problème, décréta-t-il implacable. Réglez-le avec votre homme.
Les deux hommes se dévisagèrent un long moment, l’autre pesant le pour et le contre d’une telle alliance, Ludovic faisant pression pour l’y inciter.
- Voici l’antidote, fit-il en tendant le flacon, mais je préfère faire quelques tests pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un autre poison, mortel cette fois. Rien ne nous garantit qu’il s’agisse vraiment de l’antidote. J’ai un laboratoire à ma disposition et pour plus de sécurité, il serait préférable que vous alliez y faire un tour pour une prise de sang.
- Je viens avec lui, fit Anthony.
- Quant à nous, ajouta-t-il en se tournant vers Ludovic, nous devons discuter.
Une dizaine de personnes travaillait dans ce laboratoire qui était plus grand que je ne l’aurai cru dans cet endroit isolé. Je fis attention à ne rien renverser, fioles, flacons ou tubes à essais qui trainaient un peu partout sous des tonnes de documents qui recouvraient claviers et souris des ordinateurs, les machines assourdissaient les oreilles et chaque centimètre carré était occupé.
On me fit une piqure pour prélever mon sang et toute sorte d’examens pour voir à quel stade de délabrement mon corps en était : à en juger par leur expression, ce n’était pas catastrophique mais pas joyeux non plus.
Ils comparèrent les résultats avec ceux obtenus de l’analyse de l’antidote avant de hocher la tête et de disparaître.
- Qu’est-ce qui me dit que ce ne sont pas eux qui vont trafiquer l’antidote ? demandai-je soudain à Anthony.
- Je ne sais pas. Il a l’air d’être un homme de parole.
Quelques temps plus tard, ils réapparurent et nous expliquèrent qu’il s’agissait bien de l’antidote mais dans des proportions tellement faibles qu’il n’aurait pratiquement pas fait effet.
- Ce sera douloureux et long, vous devriez vous allonger pour être plus à l’aise, nous conseilla l’un des laborantins. Suivez-moi, je vais vous attribuer une chambre.
Je jetai un dernier regard à Anthony au moment où l’aiguille se planta dans ma peau.
Voilà les petits, on se dirige doucement vers la fin, probablement plus que deux ou trois chapitre (enfin, avec moi, ça veut dire encore 60 pages^^). Bon, alors, la particularité de MSF, c’est que j’écris des fins que je peux être amenée à modifier quand l’inspiration me vient. Mais là, je n’ai plus d’idée et la fin pointe bel et bien le bout de son nez sauf si j’ai une illumination ! J’ai encore un peu de marge pour y réfléchir mais c’est vrai que j’écris beaucoup plus sur JUSD.
Gabie : Le truc, c’est que j’aime pas trop les policiers, enfin, je préfère lorsque ce sont des coups durs qui surviennent sans prévenir et qui frappent une personne lambda, comme nous. Donc, j’ai adoré Innocent, Disparu a jamais ou encore Ne le dis à personne. J’ai vu que y en a deux qui sont sortis, je les ai pas lus, j’ai trouvé personne à qui les emprunter. En tout cas, merci pour tes commentaires, ça fait super plaisir de savoir que tu seras toujours là J
Stéphy : bien sûr qu’il fait partie de la famille, l’héritier ! C’est le cousin aîné de la génération de Raf, donc en fait, le fils du frère d’Anthony, Ludovic et Janet. Vous n’en saurez probablement pas plus sur ces deux-là. Stéphy, reviens chez moi, pour JUSD, j’aime pas les infidélités, MDR !!
Danouch : si tu me tues, t’auras pas la suite de JUSD , niark ^^ ! Mais tu devrais être satisfaite ave ce chapitre, pis, sinon, bah, tant pis !!!! En plus, j’ai modifié ce chapitre en pensant à toi parce c’est toi qui m’a donné l’idée même si j’ai eu du mal à faire ce que je voulais exactement après ! Et arrête de sortir le soir, moi, je veux la suite de JUSD et des aventures de Mr Zoubi !
Et avis à tout le monde : lisez Arlan Coben !! On joue définitivement pas dans la même cour !!
26 octobre 2009
Chapitre 6 : Nolan
C’était pire qu’une vanne, pire qu’une insulte, le genre de phrase qui vous calme tel un seau d’eau froide sauf que là le seau d’eau bouillante. Mon corps entier était en surchauffe, trop gêné pour pouvoir parler correctement j’ai murmuré une phrase complètement ridicule. Honte sur moi. Plus je me rendais compte que je devenais aussi embarrassé qu’une jeune pucelle plus j’avais envie de me cacher sous les sièges en cuir de Link. Le contact de son bras contre le mien, mon cœur battant, la chaleur étouffante, je m’oblige à regarder par la fenêtre la main poser sur les épaules frêles de Kimi je prie pour arriver enfin à destination. Vous n’avez jamais eut l’impression que les minutes deviennent des heures, que chaque seconde qui s’écoule était un gong lent et stressant. La gorge serré, la cravate ne fait que m’étrangler un peu plus. Je la dénoue discrètement pour mieux respirer, du coin de l’œil j’observe le garçon. Il est accoudé à la fenêtre et regarde la route défilé sous ses yeux un sourire doux sur les lèvres, les yeux brillants sous les lampadaires. La voiture s’arrête. - Bonne journée, lance Link. Le garçon lui rend un petit sourire timide, je continue de l’observer alors qu’il pénètre dans sa grande maison sombre. Il s’efface et disparaît de ma vue alors que je reste accrocher à cette porte comme si j’espérais qu’il en sorte à nouveau. La voiture démarre et la porte demeure fermer. Je rapporte mon attention à la petite Kimi qui dort à poings fermés, ses fins cheveux ébène, ses joues légèrement rosées dans une petite robe bleue pale. Je me surprends à envier Link, j’aurai aimé avoir une petite sœur, avoir un être qu’on protège et qu’on aime de tout son cœur. Malheureusement ça fait bien des années que je ne sais même plus que ce que c’est qu’aimer. Link me reconduit chez moi, il à décider de passer la nuit à l’hôtel avec sa mère et sa petite sœur. Je le remercie de m’avoir ramené, il me fait un clin d’œil et on se dit à bientôt. Ils sont encore pour la semaine alors je le verrai bien entre temps surtout que je sais qu’il viendra me voir quoi que je lui dise, Link est un garçon qui ne montre pas tellement ses sentiments et qui se cachent derrière l’humour ou l’agressivité mais au fond c’est un grand sentimentale. Je souris rien qu’en l’imaginant avec son petit ami, je suis sûre qu’il se fait mener par le bout du nez. Une fois dans l’appartement je jette ma cravate sur le canapé, je la regarde un instant tenté d’aller la brûler en maudissant ma sœur mais je la laisse la. Je suis trop fatigué pour faire quoi que ce soit. Je m’écroule dans mon lit, une masse informe de chair et d’os, je n’ai même plus la force de me déshabiller ! Ca me coûte vraiment, je rassemble toute ma dernière force d’homme courageux pour enlever un premier bouton. Enfin délivré je peux me détendre, sous ma couette je me laisse porter dans un sommeil profond avec une dernière pensée pour mon étudiant en TD. Ma mère me sourit, elle me tient la main si fortement que je grimace de douleur mais je n’arrive pas à la retirer. Elle saigne maman, un long filet de sang entre ses yeux s’écrasant sur ses lèvres, continue sur le menton et tombe en goutte depuis son menton. Elle me tire, elle court presque, elle ouvre une porte et la lumière m’aveugle. Je suis dans la chambre de papa et maman. Elle ouvre un grand placard plein d’habit, je regarde maman parce qu’elle pleure, elle s’accroupit et me serre contre elle. Elle m’embrasse sur le front, j’ai du sang maintenant, les lèvres de maman bouge mais je n’entends pas. Maman me jette dans l’armoire brusquement et m’enferme, je cri mais rien ne sort de ma bouche, je cri aussi fort que je peux mais j’ai la voix bloquer. Je pleure, ca brûle, je pleure toujours... Je me réveille en sursaut. Comme toujours. Mon souffle haletant, le cœur qui bat contre ma poitrine, les muscles contractés, la bouche grande ouverte comme après une longue immersion. Je reprends mes esprits. Mon cœur frappant comme un dératé me fait mal, je pose mon poing dessus pour le calmer mais impossible. Je regarde autour de moi. Après quelques minutes je peux enfin me lever encore sous le choc je vacille un peu, mes jambes ne peuvent même plus me porter correctement jusqu’à la salle de bain. Douche froide. J’ai le souffle couper mais tout mes muscles récupèrent leur force, je m’appuie contre le carrelage revoyant les images de mon cauchemar. J’espère simplement que je n’ai pas crié pendant mon sommeil. La douche terminé, je ressors et je cours jusqu’à ma chambre pour m’habiller. C’est le même rêve, le rêve le plus réel qui soit puisque ce sont mes derniers souvenirs de mes parents. J’enfile mon pull blanc avec lenteur. A cet époque là je devais avoir six ans, je ne sais plus trop mais ce fut cette nuit d’orage qui a mit fin à notre famille, qui a mit fin à leur vie et la mienne par la même occasion. Ma vie, mes nuits, mon poids à porter. Je sors de ma chambre un peu dans la Lune, je me dirige dans le salon d’où je sens une odeur si appétissante, de la cuisine indienne je crois, les épices me chatouillent le nez. Ma sœur a toujours aimé faire la cuisiner et j’avoue qu’elle a toujours été très douée pour ça alors que moi en revanche j’arrive tout juste à mettre mes plats tout fait dans le micro-onde. - Bonjour Nolan ! Me lance sœur gaiement. - Bonjour, je prononce timidement. Pas encore bien réveillé le Nolan. Je regarde la table mise plus attentivement, je crois qu’il y a une assiette en trop à moins que des années de Droit intensif m’ont réduit incontinent aux maths, je crois comprendre qu’on sera quatre pour ce midi. - Salut le dormeur ! Me dit Colgate en me frappant amicalement le dos. Je me retiens de le tuer « salut gros con ! ». - Quelle violence au réveil, je réponds grimaçant. - C’était une frappe masculine voyons ! Sourit Tom. - Il y a une aura de bonheur autour de toi et ça me déprime, je dis intrigué. - C’est parce que nous avons un invité, me dit ma sœur. - Je suis vraiment de bonne humeur ! S’écrit Colgate en serrant son épouse dans ses bras, humm…Madame Delavert j’aime votre petit chemiser… - Tom, mon cœur, je fais la cuisine, arrêtes, glousse Ely. - Pitié tuez moi…, dis-je d’un air dépressif D’un pas nonchalant, je me dirige vers le canapé où je m’écroule comme un sac, encore un peu endormie, j’attrape la télécommande zappe presque à toutes les chaines sans même les regarder. Je tombe sur le générique de début de Dragon Ball Z, je monte le son. Quelques secondes plus tard Tom me fait directement remarquer que je regarde un dessin animé et que je suis un vrai gamin, je lui fais un doigt d’honneur avant de me plonger dans les combats de Son Goku et tous ses amis. Je crois que c’est là que je me rends compte à quel point je n’ai pas connu de jeunesse, je suis un vrai fan de dessin animé et j’en ai absolument pas honte celui qui est pas content c’est pareil. L’épisode finit, je baille, il est une heure on sonne à la porte l’invité surprise vient de faire son appariation. Le timing est parfait j’avais la dalle. - Entres entres ! S’exclame Colgate, Ely vient juste de finir le repas ! - Ca sent bon en tout cas, répond l’invité. Je reconnais cette voix masculine, trop douce, aucune sévérité dans la voix, presque de la timidité. Je me redresse brusquement le visage blond de l’étudiant me fait l’effet d’une gifle. Un pull fin bleu clair, un jean foncé et des baskets blanches. Son regard indifférent presque insensible me pénètre, je ne peux pas m’empêcher de lui rendre une expression agacée, sa présence me met mal à l’aise et je déteste cette sensation ! Autant, je peux être arrogant, con, égoïste avec tout le monde autant lui me fait monter l’adrénaline, mes muscles se contractent et je suis en en surtension. L’envie de crier me brûle la gorge. J’aurai dû me douter que l’invité serait son frère, peut être que je m’en doutais après tout. Un sourire narquois s’étire sur ses lèvres, je fronce les sourcils. - Bonjour monsieur, dit-il, traduction « Je sais que t’es énervé et je jubile rien qu’à voir ta tête ». - Bonjour, je réponds entre les dents. - A table ! S’écria ma sœur, Zach ! Tu es magnifique ! Je suis tellement heureuse que tu sois là ! Ely, dans son élan maternel naturel, serre Zach dans ses bras qui se fige littéralement de surprise. Elle le cajole presque, le détaille de la tête au pied et lui offre un sourire dont elle est maîtresse, ce genre de sourire qui nous couvre d’une douce chaleur. Zach se racle la gorge avant de lui répondre par un sourire amicale et timide. Je rêve où il me pique ma sœur ! Elle tombe totalement sous son charme ! Colgate, fais quelque chose ! - Link ne va pas tarder, reprends Ely. - Link vient aussi ?! Je m’écriai perplexe en même temps que Zach. - Quel synchronisation ! C’était trop mignon, s’extasie ma sœur. Une corde pitié, qu’on me donne une corde ! - Ely l’a appelé au dernier moment, tu sais qu’il repart à la fin de la semaine pour sa tournée alors autant en profiter, me répond Colgate d’un air intellectuel. - Merci pour ces précisions Tomi, je lui réponds espiègle ment. - Tante Satsuki et Kimi rentrent cet après midi en revanche donc elles ne pourront pas venir, me dit Ely Thomas entraîne son frère pour lui faire faire un tour de la maison, je reste avec ma sœur dans la pièce avant de m’écrouler sur le canapé. Link plus Zach plus Colgate, ça fait beaucoup ! Je sens que la journée va être lourde. Nonchalamment, je passe ma main sur mon visage, finalement Link détendra peut être l’atmosphère entre moi et l’autre blondinet, parce que je crois que je vais lui jeter mon assiette dans sa gueule d’arrogant avec son sourire sournois ! Aaaaah !!! Je me prends déjà pour Son Goku je dois me calmer. La sonnerie retentit à nouveau, Ely me demande du regard d’aller ouvrir, je m’exécute dans le mécontentement le plus expressif par des petits bruits de soupirs, de lassitude, d’épuisement. J’ouvre la porte une tempête me tombe sur la tête, une fumée épaisse par la même occasion. - No-kun ! Je referme la porte presque de légitime défense. Ely me gronde depuis le salon. J’ouvre à nouveau la porte Link qui a un regard menaçant. - Si je m’étais pris la porte sur le nez, tu aurais dû en répondre à mon avocat, il me dit en crachant sa fumée de toxico dans le visage. - Mais bien sûr, je lui réponds en lui cédant le passage. - J’espère que t’aimes la nourriture indienne, sourit ma sœur en prenant son cousin dans ses bras.


