La bibliothèque de Lilly

06 mai 2012

Epilogue

12

Will n’avait pas eu de blessures graves mais il était resté alité plusieurs jours. Les ecchymoses cumulées, sa vieille blessure par balle et son moral avaient besoin de remise à niveau. De plus, personne ne l’attendait chez lui et Van avait accepté de s’occuper de Kitty le temps qu’il se rétablisse. Rentrer chez lui, dans son neuf mètres carrés, seul et plus sombre que jamais ne l’aiderait pas à se relever. Will n’était pas du genre à déprimer mais parfois, comme tout le monde, il avait des petites baisses de moral.

Ici, allongé et pris en charge par l’hôpital, il se reposait. Tranquillement. En essayant de faire le tri dans ses pensées, de penser au lendemain. Il ne pouvait pas dire qu’il recevait de la visite. Même vivant, pas un membre de sa famille n’aurait daigné le voir mais maintenant qu’il y pensait, il avait un oncle, une tante, des cousins et des grands-parents. Quant à se demander ce qu’ils étaient devenus, Will n’en avait pas la moindre idée. Il avait coupé les ponts avec sa famille depuis bien longtemps ; peut-être qu’ils avaient cherché à le contacter mais caché dans son refuge, leur tentative avait dû être déjouée.

Connecté aux machines qui bipaient tranquillement, Will lisait un livre que Van lui avait apporté. Ce dernier essayait de venir régulièrement et il devait reconnaître que sa visite avait juste de quoi l’épuiser pour qu’il ne se sente pas trop seul après son départ tout en le distrayant avec sa présence. C’était la seule visite qu’il recevait.

A ses côtés reposait une jeune fille. Il partageait une chambre double et cette dernière voyait sa famille tous les jours mais ils étaient calmes et de temps en temps, ils lui offraient un magazine ou des gourmandises. Ils échangeaient deux ou trois mots de politesse mais le jeune homme ne cherchait pas à se lier d’avantage. Il avait plusieurs fois surpris le regard de la mère dirigé vers lui et il se demandait quelle image il pouvait bien offrir aux gens. De la pitié ?

Will avait souhaité, tout en le redoutant, être dans la même chambre que le fils de Branco. Il ne connaissait ni son nom ni son visage, il l’avait trop peu aperçu pour imaginer le garçon autrement qu’en rêve. D’ailleurs, tout ce qui s’était passé restait irréel pour lui. La mort de Branco n’était pas tangible et pourtant, il était obligé de constater que son absence n’était pas naturelle. Will avait appris, peu à peu, à le connaître et il savait que Branco ne l’aurait jamais laissé moisir à l’hôpital. Là où le jeune homme n’avait pas hésité une seconde à le rejoindre quand il croyait sa sœur en danger, Branco serait resté toute la nuit à le veiller pour qu’il trouve un visage familier à son réveil. Non pas que Van avait fui mais il avait ses propres obligations et il s’était déjà trop longtemps absenté, ne serait-ce que pour reprendre les cours que lui-même avait trop longtemps négligés. Comme tout le reste.

Est-ce qu’il se sentait heureux de reprendre une vie normale après tout ce qu’il venait de subir ? Il avait perdu, sous ses yeux, la personne en qui il avait le plus confiance, et sa famille entière, à cause d’une enragée suicidaire. Will avait apprécié cette nouvelle relation, sentir qu’on pouvait donner sa confiance sans risquer d’être brisé par la suite, c’était un don précieux qu’il avait mesuré à sa juste valeur. Sa famille l’avait piétiné : son propre frère n’avait pas hésité à pointer le canon d’une arme sur son cœur et ses parents avaient même oublié qu’ils avaient un deuxième fils. Depuis, Will s’accrochait à Van comme une sangsue de peur qu’il ne soit réduit à une peau de chagrin.

Réaliser qu’on n’est important pour personne, c’est difficile à accepter. Branco était la seule personne avec qui Will s’était confié, il lui avait ouvert son cœur, avait accouru pour le sauver et ils avaient partagé leur corps ; Branco l’avait peu à peu déridé. C’était un gros ours mal léché qui était entré dans sa vie comme un tourbillon sauvage. Il avait débarqué sur une moto noire en pleine nuit dans une combinaison noire, surgissant tel un démon. Et Branco n’était pas loin d’en être un. Mais il savait malgré tout être efficace… Du moins, de temps en temps, songe Will en souriant à son souvenir.

Son souvenir… ça ne faisait que quelques heures qu’il avait disparu et déjà, son enveloppe corporelle n’était plus rien. On l’avait surement brûlé et il n’avait même pas assisté à son dernier départ. Ils ne s’étaient pas dit au revoir. Ses parents l’avaient mal éduqué à cette notion. Pour lui, ils étaient morts depuis longtemps mais ils étaient tout de même en vie, en chair et en os. Du moins jusqu’à aujourd’hui. Il n’y avait pas cet étau qui lui comprimait la poitrine dès qu’il pensait à Branco.

Est-ce qu’il l’aimait ? Van lui avait posé la question alors qu’il était au bord de l’évanouissement. Non, Will était catégorique. Il ne l’aimait pas au sens strict, c’était bien plus profond. Pour lui, l’amour se résumait à quelque chose qu’on pouvait jeter comme un mouchoir usagé. La confiance, c’était bien plus important à ses yeux. Et avec Branco, il avait pu tout partager, aussi bien sa lumière que son ombre. En perdant Branco, c’est tout ça qu’il avait perdu. En perdant Branco, c’est la tristesse qui serre son cœur. La carapace qu’il s’était forgée s’était réduite peu à peu. Il souriait, il se lâchait, il avait même pleuré… cela faisait des années qu’il avait renfermé ses émotions au plus profond de lui, des émotions qui ne transparaissaient que quand Van était là.

Il réalisa qu’il n’avait même pas de photos de Branco. C’est peut-être pour le mieux, soupirer après un mauvais souvenir est mauvais pour le moral. Maintenant, il faut aller de l’avant. Garder au fond de son cœur le souvenir de Branco comme un item précieux, un porte-bonheur qui ferait battre son cœur chaque fois qu’il fermerait les yeux. Il n’aurait qu’à clore ses paupières pour revoir sa silhouette. Sa mort brusque l’idéalisera quelque peu et tout n’était pas rose dans leur couple, notamment parce qu’ils n’en formaient pas un. Ça pourrait d’ores et déjà paraître bancal et on pourrait s’interroger sérieusement sur la santé mentale de Will mais ce dernier chérirait son souvenir. Le présent est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle ainsi et il faut savoir l’estimer.

Pour aller de l’avant, Will y songe de plus en plus sérieusement, ce n’est pas compliqué. Enfin, c’est à double tranchant. Ça peut aussi bien être un recul qu’une avancée. Mais pour avoir été abandonné, Will ne se voyait pas de laisser ce gosse, qui devait à peine frôler la quinzaine, après ce qu’il a subi. C’était trop douloureux, lui-même avait failli y rester, alors que, comparé au garçon, il avait été en pleine possession de ses moyens. Son père l’avait bien rossé avant de le mettre dehors mais il n’avait pas subi milles tortures pendant une période indéterminée. Si lui s’en sortait pour quelques ecchymoses, le garçon resterait pas mal de temps à l’hôpital : aux dernières nouvelles qu’il avait reçues de l’équipe soignante, le garçon était plongé dans un coma réparateur qui durerait plusieurs semaines. Son pronostic était engagé pour huit semaines, minimum. Will en aurait maximum pour un mois. Et encore, c’était pour retomber définitivement sur ses pattes avant de se relancer dans la vie. Pour l’heure, il ne se sentait pas de replonger dans la violence de la routine quotidienne.

Il essaya de calculer combien de temps ils avaient passé sur cette affaire. Une simple traque leur avait pris des semaines de planque, course-poursuite et complots pour, au final, ne pas atteindre leur objectif initial. Branco devait assurer la protection de Will mais il était mort et lui-même n’était pas en pleine forme. Et tandis qu’il pansait ses blessures, Chin courait encore tranquillement dans la nature. Bien sûr, l’organisation n’avait plus lieu d’être et dès qu’il sortirait de l’hôpital, sa vie serait encore plus miséreuse que d’ordinaire. Il songea au chat de Branco qui devait mourir de faim dans son appartement. Il saisit son portable et demanda à Van s’il pouvait la chercher. 

-          C’est pas une animalerie chez moi, mec.

-          Je sais, je la récupérerai quand je sortirai.

-          Ouais, bon, file-moi son adresse.

-          Sois prudent. Je ne suis pas sûr que ce soit sécurisé là-bas.

-          Ça marche, je passerai te voir dans la soirée.

-          Merci.

Après avoir raccroché, Will se remémora les sentences assassines de Maria. L’organisation n’était qu’un canular pour acculer Branco et le manipuler pendant toutes ces années. Joueuse, elle le leur avait confirmé. Pendant leur retraite en Normandie, Will ne s’était pas méfié une seconde de la jeune fille ; insupportable, elle l’avait démontré. Il s’était entièrement remis au jugement de Branco. Peut-être que s’il s’était montré aussi vigilant qu’à son habitude, il aurait remarqué des détails. Il aurait profité d’un moment d’inattention pour sonder les derniers appels de son téléphone et se serait renseigné sur son emploi du temps. Elle était prétendument chez une amie pendant toute la période où Will était alité, ça aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Mais il n’avait rien fait, il aurait pu empêcher ce drame même si ça devait briser le cœur de Branco. Au moins, il serait toujours en vie.

Will oublia les « si » et se concentra sur le présent. Est-ce que ça valait vraiment le coup de continuer à traquer Chin ? Il avait comme un arrière-goût de défait cuisante au fond de la gorge et ça le laissait amer. Ils s’étaient fait avoir sur toute la ligne. Tout le monde les avait menés en bateau. Leur moindre déplacement était quadrillé et ils s’étonnaient à chaque fois d’être pris pour cible. Au final, c’était un coup de chance qu’ils n’y soient pas passés tous les deux. Mais Maria l’avait sans doute prévu. Elle ne voulait pas que Branco mourût aussi tôt. Sauf qu’elle n’avait pas prévu de mourir également. Dans son plan diabolique, elle avait réuni Branco et Will uniquement pour servir ses intérêts. Le premier devait mourir, le second devait l’amener à la richesse. Oui, maintenant, Will en était persuadé, la Cavalerie avait un œil sur lui dès le début. Le type en question était-il un espion ? Peut-être, maintenant, Will s’en fichait de savoir. Tout le monde était mort de toute façon. Voilà où cette histoire les avait menés.

Désormais, il lui restait une personne à protéger : Van. Lui n’avait pas le droit de mourir parce qu’il n’était pas lié à tout ça. Il avait seulement fait l’erreur de rester ami avec lui.

En revanche, Chin le tracassait. Avec lui, il n’en avait pas fini. Etait-il un truand de la pire espèce ou un humanitaire sans peur et sans reproche ? L’homme se situait sans doute entre les deux. Tout n’était pas si manichéen. Mais il doutait que Maria fût vraiment la chef de la Cavalerie. Elle avait peut-être de nombreux pouvoirs mais ce n’était pas la tête. D’ailleurs, jusque-là, il ne s’était jamais tellement interrogé sur la hiérarchie. Ils avaient eu l’occasion de croiser d’autres agents qui leur étaient venus en aide mais c’est leur seul lien avec la Cavalerie, ce qui prouvait que ce n’était pas un écran de fumée. Quoique, ce pouvait très bien être des faux agents payés par Maria.

Fallait-il vraiment éclaircir tout ce mystère ? Will ne pouvait pas rester avec cette zone d’ombre trop dangereuse. Couper une tête, il en poussera toujours une autre. S’il voulait laisser l’organisation derrière lui, il devait définitivement tirer un trait sur tout ça.

Comme prévu, Van passa dans la soirée. Will dormait, en proie à toutes ses questions qui lui tourmentaient l’esprit mais quand il se réveillait, les choses devenaient plus claires. Il ordonnait ses priorités et notait même sur un calepin les idées clefs. Bien sûr, il ne notait pas ses objectifs noir sur blanc mais il voulait se vider la tête et il était sûr d’oublier des éléments s’il ne les notait pas.

Quand Van venait, ils discutaient de tout et de rien. Ils parlaient aussi bien de Branco, que la fac, du club, des bêtes, et de leur avenir. Van s’inquiétait pour Will mais ça ne changeait pas grand-chose de d’habitude. Il savait son ami fort et solide et il se remettrait bientôt sur pattes même si cette affaire l’avait énormément affecté. Les cadavres semaient sa route et, malgré tout, le jeune homme était encore sensible.

Will se reposait, réfléchissait, lisait, et discutait avec Van. Pour le moment, c’était son quotidien. Un quotidien apaisant, que cette fameuse routine guérissait petit à petit.

Il discutait avec Van quand on lui annonça une visite particulière. La famille de sa jeune voisine était là également et la chambre était animée d’une conversation joyeuse. L’infirmière s’effaça devant un petit homme, très propre sur lui, pas un seul faux pli, les lunettes bien mises, la moustache impeccablement taillée, un regard sévère, une allure qui faisait oublier sa taille, même si c’était forcément par là qu’on le reconnaissait. Adossé contre le mur, Will échangea un regard étonné avec Van qui haussa les épaules. Les garçons étaient en train de parler de jeux vidéo, le seul cadeau que Van lui offrait à son anniversaire. L’arrivée directe de cet homme sec et sévère paraissait irréaliste.

L’infirmière tira le rideau pour leur laisser une intimité et fit signe à Van de les laisser. Will le retint et le petit homme s’assit en tirant un tabouret à lui.

-          Will Demaizières ?

-          A moins de faire un test sur-le-champ, vous devrez vous contenter de ma parole, répondit Will qui n’avait pas aimé le ton.

Il était à peine arrivé qu’il procédait déjà à un interrogatoire. Il avait la désagréable sensation de se retrouver face à son père. Ses yeux le scrutaient jusqu’au plus profond de son âme.

-          Charles Michelet, notaire. J’ai là le testament de votre père.

-          Le testament ? Répéta Will sans comprendre.

-          Il y fait part de ses dernières volontés.

-          Vous perdez votre temps et je n’aime pas votre petit jeu, cingla Will que la présence de l’homme rendait nerveux.

-          L’humeur de mes clients n’a jamais été considérée comme un ordre dans ma profession, remarqua l’homme d’un ton égal.

Will sentait que la situation lui échappait et il commençait même à paniquer. Il ne voulait pas savoir ce que contenait le testament. Il ne voulait pas savoir ce que lui léguait son père. Il n’en avait plus depuis longtemps et ce n’était pas parce qu’il était mort qu’il allait encore lui dicter sa vie. Van le sentit et il fut également mal à l’aise. Le notaire sortit un dossier épais de sa mallette qu’il pouvait fermée à double tour pour protéger les documents précieux qu’il transportait. Noire et légèrement usée, Will la fixait comme un pendule qu’on agiterait devant ses yeux. Il s’attendait presque à voir un parchemin de papyrus qu’on déroulerait à n’en plus finir et qui s’enroulerait à chaque fois d’avoir été trop longtemps plié. Le notaire toussa pour s’éclaircir la voix. Will allait lui signifier qu’il ne voulait écouter aucune dernière volonté de qui que ce soit mais ce dernier le fit taire d’un bruit à peine audible venant de sa gorge.

-          Votre père n’a rédigé aucun testament officiel…

-          Alors qu’est-ce que vous…

-          Cependant, selon la loi, en cas de défaut de tel document, toute la fortune des parents revient automatiquement aux enfants.

-          Pardon ? Hoqueta Will.

Le notaire s’abstint de répéter sa formule qu’il jugeait on ne peut plus claire.

-          Lisez, signez et soyez riche pour le restant de vos jours.

Van retint sa respiration tandis que Will le regarde sans comprendre. Le notaire lui mit le stylo dans la main et c’est tout juste s’il ne le force pas à signer. Will se reprit et sursauta comme si une mouche l’avait piqué.

-          Attendez, je n’ai pas envie de signer !

-          Pardon ? S’étrangle Van tandis que le notaire le regarde avec indifférence.

-          Bien, vous avez quelques jours pour vous décider, je reviendrai dans une semaine. Voici ma carte de visite.

Sans attendre un mot des deux garçons, le notaire se retourne et claque doucement la porte de la chambre. Il repartit aussi discrètement qu’en arrivant, c’est comme s’il n’était jamais venu. Sauf que Will restait bouche bée, la main refermée sur un stylo qu’il n’avait plus, le souffle coupé.

-          C’était qui, ce mec ? Demanda Van après un certain temps.

Will tourna et retourna la carte de visite comme s’il cherchait les signes d’un faux billet. Rien ne prouvait qu’il était vraiment notaire. Van haussa les sourcils quand il le vit saisir le téléphone après avoir cherché le numéro de l’ordre des notaires. Le nom et l’adresse du cabinet étaient bien enregistrés dans le répertoire des notaires. Quant à savoir qui l’avait dépêché, il n’avait aucun moyen de le savoir. Il imagina même un instant que Branco lui jouait un mauvais tour et qu’il s’amusait à ses dépends.

-          Qu’est-ce que tu vas faire ?

-          Je ne sais pas, admit Will.

Un long silence s’était écoulé durant lequel Van avait pu déchiffrer un tas d’émotions sur son visage.

-          Toute sa fortune, t’imagines ?! Après toutes ses années de misère, tu l’as bien mérité.

-          Je ne sais pas.

-          Arrête, qu’est-ce qui te retient ?

Will se borna à garder le silence et Van n’insista pas. Il devina les émotions intérieures qui le rongeaient à l’intérieur. Ce n’était pas difficile. Son ami avait vécu dans la misère à cause d’un père qui ne le reconnaissait plus. Comment accepter sa fortune ? Comment accepter que ce fût là sa dernière volonté ? Ce n’est pas tant pour respecter sa dernière volonté que pour sa propre dignité que Will se questionne.

-          Je ne sais pas ce que je vais faire.

Après le départ de Van, Will pesa longuement le pour et le contre. Du contre, il tirait le plus d’arguments qui, alliés les uns aux autres, représentaient un poids non négligeable ; du pour, un seul argument suffisait, imparable. Will avait beau avoir une fierté, vivre dans la misère n’était plus possible. Cracher sur une fortune qui lui permettrait enfin de vivre décemment, c’était idiot pas digne. C’est ce qu’il se répétait au fond de lui-même et pourtant, ça ne marchait pas. Il ne voulait rien qui fût de son père, rien dont il puisse dépendre de lui. Son dernier rapport avec lui remonte six ans plus tôt de la morsure de ses poings furieux. A peine morts, il se jetait sur leur fric ?

Will ressassa le problème toute la nuit sans parvenir à trouver le sommeil. Ce n’est que tôt, au petit matin, qu’épuisé, il s’endormit. Van, qui passait régulièrement le voir avant d’aller étudier, le trouva donc endormi. Il ne le réveilla pas et lui laissa simplement un message sur lequel il lui souhaitait une bonne journée.

En se réveillant, en début d’après midi, le jeune homme salua la famille sa voisine et fut à nouveau assailli par ses ruminations. Le vieil homme avait trouvé là une douce manière de lui pourrir la vie : même mort, il continuait à lui dicter sa conduite. Will se sentait piégé : qu’il accepte ou non, dans les deux cas, il voyait son père le sourire aux lèvres. S’il refusait, il vivait à nouveau dans la misère, un état lamentable dont son père devait de délecter ; s’il acceptait, il aurait constamment son souvenir en tête dont il ne voulait pas. C’était un autre souvenir qu’il voulait garder.

Il lâcha un profond soupir au lieu de s’arracher les cheveux mais quand il rouvrit les yeux, il tomba directement sur le document qu’il avait en main. Il faillit le mettre en boule et le jeter dans une poubelle et il ne comprit pas pourquoi il ne s’y est pas résolu.

-          Bonjour.

Will avait tellement l’habitude de parler à Van qu’il faillit lui répliquer tout de go qu’il ne fallait pas insister. En réalité, c’était la mère de la petite qui était en face de lui. Pour la première fois depuis qu’il était là, il pouvait voir son visage de face. Un visage de mère. Il aurait pu lui trouver des tas de défaut, mineurs, mais c’était une mère responsable qui restait au chevet de sa fille tous les jours. Et pour ça, elle devait être une mère formidable. Il réalisa que non seulement, il ne l’avait pas saluée mais qu’en plus il était resté bouche bée, ce qui n’était pas très convenable devant une dame.

-          Bonjour.

-          Je peux m’asseoir ?

Will l’y autorisa bien qu’il fronçât les sourcils. Que lui voulait-elle ? Il avait assez bavé avec le notaire.

-          J’ai entendu votre conversation hier. Vous semblez indécis.

Will ne répondit pas, guère enclin à partager son histoire de famille à la première venue. La dame haussa les sourcils devant son mutisme.

-          Bien, excusez mon arrogance. Je voulais vous aider mais il semble effectivement que je ne sois pas à ma place.

Elle se leva et Will ne fit rien pour la retenir. Il était même scié qu’elle fasse preuve d’autant d’impertinence. Non seulement, elle se vantait d’avoir écouté aux portes mais elle prétendait en plus lui apporter la sagesse ultime. Ou croyait-elle que Will se livrerait corps et âme ?

Lorsque Will fut réveillé, il s’attendait enfin à voir son meilleur ami. Déjà qu’auparavant, il n’estimait pas grand monde à part lui, maintenant, son monde tournait autour de lui. Il était temps qu’il sorte de l’hôpital. Mais ce n’était pas Van ni même la mère de sa voisine. Pour autant, ce n’était pas une personne qu’il connaissait.

-          Bonjour.

La dame semblait âgée mais incroyablement douce. Ses nombreux kilos avaient le mérite de lui faire oublier le vieux rabougri de la veille, ses petits yeux semblaient fatigués mais ils étaient relevés par une belle mèche blanche sur la frange là où le reste de ses cheveux était impeccablement noir. Malgré sa fatigue, une certaine énergie communicative émanait de la vieille dame. En fouillant ces souvenirs, il la situa. Cette dame était Juliette Burnaud, sa grand-mère maternelle. Il n’était pas sûr d’apprécier.

-          Bonjour, répondit Will qui, décidément, recevait beaucoup de visite ces temps-ci.

-          J’ai eu du mal à te trouver, commenta Juliette sans aucun reproche.

-          Je n’avais pas forcément envie qu’on me retrouve.

-          Tout le monde n’a pas approuvé le comportement de tes parents. Tu n’as pas essayé de te tourner vers nous quand nous étions là pour ça.

-          J’avais compris le message, se borna-t-il à répliquer.

Comment sa grand-mère pouvait-elle affirmer qu’il pouvait trouver refuge et faire comme si rien n’était alors que ses parents risquaient à tout moment de débarquer ? Elle semblait vraiment motivée par le seul désir de le retrouver puisqu’elle n’avait pas besoin de sa supposée richesse pour vivre. Personne dans la famille n’était dans le besoin, sauf lui.

-          Si tu veux bien, je passerai te voir à l’hôpital.

-          Pour l’instant, je préfère éviter, répondit-il en toute franchise.

-           Alors, conclut sa grand-mère en tendant sa carte de visite, n’hésite pas à m’appeler quand tu en auras l’envie.

Will se fit violence pour saisir la carte et regarda sa grand-mère disparaître. Avait-elle fait un long chemin pour venir jusqu’ici ? Il n’en savait rien et aucun remord ne le guettait. Quand il tourna la tête, il vit que la mère avait regardé toute la scène et portait un regard critique sur son attitude. A la prochaine visite des infirmières, il demanderait à changer de chambre. Dès que la mère eut le dos tourné, il jeta le numéro de sa grand-mère sans même le regarder dans la poubelle. Il soupira de soulagement quand Van arriva et lui raconta ce qui s’était passé.

-          Effectivement, ça fait beaucoup. Qu’est-ce que tu vas faire ?

-          Pour l’instant, rien. Je veux pas me précipiter. Mais, bon, je pense que je vais quand même accepter l’héritage. Je mettrai une grosse partie sur un compte épargne.

Au lieu d’être transféré dans une autre chambre, Van l’invita à dormir chez lui en arguant que c’était plus pratique et plus confortable pour lui. Ses parents avaient été mis au courant de la situation et avaient accepté sans discuter, affirmant que de toute façon, Will était un garçon tout à fait sérieux. Van les mimait en exagérant et en levant les yeux au ciel. Un coup, il imitait sa mère, un autre, son père qui répliquait. Avant de partir, Will demanda s’il pouvait voir le fils de Branco. Ce dernier, n’ayant aucun papier sur lui, était tristement nommé, patient H21, 15 ans.

L’atmosphère de la chambre était renfermée, personne n’aérait, affirmant que son corps était trop fragile pour risquer le moindre courant d’air. Le visage du jeune garçon paraissait serein mais en réalité, il était maladif, presque verdâtre. Il lui saisit instinctivement la main. Le voir seul dans cette chambre lui rappelait trop sa situation. Non, il ne pouvait définitivement pas le laisser. Qui s’en occuperait ? Il irait de famille d’accueil en famille d’accueil, ne se sentant pas jamais à sa place, jamais chez lui ? Peut-être que ça ne marcherait pas non plus avec Will mais ça valait le coup d’essayer. Et puis, il doit l’admettre, il songe aussi à Branco. Ce dernier ne lui aurait jamais pardonné de l’avoir oublié. Pour ça, il était sûr que c’était sa dernière volonté et pas besoin de loi, de document officiel ni de vieux notaire rabougri. L’émotion avec laquelle il avait raconté son histoire lui suffisait. Branco avait amèrement regretté son attitude. Will y avait clairement lu de l’effroi dans ses yeux en voyant l’état de son fils. Leurs retrouvailles avaient été courtes et tragiques. Le jeune garçon, en se réveillant, se souviendrait-il seulement de l’avoir croisé une fois dans sa vie ?

Will décida de rester. Il tira un tabouret sur lequel il s’assit et garda sa main dans la sienne. Il avait l’impression de retrouver Branco. L’enfant était son portrait craché. Pour peu qu’il en ait le caractère... Van prit de l’avance. Il récupéra les maigres affaires de Will et l’attendit chez lui.

Will resta un moment sans rien dire, en fixant les paupières définitivement closes du jeune homme. Puis alors qu’il s’était montré si peu volubile, excepté envers Van, il se mit à parler. Il voulait que le garçon reconnaisse sa voix à son réveil. Il parla de tout et n’importe quoi mais il parla surtout de son père, de Branco. C’était le seul sujet qui le concernait un tant soit peu et dont il pouvait parler plus librement. Ensuite, ses pensées déviaient quand elles lui rappelaient une autre anecdote.

Plus tard dans la soirée, il fut prié de partir, Will se promit de venir régulièrement. Il fut chaleureusement accueilli par les parents de Van qu’il n’avait pas vus depuis longtemps. Il fut même surpris qu’ils le serrent dans leurs bras. Van leva à nouveau les yeux au ciel, ce qui le fit rire, puis il l’installa dans la chambre d’amis. Celle qu’il fut le plus heureux de revoir, ce fut sa chienne. Elle lui sauta au cou et il rit sous ses léchouilles et ses embrassades. Il gratta le long de la colonne vertébrale avant de voir la chatte de Branco, Peggy. La chatte se frotta tout de suite contre lui et Will se souvint d’une époque pas si lointaine ou il utilisait ses deux mains pour les satisfaire, Branco à leur côté.

-          C’est la première marque d’affection que je vois de sa part. Kitty est beaucoup plus joueuse.

-          Elle te connaît, c’est normal. Peggy se retrouve dans une maison inconnue sans son maître.

Il monta bien accompagné dans sa nouvelle chambre provisoire. Celle-ci faisait le triple de sa propre chambre. Un grand lit longeait le mur à sa droite et un petit salon à sa gauche. Le dressing était beaucoup trop grand pour ses affaires mais surtout une baignoire trônait fièrement dans la salle de bain. Il était à peine installé qu’il en avait déjà pris possession. Les parents de Van étaient sortis et ce dernier visionnait un film sur son ordinateur portable. Il avait vu Astérix et Obélix mission Cléopâtre depuis longtemps et ça le faisait toujours aussi rire. C’est ainsi que commença la nouvelle vie de Will qui calculait déjà combien lui coûterait d’avoir une baignoire chez lui.

Il retourna à la fac mais échoua dans ses exams : après avoir raté plus de deux mois de cours, il avait été noté défaillant dans la plupart des matières fondamentales car le justificatif de l’hôpital ne couvrait pas toute la période. De toute façon, il en avait raté au moins deux car ils commençaient très tôt chez eux. Il se résigna et ne prit même pas la peine de passer les autres. Il retrouva ses copains et resta tout à fait naturel avec Olivier. Il continuait à voir le fils de Branco à l’hôpital et en attendant, il avait signé avec le notaire qui rangea le dossier, satisfait d’avoir conclu une nouvelle affaire. Il demanda des honoraires exorbitants mais Will avait finalement gardé la carte de sa grand-mère dans le simple but de lui envoyer les frais de notaire. « Avec mes remerciements ».

Il commença à visiter les appartements. En réalité, il souhaitait plutôt une maison en proche banlieue mais il regardait les deux. Il n’avait pas l’intention de dépenser toute sa fortune dans son futur logement. Il visait dans les cent mètres carrés maximum et c’était largement suffisant pour deux. Il eut un coup de cœur pour un appartement très bien éclairé situé sur l’avenue Victor Hugo parmi des boutiques plus luxueuses les unes que les autres mais un cadre de vie idéal, calme et confortable. Les avantages d’une maison sans ses inconvénients.

Il avait repris la direction du club. La secrétaire lui sauta au cou et sermonna longuement Van de ne pas l’avoir prévenue. Les pratiquants étaient contents de les retrouver, même si pendant leur absence, ils avaient continué à s’exercer. Pour la plupart, ils étaient plus vieux qu’eux et se montraient autonomes dans les exercices qu’ils maitrisaient déjà. Will, pour sa part, ne s’était pas beaucoup entraîné et il avait beaucoup de retard.

Le terrain lui manquait déjà. Le tatami était incomparable mais l’énergie, la fougue et la précision qui comptaient dans un combat réel n’étaient pas les mêmes. Un moment, il se retourna et fut surpris de ne pas voir Branco assurer ses arrières. Un voile passa devant ses yeux. Ça ne dura qu’une seconde.

Un soir, il veillait le fils de Branco. Ses sens étaient moins aiguisés avec l’inaction alors que peu de temps auparavant, il aurait repéré les bruits de pas dès qu’ils avaient foulé l’hôpital. Mais il s’était relâché. En pleine nuit, le silence est décuplé et le bruit amplifié. Tout dans l’homme indiquait qu’il était louche. Sa démarche claire et limpide le rendait presque transparent, sa silhouette se fondait dans le décor. Il respirait à peine et paraissait plus glisser comme un serpent que marcher comme un humain. Il savait parfaitement dans quelle chambre il devait se rendre, il lui restait une ultime mission à accomplir. Les ordres étaient clairs, les ordres étaient absolus. Aucun témoin ne devait subsister. Il ignora l’ascenseur, bruyant, voyant et alarmant. Il grimpa les six étages de l’hôpital à pied comme une ombre sur le mur. Ses yeux étaient depuis longtemps habitués à l’obscurité. Il se mouvait en elle comme un amant. Sombre et majestueuse, il goûtait à sa discrétion.

Dans les chambres, tout le monde dormait et les quelques infirmiers de nuit veillaient dans la salle de garde, attentif au moindre signal d’alarme émis par leurs patients. Ils ne doutaient pas une seule seconde du drame qui planait au-dessus d’eux. L’homme pouvait ouvrir la porte, envoyer un poignard et leur vie serait fauchée aussi sûrement que l’aiguille d’une seringue infectée.

Pensif, Will ne fit pas attention à la silhouette accroupie sous lui. Il fut plaqué violemment contre le lit et la lumière glacée se refléta un instant fugace dans la lumière de la lune. Totalement réveillé, Will se traita d’imbécile. Il regrettait le temps du combat sans se tenir sur ses gardes ! Maria morte, il savait pourtant que  le terrain n’était pas libre. Il mobilisa tous ses muscles mais les bras maintenus contre le lit et le genou de son agresseur collé contre son entre-jambe l’immobilisaient. La lame, en revanche, n’était pas immobile et semblait même animée d’une volonté propre. Même en détournant son visage, Will serait gravement touché et ce ne serait plus une vieille blessure qui le handicaperait.

Il se contracta et donna toutes ses forces pour se dégager dans un effort surhumain. La contorsion qu’il a provoquée lui permit d’orienter son coude dans la ligne précise de sa pomme d’Adam. Le jeune homme arqua le dos autant qu’il put pour avoir plus de hauteur et referma vivement ses doigts sur le poing de son agresseur en lui brisant les os. Ce dernier hurla de douleur et le coude partit tout seul, ce qui aggrava les dégâts. Le couteau rebondit par terre. Mais comme il le craignait, il n’était pas seul. Immobiliser les deux bras et le menacer d’un poignard nécessitaient déjà trois bras. Il se dégagea à peine qu’il fut de nouveau collé au lit par le dos et il sentit une poigne de fer bloquer sa respiration. Sur le ventre, Will n’avait plus aucune vision et il savait tout juste que le couteau était hors de portée mais le deuxième acolyte était surement parti le chercher. Il bougea dans tous les sens, plus vif qu’une anguille et par un jeu de traction et de relâchement, gagna les quelques centimètres de liberté avant que la pointe de la lame ne le frôle. Il arrêta toute action, tout geste et retint sa respiration. Très bientôt, ce sera naturel mais il ne voulait pas que le poignard pénètre d’avantage sa nuque.

Ses bras furent relevés au-dessus de sa tête et il sentit des liens autour de ses poignets. Il ne songea qu’à ce moment-là à hurler mais il fut étouffer par un bâillon qu’on lui enfourna cruellement au plus profond de sa gorge. Il fut tiré en arrière et il sentit très distinctement la pointe du poignard lui rentrer dans le bas du dos. Il avança le corps arqué vers l’avant pour l’éviter le plus possible tandis qu’il réfléchissait à toute vitesse. Avait-il sous-estimé la puissance de Chin ? Il avait décidé de s’occuper de son cas quand son heure viendrait mais il n’avait pas imaginé une seconde qu’il prendrait les devants. Jusque-là, Chin s’était plutôt effacé de la scène et il n’était même pas sûr que l’acheteur lui fût relié.

Will fut traîné jusqu’à une camionnette noire qui se fondait dans la nuit. On lui épargna le chloroforme, certainement parce qu’ils savaient qu’avec les médicaments qu’il prenait, les effets  secondaires pouvaient être néfastes. On lui banda les yeux. Ils ne roulèrent pas longtemps mais cela lui permit de recouvrer ses esprits. Ses ravisseurs firent l’erreur de lui retirer le bandeau dès qu’ils mirent le pied à terre, aussi Will recouvra-t-il rapidement sa vue. Il enchaîna à la seconde suivante, trois puissants coups de pied extérieur sans laisser le temps à son adversaire de se ressaisir.

Il baissa la tête quand il sentit un courant d’air derrière lui à hauteur de sa nuque et fit un croche-pied pour le faucher. Une fois par terre, il tomba sur le type et lui enfonça son coude dans la gorge. Ce dernier lâcha un cri étranglé avant de s’évanouir. Toujours les mains attachées, il lui restait deux adversaires. Jouant sur la rapidité, il se mit au milieu et s’effaçait plus rapide que l’éclair face aux coups qui pleuvaient en s’arrangeant pour qu’ils s’entretuent. Evidemment, il prenait des coups mais il attendit qu’ils fussent bien fatigués pour les achever d’un coup de pied sauté sur l’épaule pour chacun. C’étaient des amateurs même s’ils avaient des bases.

Il se pencha sur l’un d’eux et trouva le couteau dont il se servit pour défaire ses liens. Au lieu de rentrer chez lui la queue entre les jambes, il ouvrit la porte noire qui lui faisait face et par laquelle il devait surement passer mais seulement les poings liés. Il descendit un long escalier en colimaçon aussi serré qu’il avait du mal à respirer et se demanda un jour s’il reverrait la lumière.

Il posa enfin le pied sur la dernière marche et la lumière fut si éblouissante qu’elle l’aveugla. Quand ses yeux s’habituèrent enfin à l’obscurité, il remarqua qu’une dizaine de révolvers étaient braqués sur lui. Il aurait peut-être dû partir en reconnaissance. Il leva les bras en soupirant.

-          Bonsoir Will, cela faisait longtemps, n’est-ce pas ?

***

MUHAHAHAHAHA ! Autant je décline toute responsabilité pour le précédent chapitre quant à la mort de Branco autant là, je revendique totalement ! Désolée les filles mais je savais déjà au début de l’épilogue comment ça allait se finir et j’ai toujours rêvé de faire une fin aussi frustrante pour les nombreuses fics ou romans qui m’ont laissée sur ce genre de fin ! Qui n’en est pas une justement ! Je ne voyais pas d’autre fin pour Will, enfin, si, j’en voyais une mais Gabie a brisé tous mes rêves !

Oui, oui, je le répète, je décline toute responsabilité sur le chapitre précédent. C’est pas moi qui l’ai écrit et je n’ai pas eu mon mot à dire ! C’est ça, le pire ! C’est que bon, vous, à la limite, c’est normal, vous vous contentez de lire bien sagement mais moi, je suis auteur !!! Et j’ai tout fait pour la dissuader même le jour où j’ai reçu son chapitre, je ne savais pas jusqu’à ce que je le lise ! Sauf que, comme une abrutie, je suis allée directement à la fin pour une histoire de mise en page et j’ai eu le malheur de lire les deux dernières lignes… Arf, au moins, il n’y avait plus de suspens ! Je l’ai engueulée bien sûr, je la connaissais plus retors !

Nan, je plaisante, j’incrimine ma pauvre Gabie mais ça a été vraiment génial d’écrire cette co-prod avec elle. Elle aura marqué une période importante de notre vie, ce n’était pas qu’une co-prod mais aussi une véritable collocation et c’était super ! Je n’avais qu’à tendre le petit doigt pour lui dire de se mettre au travail ! Ahahaha ! Bon malheureusement, ça marchait assez mal ! J’aurais dû vous faire poireauter aussi longtemps que moi, j’ai été trop bonne en vous postant un chapitre par semaine. Et en plus, ce n’est pas une fan fic, hé hé ! Bah ouais, j’aime pas ça ! C’est la fin d’une merveilleuse aventure.  

Pour l’anecdote, on jouait à se lancer une boule de papier quand nous est venue l’idée d’une co-prod. Faut croire que notre cerveau n’était pas assez stimulé parce qu’on séchait complètement mais le soir même, on est allés voir Harry Potter (troisième ou quatrième fois pour moi), et on a gratté comme des malades. Snif, j’ai jamais pu appeler Branco Banco (oui, c’était le surnom idiot que je lui avais donné). Et moi, j’ai failli finir la tête dans la cuvette à cause d’une indigestion, muarf ! Enfin, on était en septembre, j’ai commencé à publier le 11 novembre, je crois (jour férié également), après avoir trouvé le titre dans mon bain au bout du quinzième chapitre lol ! Et nous sommes donc le 6 mai, sept mois de publication quand même !

Stephy : merci à toi d’avoir suivi cette fic de bout en bout ! Je sais que t’es une lectrice fidèle qui laisse toujours un commentaire !

Danouch : MDR Même pas peur ! Nan mais sérieusement, tu crois m’impressionner ? Alors que tu es la plus sadique, la plus vicieuse et la plus perverse qui fait mourir tes persos alors que la fic n’a même pas commencé ? Bon, cela dit, je te comprends ! Moi non plus, j’étais pas contente, là, je suis plutôt en train de défendre Gabie, obligée hein ? Mais je suis sure que si je créais un club où on n’avait pas le droit de faire mourir nos persos, y aurait pas grand monde qui me rejoindrait ! Quoique dans ta dernière fic, t’as fait un effort : on a eu juste un handicapé et un comateux. Magnifique ! Danouch dans toute sa splendeur ! C’est pour ça que t’es pas crédible dans ta colère lol. Merci en tout cas pour tes commentaires, souvent justes en tout cas, complètement dérangés !

Je remercie également Saya et tous les lecteurs qui se sont arrêtés sur cette histoire. Si elle vous a plu, on devrait écrire une deuxième saison mais ce ne sera pas avant le mois de juillet. Je vais être pas mal sollicitée avec les révisions de mes exams en juin (du moins, je vais essayer de réviser).

J’ai terminé d’écrire « Le Chasseur » avec Danouch, reste à déterminer sa date de publication. J’ai aussi une autre histoire en cours, « La Force Elémentaire », elle n’est pas terminée mais j’en suis au chapitre 23 avec plus de 150 pages donc je ne suis pas à cours d’idées. La première est plutôt thriller, la seconde, fantasy urbaine. Je ne sais pas encore laquelle des deux je publierai en premier. Je peux toujours vous proposer un résumé pour voir si l’une ou l’autre vous plait le plus. Si aucune ne vous plait, bah… tant pis !

Le Chasseur : Le meurtre auquel Sevan assiste dans la rue est commis par l’un des meurtriers les plus recherchés au monde. Il est placé sous protection de l’armée et se voit contraint de déménager en quittant ses parents et son petit ami. Sur place, il rencontre la famille du général Bale, notamment ses deux fils. Bien qu’ils soient surentraînés, Sevan est loin d’être hors de danger.

La Force Elémentaire : Lyle vit une relation un peu compliquée mais il est heureux avec son amant et son meilleur ami. Cependant, ce n’est pas un étudiant ordinaire, il maîtrise le pouvoir de la terre, son amant et son meilleur ami, celui du feu. Ce sont des élémentaires. Lorsque son meilleur ami apprend que son père, chef de la résistance, est toujours en vie (alors qu’il est censé être mort), des forces supérieures vont entrer en jeu et Lyle va se retrouver mêlé à un complot qui le dépasse.

Cependant, vous le savez, quand je termine une histoire, je respecte une sorte de deuil et j’attends un peu avant de publier une nouvelle histoire, d’ici un mois maximum je pense.

Encore merci et à bientôt !

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29 avril 2012

Chapitre 26

04

 

-          Qu’est-ce que tu fais, pauvre crétin ?!

La voix surgit de l’ombre du couloir et figea Branco sur place. Brusquement, tout devint sourd autour de lui, hormis les battements frénétiques de son cœur qui raisonnaient à ses oreilles. Lentement, comme au ralenti ou dans un cauchemar qu’il savait bien réel, il vit la silhouette qu’il connaissait si bien se dessiner dans la faible luminosité de cette journée d’hiver. Ses cheveux d’un noir de jais, ses yeux aussi sombres que la nuit, et ce sourire étrange qui flottait sur ses lèvres.

-          Maria, dit-il dans un souffle.

Près de lui, Will avait froncé les sourcils, tendus comme un élastique, alors que Van nageait vraisemblablement dans le brouillard le plus total. La jeune femme s’arrêta près d’Hugo, souriant toujours étrangement. Elle avait l’air particulièrement sûr d’elle et heureuse de cette situation, comme si elle s’en délectait. La bouche entrouverte, Branco était comme figé, apparemment déconnecté de la réalité.

-          Surpris ? demanda sa petite sœur sans se départir de son sourire. Tu ne t’attendais pas à ça, n’est-ce pas ?

Un court silence s’installa. Branco prit une grande inspiration après avoir réalisé que sa respiration était restée bloquée dans sa gorge. Une chaleur insupportable, issue d’un mélange de colère et d’indignation, lui monta jusqu’à la tête et il serra les poings, toujours immobile. Maria tourna alors ses yeux noirs vers Will et lui demanda :

-          Mais toi, tu t’en doutais hein ?

-          Un peu, répondit le jeune homme en évitant soigneusement le regard perdu que Branco lui adressa, depuis seulement quelques minutes mais … oui, je commençais à m’en douter.

-          Te douter ?! rugit Branco. Mais que … douter de quoi ?!

Maria s’approcha langoureusement d’Hugo et posa une main possessive sur son torse. Le jeune homme sourit sans quitter Branco du regard. Celui-ci semblait sur le point d’exploser littéralement.

-          Et toi, tu n’as rien vu venir, reprit sa petite sœur, en fait, vous n’avez rien vu venir, strictement rien, du début à la fin.

Un autre bruit de pas se fit entendre et Charles Bumar se matérialisa dans le salon juste derrière la jeune femme. Il ne souriait pas, ne semblait pas non plus particulièrement surpris ni tout autre chose. Il était juste là. Ses yeux croisèrent ceux de Branco, aussi froid et insensible que ceux d’un animal devant sa proie.

Totalement paralysé, Branco ne pouvait que faire la navette, silencieusement, entre Maria et Bumar. Il ne comprenait pas. C’était incompréhensible. Pourquoi sa petite sœur était-elle là, ni entravée ni en danger ? Que voulait Bumar exactement en la manipulant ainsi ? A moins qu’il ait tout faux depuis le début.

-          Rien qu’une question, reprit Will avec fermeté, pourquoi tu n’as rien fait lorsque tu étais en Normandie avec nous ? Tu savais où on se cachait, tu savais qu’on était pratiquement sans défense, alors pour tu n’as rien fait ?

Maria fit mine de réfléchir, une moue enfantine sur les lèvres, puis sa main glissa lentement du torse d’Hugo jusqu’à son avant-bras droit qui tenait l’arme. Elle l’en délesta lentement, avant de le pointer sur Will. Toujours immobile, Branco ne fit pas un seul geste. Il n’osait pas y croire.

-          Parce que je suis joueuse, répondit la jeune femme d’une voix mielleuse, et parce que je ne voulais pas que ça aille trop vite. Je voulais vous voir danser !

Elle rit brièvement, de la folie dans les yeux, le révolver toujours tourné vers Will.

-          Manipulatrice, déclara celui-ci.

-          Oui, sourit Maria, regarde-le ! Il est tellement sur le cul qu’il n’ose même plus faire un geste. Je vous ai manipulé tous les deux jusqu’à vous emmener là où je voulais vous voir. J’ai toujours eu un coup d’avance sur vous.

-          Pourquoi ? demanda brusquement Branco.

Le sourire de Maria s’effaça, et la colère déforma brusquement son visage. Néanmoins, elle ne bougea pas et garda Will en joue.

-          Tu demandes pourquoi ?! rugit-elle avec haine. Sale connard ! Tu ne comprends toujours pas ?! Tu n’as jamais eu aucun remord, tu n’as jamais demandé pardon !

-          Qu’est-ce que j’t’ai fait ?! répliqua le grand frère sur le même ton. Je me suis toujours occupé de toi, alors pourquoi tu fais ça ? Pourquoi ?!

La colère sembla s’apaiser légèrement, laissant place à une tristesse et un dégoût que ni Branco ni Will n’avaient soupçonné. Branco ne comprenait véritablement pas. Pourquoi sa petite sœur agissait-elle ainsi ? Qu’avait-il loupé durant toutes ses années ? Il reconnaissait n’être pas particulièrement attentif à chacun de ses besoins, et peut-être aussi pas tout à fait conciliant dans certains des cas, mais de là à provoquer une telle haine chez elle. De nouveau, elle sourit.

-          Maman est morte par ta faute, reprit-elle d’une voix grave, et pas une seule fois tu ne t’ais excusé.

Léger silence.

-          Quoi ? répliqua Branco dans un souffle.

-          Elle est morte parce que tu n’es qu’un connard qui a mis une pétasse enceinte ! rugit sa petite sœur, les yeux pleins de colère. Puis elle sourit amèrement et reprit : le jour où le petit con l’a tuée, j’étais là, dans le hall de l’immeuble, avec elle.

Branco ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Non. Elle mentait. Le jour où leur mère avait été retrouvée morte, tuée par des coups de couteaux, Maria se trouvait huit étages plus hauts, dans leur appartement.

-          J’ai vu celui qui la poignardé, parce que j’étais là, reprit la jeune femme, c’était ce petit caïd alcoolique et drogué à qui tu as piqué la gonzesse, avant de la mettre enceinte. Il est venu se venger, il n’arrêtait pas de répéter qu’il te ferait payer en violant ta petite sœur. Maman m’a défendue, et il l’a tuée. Puis il s’est enfui. Moi je suis resté près d’elle alors qu’elle se vidait de son sang, et alors qu’elle mourrait, c’est ton nom qu’elle n’a pas arrêté de prononcer. Elle t’a maudit, Branco !

Elle rit puis termina :

-          Et moi aussi, je t’ai maudit. Lorsqu’elle est morte en me fixant dans les yeux, j’ai compris que tu étais responsable de sa mort tout simplement parce que tu n’es qu’un petit con trop occupé à baiser tout ce qui bouge dans la rue pour t’inquiéter de ta mère et ta petite sœur ! Alors je suis remonté dans l’appartement, j’ai enlevé tout le sang que j’avais sur moi et à partir de là, j’ai ruminé ma vengeance. Et après plus de quinze ans, nous y voilà !

Will jeta un coup d’œil à Branco. Figé, celui-ci n’en croyait pas ses oreilles. Lorsqu’il était rentré et avait retrouvé sa mère morte dans le hall, il avait appelé une ambulance, qui s’était ensuite chargé de faire venir la police. Ceux-ci avaient tenté de trouver des témoins, de découvrir le tueur, avant de finalement en arriver à la conclusion qu’il ne s’agissait que d’un vol qui avait malheureusement mal tourné. Alors que la réalité était tout autre. Sa mère était morte pour sauver sa fille et l’avait maudit dans son dernier souffle. Quinze ans de mensonge. Lorsqu’il réalisa ça, il sentit une colère immense le submerger et ses poings se serrèrent.

-          Espèce de … !

-          Mais oui bien sûr ! s’écria Maria avec rage en le coupant vivement. Maintenant c’est de ma faute ! Oui, c’est à cause de moi si tous ces hommes et ces femmes sont morts, et tout ça uniquement parce que j’ai corrompu ton contact ! Allons, descendez de votre petit nuage ! La Cavalerie n’a jamais existé, j’ai toujours été le patron ! Depuis le début je ne voulais que toi, c’est moi qui ai engagé Marc pour aller te chercher, moi qui est créé cette soi-disant organisation secrète qui lutte contre les flics pourris ! Sauf que plus de la moitié de vos cibles n’étaient en réalité que des flics plus droits et plus justes que la plupart des hommes, des hommes qui me mettaient simplement des bâtons dans les roues et qu’il me fallait éliminer. Tous les ordres que tu reçois depuis trois ans viennent de moi. Surpris ?

Les poings toujours serrés, Branco garda le silence. Si ce qu’elle disait était vrai, alors tout ce qu’il avait vécu ces dernières années, tout ce qu’il croyait avoir accompli de juste n’était que des mensonges. Elle l’avait manipulé comme un outil sans qu’il le voie, il avait tué des hommes sur la seule parole de son contact, qui en fait n’était qu’un meurtrier et un manipulateur. Finalement, Maria revint vers Will.

-          J’avoue que je me suis bien amusé avec toi aussi, dit-elle dans un sourire, c’était aussi simple que de manipuler un enfant. Car tu es un enfant. Un enfant seul, abandonné par ses parents, qui se croit indépendant !

-          Mais toi, répliqua Will avec un calme étrange, toi aussi tu es indépendante. Ça fait quinze ans que tu rumines ça, c’est toi qui a tout manigancé, du début à la fin. Et tu veux me faire croire que tu vas prendre la peine de garder Hugo près de toi après avoir pris tout l’argent à mon père et laissé Chin faire ce qu’il veut ? Je crois que tu es plus intelligente que ça.

Maria sourit et prit le temps de réfléchir. Elle n’avait pas baissé son arme. Branco ne la reconnaissait pas. C’était une autre femme qu’il avait en face de lui. Sa posture était différente, sa gestuelle était différente, l’expression de son visage était différente, et même jusqu’à sa voix. Cette femme n’était pas sa sœur, c’était quelqu’un d’autre. Quelqu’un de foncièrement méchant et de rancunier chez qui il sentait une haine farouche. Et il n’avait rien vu, durant toutes ces années.

-          Tu as raison, reprit brusquement Maria, et tu vois, l’avantage avec des jumeaux tels que vous qui vous vous ressemblez tant, c’est qu’on peut se servir de l’un ou de l’autre. Après tout, que ce soit toi ou Hugo, peu importe du moment que votre père signe, et que l’un de vous deux hérite, non ?

Hugo se tourna brusquement vers elle, surpris. Lentement, elle tourna le regard vers lui. Quelques pas derrière eux, Charles Bumar avait croisé les bras, attendant sagement la suite. Maria sourit. Hugo fit quelques pas en arrière et sourit nerveusement.

-          Attends … tu ne vas quand même pas l’écouter non ?

-          En fait, hier encore je me demandais comment je pourrais me débarrasser de toi, répliqua la jeune femme en tournant brutalement l’arme sur lui, et ton propre frère me fournit l’occasion.

Elle appuya sur la détente. Will tenta de s’interposer en se jetant en avant mais fut stopper par Bumar, Branco ne fit pas un geste et le coup de feu partit. Hugo poussa un cri qui mourut en gémissement dans sa gorge, tout en se tenant le ventre, d’où s’échappait des flots de sang. Maria se détourna de lui dans un sourire et pointa tout naturellement son arme fumante sur la mère de Will, alors que celui-ci était tenu en respect par Charles Bumar. Elle tira, encore deux fois. La vieille femme poussa un cri étranglé qui mourut vite, et son menton tomba mollement sur son torse, le sang s’échappant des trous béants sur son corps par saccade. Cependant, elle se garda bien de faire subir la même chose au paternel, car elle avait toujours besoin de sa signature sur les documents qui feraient d’elle une femme riche. Alors, tout naturellement, elle pointa son arme sur son grand frère, un sourire comblé aux lèvres. Lentement, tout en fermant les yeux sous la vive douleur, Hugo se laissa tomber sur le sol dans un bruit sourd.

-          Maintenant on va pouvoir penser, reprit Maria en souriant avant de se tourner vers Will, désolé mais tu avais raison, il devenait franchement lourd. Et puis, si mon frère le décide, tu ne devrais pas tarder à le rejoindre.

-          Salope !! rugit Will en se débattant.

Mais Charles lui tordit le bras dans le dos et lui asséna un coup de pied derrière le genou pour le faire chuter au sol. Will sentit son nez s’écraser sur le plancher et poussa un cri de rage tout en se débattant toujours. Lorsqu’il releva les yeux, il vit le regard fixe et lointain de se frère qui avait cessé de respirer, immobile. Maria tenait toujours Branco en respect avec son arme.

-          Attache-le bien, ordonna-t-elle à son complice en s’approchant de son aîné dans un sourire, parce que maintenant mon cher grand frère, tu vas devoir choisir.

Branco vit avec horreur Charles Bumar dégainer un automatique de sous sa veste pour le pointer directement sur la nuque de Will, qui cessa immédiatement de bouger. Van fit un pas en avant, avant de se souvenir qu’il était préférable pour lui de tenter de se faire oublier.

-          Je vais te demander de choisir entre ton amant, reprit Maria avec un grand sourire, et ton fils.

Will releva les yeux, les sourcils froncés, redoutant d’avoir bien entendu. Un autre homme, sous les ordres de la jeune femme, surgit dans la pièce, tirant d’un geste sec et brutal un enfant ligoté. Bâillonné et vêtu uniquement d’une longue chemise crasseuse, l’enfant était en pleurs et son visage tuméfié en disant long sur les sévices qu’il avait subis. Branco sentit tout l’oxygène quitter son corps lorsqu’il vit l’homme jeter son propre fils larmoyant au sol.

Maria sourit, s’approcha de son neveu et s’accroupit devant lui. Lentement, elle caressa sa joue mouillée de larme puis se tourna vers son frère.

-          Ton fils de quinze ans, déclara-t-elle dans un sourire, adorable. Il te ressemble beaucoup, mais il est étonnamment obéissant comparé à son père.

Branco était toujours immobile, debout au milieu de la pièce. A quelques pas, toujours maintenu au sol par Charles Bumar, Will tentait d’évaluer calmement la situation, pour trouver une solution. Mais avec une arme froide sur la nuque, le genou d’un homme dans le dos et un enfant en danger près de lui, ça n’était pas simple de réfléchir. D’autant que, comme il l’espérait, Branco allait très certainement choisir de sauver son fils, et il n’aurait alors que très peu de chance de sortir de cette maison vivant. Son regard bleu se tourna vers Van, qui tentait de rester sagement en retrait et de se faire tout petit. S’il ne trouvait pas une solution immédiatement, lui aussi allait mourir. Cette femme semblait prête à tout pour accomplir sa vengeance, et le remord ne semblait pas pouvoir l’arrêter. C’est alors qu’elle rit de nouveau et termina :

-          Mes hommes se sont beaucoup amusés avec lui.

Son sourire parvint jusqu’aux oreilles de Branco qui crut devenir fou en voyant les larmes sur le visage de l’enfant, et la terreur dans ses yeux. Maria avait brutalisé son fils de quinze ans par pur vengeance, et parce que, étant enfant, elle avait assisté à un acte abominable. Il avait donc bien fallu qu’elle trouve une raison à ce qui était arrivé à sa mère, il fallait bien que son cerveau trouve quelque chose pour justifier ce qu’il s’était passé. Et Branco étant le seul qu’elle ait trouvé, elle avait passé les quinze dernières années de sa vie à ruminer sa vengeance et à le manipuler. C’était une folle, et elle était très dangereuse.

Lorsqu’il en arriva à cette conclusion, et lorsque les yeux de son fils rencontrèrent les siens, son sang ne fit qu’un tour. La colère bouillonna dans ses veines et ses muscles se contractèrent d’eux-mêmes. Maria était devenue dingue au point de faire du mal à un membre de sa propre famille. Et ça, ça ne se faisait pas.

Le visage tordu de rage, Branco amorça un geste pour se ruer sur sa petite sœur et tenter bien malgré tout de sauver son fils, mais l’homme qui l’avait jeté quelques instants plus tôt sur le sol s’élança avant qu’il ait pu faire un geste, et lui asséna un coup de poing en plein thorax. Branco s’écroula malgré lui, le souffle coupé.

-          Ne précipite pas trop les choses, reprit sa sœur en se redressant, de toute façon tu vas mourir ici grand frère, alors …

Elle s’arrêta, les sourcils froncés, lorsque ses yeux se posèrent sur Van. Will sentit un stress immense le submerger. Si Branco n’avait pas bougé durant tout ce temps, alors qu’on le jetait au sol et qu’il avait eu mille occasions de renverser la situation, c’était pour cacher Van, toujours debout à quelques pas derrière lui, de son propre corps, et faire en sorte que Maria ne le remarque pas. Lorsque Van lui-même le réalisa, il sentit une terreur gigantesque le faire reculer d’un pas. Une folle furieuse était en train de le regarder droit dans les yeux, un flingue à la main.

-          Ah mais d’abord, je vais me débarrasser du dernier gêneur, sourit-elle en levant l’arme vers Van.

Celui-ci sentit son cœur accélérer jusqu’à risquer la rupture d’anévrisme, et brusquement, Will se mit à se débattre comme un dément, tentant de désarçonner Bumar qui le maintenait toujours au sol. Il poussa un cri de rage et de peur mêlée, persuadé que la petite sœur totalement tarée de son amant, allait tuer son meilleur ami.

Maria s’approcha lentement, se délectant de la vision de cette proie sans défense juste en face d’elle, souriant d’un air quelque peu pervers. Mais, alors qu’elle allait appuyer sur la gâchette, Branco décida de tenter le tout pour le tout. Il savait qu’il était à deux doigts de perdre Will, alors il n’allait pas non plus laisser Van se faire tuer parce que sa sœur n’était qu’une tarée. Se redressant sur ses jambes avec force, il se propulsa littéralement en avant et percuta sa petite sœur de plein fouet. Cependant, le coup de feu partit quand même.

Van leva les bras autour de sa tête pour se protéger, assez inutilement ceci dit, mais la balle déviée heurta la baie vitrée et la brisa en mille éclats de verre, avant de faire subir le même sort à une vitre de la véranda, et d’aller se perdre au loin dans le jardin. Au même moment, Will sentit la pression sur son dos disparaître alors que Charles Bumar se jetait sur Branco pour l’éloigner de Maria. Un second coup de feu partit, suivit d’un grognement sourd, puis la voix de Branco s’éleva par-dessus tout le bruit :

-          Dégage !! hurla-t-il à l’adresse de Van en tentant de repousser son ennemi.

Van ne se le fit pas dire deux fois et sauta par-dessus les bouts de verre puis disparut sans plus de bruit. Will se redressa, prit d’une nouvelle énergie maintenant que son meilleur ami était un tant soit peu hors de danger, alors qu’une petite voix fourbe en lui ne cessait de lui répéter que ce soi-disant meilleur ami avait préféré fuir plutôt que de lui venir en aide. Mais il préféra ne pas s’y attarder. Lorsqu’il vit Branco en difficulté, il tenta de s’interposer, les bras lié dans le dos, mais le second homme de Maria l’en empêcha et l’envoya au sol d’un puissant coup de pied.

-          Poursuis-le ! lui hurla la jeune femme avec rage. Et tue-le, empêche-le de parler !

Après avoir immobilisé Will, l’homme se jeta à la poursuite de Van, une arme à la main. Charles Bumar jeta Branco au sol qui se réceptionna mal et grogna de douleur, alors qu’un flot de sang s’échappait de sa hanche droite. Will se figea lorsqu’il vit la blessure par balle former un trou presque béant dans le corps de son amant.

-          Mets-le près de l’autre, ordonna sèchement Maria en se redressant, essoufflée, et l’air passablement très énervée.

Bumar obéit et souleva Will sans trop de difficulté pour le laisser retomber aux côtés de l’enfant qui pleurait toujours, tant en gémissant de terreur. Il était bien trop jeune pour vivre une telle chose. Maria s’approcha de son frère.

-          Reste avec moi ! lui ordonna-t-elle en lui assénant un coup de pied, avant de s’accroupir devant lui. Oui, tu vas mourir ici, mais avant n’oublie pas que tu dois choisir entre ton amant et ton fils !

Elle se redressa, arracha l’arme des mains de Bumar d’un geste, se posta pile entre les deux jeunes hommes à terre, et pointa un flingue sur chacun d’eux. L’enfant poussa un cri de terreur et ses larmes redoublèrent alors qu’il tentait tant bien que mal de reculer pour s’éloigner de cette horreur. Will vit alors que ses jambes étaient recouvertes de bleus et de croutes de sang séchés. De toute évidence, il était avec Maria et ses hommes depuis un certain moment déjà.

-          Alors ?!! rugit la jeune femme. Lequel dois-je tuer ?

Branco avait du mal à garder les yeux ouverts. La douleur de sa blessure était insoutenable et son esprit tentait par tous les moyens de se déconnecter, mais il luttait pour ne pas perdre conscience. S’il s’évanouissait maintenant, Maria les tuerait tous les deux. Mais après plusieurs secondes, il se rendit compte qu’il était incapable de choisir. Will le fixait gravement, l’air calme et serein, comme à son habitude, attendant simplement une petite ouverture pour agir. Mais, de l’autre côté, tétanisé par la peur, les yeux de son fils faisaient la navette entre l’arme qui le regardait droit dans les yeux, et son père avachi non loin de lui qui ne semblait pas vouloir faire un geste pour le sauver.

-          Qu’est-ce que tu attends ? s’écria de nouveau Maria. Ne retarde pas l’échéance en espérant un quelconque secours, de toute façon tu vas crever ici la gueule ouverte ! Tu as simplement à choisir qui crèvera avec toi, et qui aura la vie sauve !

Branco savait pertinemment que, peu importe qui il choisirait, certes Maria ne le tuerait pas, mais elle ne lui rendrait pas la liberté non plus. S’il choisissait son fils, celui-ci retournerait là où il était enfermé depuis sans doute plusieurs jours, pour y subir d’autres sévices jusqu’à la folie ou la mort, et Will serait très certainement livré à Chin. Il était incapable de choisir, incapable de prendre une décision rationnelle dans ces conditions, la souffrance l’aveuglant presque.

Mais Maria était pressée d’en finir. Quinze années qu’elle ruminait sa vengeance, et ce jour tant attendu était enfin arrivé. Elle voulait voir son frère mourir, agoniser lentement comme sa mère avait agonisé.

-          Alors ? cria-t-elle de nouveau. Si tu ne te décides pas dans les prochaines secondes, je les flingue tous les deux !

Branco ferma les yeux, le corps secoué par un violent spasme de douleur. Il ne pouvait pas. Il était incapable de choisir ! Comprenant la lutte qui s’était engagé dans l’esprit de son amant, Will se redressa comme il le put, et lança avec colère :

-          T’es sérieux là !

Mais Bumar le fit taire d’un coup de pied. Branco ne pouvait pas choisir, car celui qui aurait la vie sauve aujourd’hui subirait mille souffrances demain, et il était incapable de se décider tout en sachant cela.

-          Très bien, reprit sa petite sœur dans un sourire de délectation, alors regarde-les mourir tous les deux.

Branco rouvrit les yeux, le visage crispé par l’impuissance et la rage qui en découlait. Maria le fixa droit dans les yeux, un sourire démoniaque aux lèvres, le genre de sourire qu’il ne lui avait jamais vu, et, lentement, elle pressa les gâchettes, savourant ce moment qu’elle avait tant attendu.

Pour Branco, tout s’écoula au ralenti, alors qu’en réalité il ne se passa qu’une poignée de seconde entre la déclaration de sa sœur, et ce qu’il se passa ensuite. Un bruit de klaxon furieux retentit depuis l’extérieur, parfaitement audible pour eux grâce à la véranda et la baie vitrée brisées, et la jeune femme se figea alors. Une lumière éclatante l’éclaira des pieds à la tête et elle se figea, à la fois surprise et en colère. Un vrombissement de moteur surpuissant suivit d’un nouveau coup de klaxon et Will comprit.

Avant même que l’immense quatre-quatre noir ne percute le mur de la maison de plein fouet, juste derrière Branco, face à Maria, Will et l’enfant terrorisé, Will s’était redressé et avait évalué la situation.

Sur sa gauche se trouvait encore Charles Bumar, et sur sa droite Maria qui tenait toujours son neveu en respect. En face, Branco. Il n’avait aucune chance de sauver l’enfant avec cette folle entre eux, il n’y avait que Branco qui pouvait, au risque cependant de prendre une autre balle. Mais lorsqu’il vit Bumar se ruer en avant pour écarter Maria des phares du véhicule qui fonçait droit sur elle, il n’hésita pas une seconde de plus et l’intercepta en se jetant sur lui de tout son poids, tout en ordonnant à Branco :

-          Occupe-toi du gosse !

Lui et Bumar s’écroulèrent au sol, la voiture immense éventra le mur avec une vitesse et une puissance effrayante, dans un bruit infernal plus effrayant encore. Branco fut rapidement sur son fils pour le soustraire au véhicule, mais Maria, dans un dernier effort vengeur, hurla sa rage et tira plusieurs fois. La plupart des balles troua le moteur et le pare-brise du quatre-quatre. Derrière le volant, Van cria et se baissa de justesse pour éviter l’un des projectiles mortels.

Dans un hurlement ignoble, Maria fut prise en sandwich entre la voiture et le mur derrière elle qui s’écroula dans un fracas assourdissant. Le corps de la mère de Will fut emporté également, alors que celui de son père gisait sous les roues du véhicule fumant. Van sortit, un filet de sang sur le front, et avisa Branco non loin qui tentait de se remettre debout en tirant son fils apparemment inconscient, mais un cri de douleur surgit au-dessus du bruit du plafond du couloir tout proche qui s’effondrait.

Figé, Van regarda au-dessus de lui la bouche entrouverte. De longues fissures profondes striaient le plafond en plâtre qui commençait à s’écrouler par bouts entiers. Nouveau cri de douleur. Branco se redressa et lui cria :

-          Va aider Will !

Van revint à lui et sauta par-dessus le capot de la voiture totalement déformé par l’impact. Will était aux prises avec Charles Bumar mais, avec les mains liées dans le dos, les manœuvres étaient délicates. D’un furieux direct du droit, son adversaire l’envoya au sol, le nez dans la poussière et les morceaux de plafond. Van se rua sur lui et l’assomma en deux enchaînements dignes d’un Bruce Lee particulièrement énervé.

Will se redressait laborieusement en toussant lorsque son ami se pencha sur lui pour défaire ses liens déjà à moitié défaits.

-          T’as démoli l’un des principaux murs porteurs de la maison, déclara Will en se redressant en titubant, on a intérêt à foutre le camp d’ici !

Au même moment, tout l’arrière de la maison s’écroula et le plafond tomba sur la voiture. A moitié comprimé, celle-ci supporta cependant le poids et les deux hommes furent projetés au sol, entourés de poussière, suffocants, les yeux brûlés et les poumons obstrués. Lorsqu’il releva les yeux, Will vit que le plafond formait désormais une sorte de mansarde temporaire, qui menaçait cependant de s’écrouler d’un moment à l’autre, à en juger par le silence stressant qui suivait le bruit assourdissant.

-          Faut trouver Branco ! déclara Will en se relevant, à moitié courbé.

-          Il est derrière la voiture ! lui répliqua Van en le suivant.

Will contourna le véhicule – qui venait de leur sauver la vie – tout en se demandant un bref instant où son meilleur ami avait pu trouver une voiture pareille, et comment il avait pu, un seul instant, croire que son intervention leur sauverait la vie.

Dans un brusque bruit de métal, le quatre-quatre s’abaissa de nouveau, les flancs totalement couchés désormais sur le sol. Will ignora les flaques de sang qui jonchait le plancher et s’avança, accroupi. Branco tentait de se relever, le corps au-dessus de son fils toujours évanoui.

-          Faut sortir de là, déclara-t-il en tirant l’enfant avec force, tout est en train de s’écrouler !

-          Va falloir que tu le portes, répliqua Branco dans un souffle rauque, je ne peux pas … je ne vais pas … y arriver …

Will se figea en voyant le torse de son amant littéralement recouvert de sang. Désormais, ça n’était plus une plaie par balle qui l’affaiblissait, mais trois. Vivement, il regarda tout autour d’eux. Branco et son fils n’avaient eu la vie sauve que grâce à une chance extraordinaire. Le capot de la voiture déformé sur leur gauche et un meuble en marbre particulièrement solide sur leur droite leur avait empêché de se prendre tout le plafond sur la tête. Les immense débris de plâtre autour d’eux formaient une sorte de crevasse, une petite cavité tout juste assez grande pour eux. Même lui ne pouvait pas se frayer un chemin jusqu’à Branco pour l’aider. Il allait devait se débrouiller seul.

-          Tu peux te lever ? Demanda-t-il en continuant de tirer l’enfant hors des débris.

Branco acquiesça, puis cracha un filet de sang, s’empressant d’ajouter sous le regard terrifié de Will :

-          Va bien falloir.

-          Je vais l’aider, l’interrompit Van en tentant de s’approcher.

-          Il n’y a pas de place, répliqua Will en se retournant pour voir le visage couvert de poussière de son meilleur ami, aide-moi plutôt à tirer le gamin.

Van obéit et attrapa l’enfant par les épaules. Il ne fit pas un mouvement, n’émit aucun bruit. Will rampa à moitié sous le plafond, Van avec lui, trainant derrière eux le corps inerte. Will se retourna pour voir si Branco les suivait, et il vit que celui-ci tentait tant bien que mal de s’extraire tout en se tenant le ventre. Sa blessure à l’épaule avait recommencé à saigner. Avec horreur, Will le vit cracher un flot de sang, il s’arrêta alors, prêt à lui porter secours maintenant qu’il y avait assez de place, mais la voiture s’effondra alors davantage sous la pression du plafond, et les trois hommes durent se courber encore. Il y avait à peine plus d’un mètre maintenant entre le plancher et le plafond, et les débris et la poussière commençaient sérieusement à les faire suffoquer.

Branco releva les yeux. Will et lui se fixèrent un instant. Il n’avait jamais vu une telle expression dans ses yeux noirs. De la détresse, de l’incompréhension, et immensément de tristesse. Branco avait perdu sa petite sœur, celle à qui il avait dédié sa vie ces quinze dernières années. Elle avait tenté de le tuer, ni plus ni moins, et peut-être même avait-elle réussie. Branco cracha de nouveau un peu de sang, et son regard se fit plus dur.

-          Avance, lui ordonna-t-il gravement.

La pression subie par le véhicule émettait un bruit effrayant, alors qu’au loin, ils entendaient un meuble du premier étage glisser et s’écrouler sur le sol. Puis un autre mur sembla s’écrouler dans un bruit sinistre. S’ils ne se dépêchaient pas, ils allaient finir écraser sous des tonnes de plâtres, de meubles et de tuiles. Will sentit Van le tirer par la manche et il se détourna de Branco.

A peine quelques centimètres de parcourus qu’il se tourna de nouveau vers lui pour voir s’il le suivait. Ce qui était toujours le cas. Il y eut alors un craquement, et le plafond s’écroula encore sur de quelques dizaines de centimètres.

-          Grouille ! lui ordonna Van en tirant l’enfant derrière lui.

Will obéit dans une grimace de douleur. Il n’avait pas envie de mourir là. Ses parents étaient morts, son frère aussi, il n’avait plus rien. La Cavalerie n’était qu’une blague, ce qu’il croyait juste n’avait été que mensonges ces derniers mois mais il lui restait Van, il lui restait sa vie d’étudiant trop longtemps négligée et il lui restait Branco. Il accéléra.

Lorsqu’ils surgirent tous deux à l’air libre, un nouveau craquement sinistre retentit, leur faisant accélérer le pas. Van prit l’enfant toujours inconscient dans ses bras, tirant toujours Will par la manche, et couru pour les éloigner de la maison. Après quelques pas, Will s’arrêta et se retourna.

Sa vision était trouble, et il avait l’impression d’entendre comme à l’intérieur d’un bocal. Quelques mètres derrière lui, Branco s’extirpait tout juste des décombres. Il avait le visage blafard, et une flaque de sang s’était formée sous lui. Van s’arrêta à son tour. Figé, Will vit le mur extérieur de la maison, éventré par la voiture qui avait formé un trou leur permettant de sortir, trembler et se fissurer. Branco tenta de se redresser, cracha un nouveau flot de sang et s’écroula, incapable d’aller plus loin, alors qu’au-dessus de lui, le plafond était en train d’emporter le mur avec lui.

Will décida de faire demi-tour. Il n’avait pas envie de donner raison à Maria. Branco n’allait pas mourir ici aujourd’hui, certainement pas ! Avec une lenteur effrayante, il vit Branco tenter de se redresser à nouveau, relever le visage vers lui et le regarder. Derrière lui, Van s’accroupit pour déposer l’enfant au sol et attrapa fermement la cheville de Will. Celui-ci s’écroula de tout son long sur le sol gelé du jardin. Exactement au même instant, le plafond s’écroula définitivement, emportant le mur avec lui. Will vit Branco disparaître sous les tonnes de gravats.

Le cri qu’il poussa surpassa le bruit effroyable de l’écroulement. Il se débattit frénétiquement, sans quitter des yeux l’endroit où se tenait Branco quelques secondes plus tôt. Il fallait qu’il le sorte de là, il le fallait ! Il ne pouvait plus respirer là-dessous, il ne pouvait plus bouger ! Et il était blessé ! Mais Van le tira à lui d’un geste sec et s’écroula totalement sur lui, le bloquant au sol sous son poids pour l’empêcher de bouger. Il ferma les yeux, crispé, écoutant le cri de rage et de détresse que poussait son ami.

Will continua de se débattre tant que le bruit des murs écroulés et des pierres qui roulaient se fit entendre, puis son cri mourut dans sa gorge et un silence effroyable naquit comme une évidence. Van, immobile au-dessus du corps de Will, écouta, la tête pleine de cri et de poussière. La respiration erratique de Will lui affirmait qu’il n’était pas mort, qu’il y avait encore de la vie. Et puis, doucement, ses inspirations et expirations rapides se transformèrent en sanglots incontrôlables. Van rouvrit les yeux. Le regard toujours rivé sur les débris de ce qui fut un jour son foyer, Will pleurait.

Il n’y avait pas d’incompréhension sur son visage, ni même de colère. Juste de la douleur. Juste une immense souffrance. Il n’était pas idiot, il avait compris.

-          J’aurais pu le sortir de là, dit-il brusquement, la voix étonnamment ferme, j’aurais pu …

-          Non, le coupa doucement Van, tu serais mort toi aussi.

Will se tut. Lentement, son ami se redressa, libérant son corps, et le retourna sur le dos. Will se laissa faire comme une poupée de chiffon. Ses yeux rencontrèrent ceux de Van, qui vit que les larmes s’étaient déjà taries. Ils se fixèrent ainsi un instant, puis Will se mit à regarder le ciel, comme pour y trouver la vérité.

-          Il n’est pas mort, murmura-t-il sans bouger, je peux encore …

-          Non …

Immobile, Will ne croyait pas non plus à ses mots. S’il y avait cru, il aurait tenté de se lever de nouveau pour courir vers les débris. Mais il l’avait vu, ce mur de plusieurs tonnes et ce plafond s’écrouler sur son amant. Il l’avait vu.

Les deux hommes restèrent figés un moment. Van baissa les yeux dans un soupir, retentant ses larmes. Il ne connaissait Branco que depuis quelques jours, et ne l’avait pas particulièrement aimé, mais il avait vite compris que c’était quelqu’un de bien qui ne méritait sûrement pas de mourir ainsi. Un gémissement derrière lui le sortit de ses pensées et il se retourna. Allongé en parallèle de Will, l’enfant ouvrit lentement les yeux, puis toussa, hébété. Van s’approcha lentement et défit ses liens d’une main tremblante.

Les yeux toujours rivés au ciel, Will écoutait sa respiration et les battements de son cœur tout en se répétant que Branco n’était pas mort. Qu’il ne pouvait pas mourir … Il ferma les yeux. Devant ses paupières, il vit alors les yeux de Branco se dessiner. Ce regard qu’il lui avait lancé juste avant que le mur ne s’écroule. Il était mort. C’était dans ses yeux. Branco avait vu sa mort, et il l’avait accepté. Mais pourquoi ? Parce que sa sœur avait voulu le tuer ? Parce que son fils orphelin avait souffert par sa faute ? Pourquoi ?! Ce regard noir lui avait dit adieu. Un sanglot sur sa gauche lui fit rouvrir les yeux et, lentement, il tourna la tête.

Le profil qui se dessina à ses côtés lui coupa le souffle. C’était Branco, avec quinze ans de moins. L’enfant prit deux grandes inspirations, toussa pour se débloquer les poumons, reprit son souffle, puis se tourna vers lui. Ils se fixèrent, figés. Affligés. Rassuré aussi, peut-être, de trouver quelqu’un.

 

Plusieurs minutes plus tard, alertés par les voisins, des ambulances arrivèrent en grandes pompes et les prirent en charge. Van n’avait récolté qu’une simple coupure sur le front, Will avait besoin d’une hospitalisation, ainsi que l’enfant de quinze ans abusé et torturé par des adultes sans scrupule. Lorsque Will leur confirma qu’il y avait des gens sous les décombres, les pompiers furent appelés et s’acharnèrent à extirper des cadavres.

Le premier à en être sorti fut Branco. Il était mort. En voyant son corps soulevé et trainé par deux hommes, Will détourna les yeux. Apparemment, il était mort sur le coup lorsque le plafond avait fait s’écrouler le mur sur lui.

Puis ses parents furent sortis, ainsi que le corps d’Hugo, et Maria, morte elle aussi sous les tonnes de pierres. Et pour finir, Charles Bumar, assommé par Van, qui n’avait pas survécu à une armoire tombée du premier étage. Van, Will et l’enfant étaient les seuls survivants.

Assis à l’arrière d’une ambulance, les yeux rivés sur le brancard sur lequel gisait un sac noir qui contenait le corps de Branco, Will maintenait un masque à oxygène sur son visage, légèrement vaseux. Un mouvement sur sa gauche attira son attention et il vit Van s’approcher, une couverture autour des épaules. Il grimpa à l’intérieur du véhicule et s’installa à ses côtés.

-          Ça va ? demanda-t-il dans un toussotement.

Will lui adressa un regard noir, les sourcils froncés, puis contempla de nouveau le brancard au loin. Van préféra se taire et resta là plusieurs minutes, en silence, à attendre. Simplement. Will éloigna alors le masque et dit dans un souffle :

-          C’est que maintenant qu’il est mort que je me rends compte que je tenais à lui.

Van sourit, se tourna vers lui, puis demanda :

-          Tu l’aimais ?

Pour toute réponse, Will haussa les épaules, le regard toujours sur le brancard. Van rigola aussi discrètement qu’il le put. Quoi qu’il arrive, Will resterait le même.

-          Et le gosse ? demanda-t-il derrière son masque.

-          Ils l’ont anesthésié. Je crois que vous allez être envoyés dans le même hôpital.

-          Comment t’as fait ? Et où t’as trouvé cette voiture ?

-          Bah tu sais, les truands se croient tellement intouchables qu’ils ne prennent même pas la peine de fermer leur voiture, et laissent même les clefs sur le compteur. J’ai renversé le gars dehors, et j’ai foncé dans le mur sans me poser plus de question. T’étais en danger … j’ai pas réfléchi.

Will garda le silence. Quelques secondes s’écoulèrent, puis il laissa sa tête tomber lentement sur l’épaule de son ami et les deux hommes restèrent là, sans bouger et sans quitter des yeux le corps immobile de Branco.

-          Et maintenant ? demanda Van dans un souffle. Qu’est-ce que tu vas faire ?

Will poussa un soupir, puis ses yeux quittèrent lentement le corps à jamais inerte de son amant, pour se poser, non loin, sur celui, allongé et bien vivant dans une ambulance, de son fils.

 

***

No coment…

Saya : Comment ça, tirer par les cheveux lol ? ça coule de source, voyons ! Bon, en fait, Danouch avait à peine lu le premier chapitre qu’elle la suspectait, mais elle mettait le chien dans le même panier alors je suis pas sure que ce soit très objectif ! Alors que nous, on lui avait tout juste donné un nom lol Ce n’est que bien plus tard qu’on l’a impliquée dans l’histoire !

Stephy : faut bien que je m’arrête à un moment ! C’est pas drôle sinon :p Et t’imagines le temps que j’ai dû attendre, moi ? Nan parce que vous avez la chance de lire une fois par semaine, que moi, j’ai dû attendre un mois pour avoir la suite 0_0 Ah monde cruel… Gabie, si tu passes par là, je me vengerai :p

Danouch : comment ça, t’as fini DS ?!!!! Nan mais oh là, c’est quoi ce bordel !!!!! Je pars en vacances cinq jours et c’est la fin du monde ?! Mais qu’est-ce que je vais lire moi maintenant que t’as fini DS ?! Bouhouhouuuu… Je vais te faire un procès, moi, tu vas voir !

Mais ouais, fallait bien que l’affrontement avec les parents arrive à un moment ou un autre, au final, c’est en fond sonore depuis le début de l’histoire, d’ailleurs, y aurait pas eu d’histoire sans ça et là, c’est enfin le dénouement. C’est vrai que finalement Hugo qui a tout pour lui en veut encore plus sans se préoccuper de sa famille alors que Will aime malgré tout ses parents ! C’est le monde à l’envers…

Maintenant, que j’ai retrouvé l’usage de la parole (ce chapitre me fait toujours le même effet), je m’excuse pour le chapitre 24. Je l’avais publié mais Canalblog s’obstine à le publier en brouillon. Du coup, j’ai perdu tous les commentaires que vous m’aviez laissés et je sais même pas si vous pouvez le lire sous sa forme actuelle. Je vais essayer de réparer ça mais j’avais déjà bien galéré.

Pour le chapitre 25, si comme moi, vous vous êtes plantés en lisant la fin avant de lire le début, ah, ah, vous l’avez dans l’os ! Je me suis sentie bien seule !

            Appel à la populace : je cherche des animes à visionner. J’en ai un déjà vu un bon nombre évidemment mais n’hésitez pas à me faire part de vos séries, en nouveautés de préférence, y aura moins de chance que je les ai vues. Pour info, je suis plutôt shonen, action, mécha ou sport mais je peux regarder de tout, même du shojo, pourvu que l’histoire soit sympa et le dessin pas trop moche. Merci d’avance !

            La suite au prochain et ultime chapitre : l’épilogue !

Posté par Lillycp à 09:57 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
20 avril 2012

Chapitre 25

 06

Lorsqu’ils sortirent du restaurant, l’air s’était encore plus refroidi si possible. Cet hiver particulièrement rude n’aidait pas les blessures de Will à s’insensibiliser. Celui-ci avait l’impression de sentir ses plaies se rouvrir et se déchirer encore plus à chaque mais il se garda bien de se plaindre après le spectacle qu’il avait donné dans les toilettes du restaurant. Branco n’avait rien dit, ne s’était pas moqué, mais ça ne l’empêchait pas d’avoir honte. Quant à Van, il semblait prendre tout ceci avec un grand sérieux, d’autant plus que c’était la première fois pour lui qu’il m’était sa vie ainsi en danger, et Will espérait sincèrement que tout se passe bien pour son meilleur ami. D’autant que Van et Branco semblaient finalement avoir trouvé un terrain d’entente et n’avaient plus échangé d’insultes depuis deux jours.

Tous les trois semblaient murés dans le silence, mais c’était sans compter sur Branco et sa bonne humeur, qui se permit de se plaindre un tantinet :

-          C’est encore loin ? demanda-t-il en réprimant un frisson de froid intense.

La question avait passé la barrière de ses lèvres avant qu’il ne s’en rende compte et, inquiet, ses yeux glissèrent lentement sur Will. Mais celui-ci semblait s’être légèrement reprit et son visage avait récupéré un peu de couleur.

-          Non, plus beaucoup, répondit-il d’une voix rauque.

Branco acquiesça, et les trois hommes retrouvèrent le silence. Bien évidemment, Branco avait conscience que ça n’était pas facile pour Will, mais malgré tout l’attachement qu’il avait pour lui, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour Maria.

Reconnaître Charles Bumar sur la vidéo de surveillance de l’ascenseur lui avait fait comprendre une chose. Lorsqu’ils travaillaient ensemble, Bumar et lui, ce dernier était capitaine de la Brigade de Répression du Proxénétisme, et il était spécialisé dans la lutte contre la prostitution d’enfants. Sans se faire voir, Branco tourna de nouveau les yeux sur Will et l’examina rapidement des pieds à la tête. Certes, le jeune homme allait sur ses vingt-quatre ans, mais avec un peu de poids et de muscles en moins, il pouvait facilement en paraître dix-sept ou dix-huit. Quant à Maria, du haut de ses vingt-et-uns ans, elle pouvait facilement en paraitre cinq de moins. Ça ne valait pas les douze ou treize ans d’âge limite des enfants prostitués dans Paris, mais certains ne s’en préoccupaient pas davantage. Alors, Bumar avait plongé ? Trempait-il là-dedans ou bien avait-il seulement voulu s’assurer que Will ne l’embêterait plus ? Peut-être avait-il seulement eu dans l’idée de satisfaire Chin en lui livrant Will. Tout en rentrant le menton dans son écharpe, Branco grogna de frustration. C’était devenu bien trop compliqué pour lui, et ça commençait sérieusement à lui taper sur le système.

-          On y est.

La voix de Will le sortit de ses ruminations et il s’arrêta pour relever les yeux. Un immense pavillon blanc des années vingt ou trente, silencieux dans le froid paralysant de l’hiver, semblait les regarder d’un air sévère avec ses deux fenêtres immenses voilées de rideaux noirs qui se dressaient à plus de trois mètres du sol. Juste derrière la haute grille en fer forgé se trouvait une cour gravillonnée bordé d’un jardin couvert de parcelles de neiges et de glaces. La bouche entrouverte, Branco leva les yeux, puis les tourna de nouveau vers Will.

-          Il fait quoi exactement ton père, dans l’import-export, pour gagner autant de fric ? demanda-t-il dans un souffle.

Son haleine se transforma en buée blanche dans l’atmosphère glaciale mais s’évapora avant d’atteindre le visage de Will.

-          C’est le patron de sa boîte, se contenta de répondre celui-ci.

-          Ah bah oui, je comprends mieux.

-          Bon, c’est bien beau tout ça, mais on rentre comment ? leur demanda Van dans un murmure. Je ne sais pas si vous avez vu la taille de cette grille, mais elle doit bien faire cinq mètres de haut.

-          Avec la clef.

Et sur ces mots, Will sortit un porte-clés de sa poche et le fit tinter sous le nez de son meilleur ami. Celui-ci le fixa droit dans les yeux quelques instants, semblant réfléchir activement alors que Branco vérifiait déjà si la sécurité de son révolver était en place ou non.

-          Ok, reprit Van au bout de quelques secondes, et t’as eu ça comment ?

-          Bah, je les avais gardées, répondit Will en se détournant.

Branco le suivit du regard lorsqu’il s’approcha de la grille pour l’ouvrir, puis arqua un sourcil et tourna les yeux vers Van avant de hausser les épaules et de remettre son arme sous sa veste. Mais le jeune homme n’avait pas l’intention de laisser son meilleur ami sans sortir ainsi.

-          Tu veux dire que tu avais gardé cette clef tout ce temps ? demanda-t-il en chuchotant toujours. Même quand ton père t’as foutu à la porte ?!

-          Et alors ? grogna Will sans se retourner.

Van ouvrit la bouche, prêt à répliquer, mais un mouvement de la part de Branco l’en empêcha. Celui-ci, les sourcils froncés, agita la main sous son nez avant de mettre son index sur ses lèvres pour lui indiquer de se taire. Le jeune homme jugea que, effectivement, c’était préférable, alors il se tut. Mais soudain, Will se redressa, le porte-clés à la main, et dit d’une voix blanche :

-          C’est déjà ouvert … d’ordinaire ils ferment toujours la grille.

De là, Branco comprit que c’était à son tour d’agir. Il dégaina de nouveau son arme et, d’un geste sec et impérieux du bras, fit reculer Will derrière lui. L’arme au clair, il poussa lentement la grille qui s’ouvrit sans un bruit, jeta un coup d’œil dans le jardin désert et figé par une légère couche de givre, avant de dresser l’oreille.

Mis à part les bruits de la circulation du boulevard non loin, tout était plongé dans le silence le plus complet. La maison continuait de les regarder du haut de sa dizaine de mètres, et Branco ne la trouvait pas particulièrement accueillante malgré la finesse et la richesse évidente de l’architecture. Un endroit qui respirait l’argent et la froideur des sentiments. Malgré lui, il sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale, mais fut incapable de dire s’il s’agissait de la peur ou de la colère.

Il avait peur pour Maria, peur pour Will, peur pour lui – et aussi peut-être un peu pour Van. Mais il était surtout très en colère contre les parents de Will. Ils avaient mis leur enfant à la porte pour le laisser dans la misère alors qu’eux jouissaient d’un niveau de vie bien supérieur à tout ce qu’il avait vu jusqu’ici, et ça il ne pouvait pas le supporter. Branco savait ce qu’était la culpabilité d’avoir un enfant et de l’abandonner, et c’était sans doute pour cela que ça le mettait dans une telle rage. S’il avait eu assez de courage, s’il avait encore le pouvoir de changer les choses, peut-être tenterait-il de nouveau de retrouver les traces de son fils et de s’occuper de cet orphelin, mais il était trop tard. Après quinze années passées sans père ni mère, le garçon ne supporterait sans doute pas de voir débarquer un vieil ex-flic plein de remords qui venait soudainement de prendre la décision de s’occuper de sa vie. Il était trop tard. Alors pourquoi les parents de Will ne l’avaient pas compris, eux ? Pourquoi n’avaient-ils pas fais l’effort de revenir en arrière et de permettre à leur fils de revenir chez eux ?!

Tout en faisant un pas sur le parterre de cailloux gelés, Branco balaya le périmètre d’un coup d’œil expert avant de sourire par-devers lui. De toute façon, même si les parents de Will avaient décidé de retrouver leur fils et de s’excuser, la fierté de Will ne leur en aurait peut-être pas permis. Quoi que, celui-ci avait tout de même gardé sur lui les clefs de cette maison, alors peut-être que …

-          La porte est ouverte, lança Will au-dessus de son épaule, quelque chose ne va pas.

Branco sortit de sa torpeur et avança. Il plissa des yeux et vit que, effectivement, du haut d’un escalier en pierre, la porte d’entrée en chêne massif laissait passer un trait d’obscurité. A l’évidence, l’intérieur semblait plongé dans le noir.

-          Ça sent le piège, murmura Van à l’arrière de la troupe, ils sont peut-être déjà ici.

-          T’inquiètes, répliqua Branco dans un demi-sourire, si c’est le cas je les bute et on leur pose des questions après.

-          Branco, si tu flingues mes parents, je t’arrache les couilles et je te les fais bouffer ! lança Will avec colère.

-          C’est noté.

Malgré lui, Van pouffa de rire alors que Branco finissait de gravir les quelques marches qui menaient à l’entrée. Il ne put s’empêcher de remarquer bêtement qu’il n’y avait pas de sonnette mais un beau heurtoir en métal brillant à hauteur des yeux. Et toujours ce silence, de plus en plus pesant et stressant.

Branco n’était pas particulièrement doué pour flairer les pièges, d’ordinaire il fonçait plutôt dedans tête baissée, mais là il avait vraiment un mauvais pressentiment. Mais il ne pouvait plus reculer. De une, s’il disait à Will qu’il avait les chocottes et ne voulait pas franchir cette porte, il serait ensuite incapable de se regarder dans une glace. Et de deux, s’il ne pénétrait pas dans cette maison, il ne pourrait jamais retrouver Maria. De toute façon, Will n’accepterait jamais de faire demi-tour, et ça il en était parfaitement conscient.

Lentement, Branco poussa la lourde porte et l’obscurité s’ouvrit à eux. Seule une immense baie vitrée, donnant sur une véranda, illuminait quelque peu la pièce vers laquelle ils avancèrent. L’endroit paraissait gris et glacial, bien qu’un chauffage central leur permit de vite avoir chaud sous leur manteau et leur écharpe. L’arme toujours au poing, Branco avançait à pas de loup, prêt à faire feu à la moindre menace qui puisse mette sa vie et celle de ses compagnons en danger. Le couloir était large, mais si jamais quelqu’un leur tombait dessus par derrière pour les encercler, Branco ne pourrait rien faire. Et ce qu’il haïssait le plus, c’était d’être inutile.

A pas prudents, ils parvinrent finalement jusqu’à une vaste salle de séjour sombre apparemment chichement décorée avec ses rideaux de velours et des meubles marbrés. Mais les trois hommes ne purent s’appesantir plus longtemps sur la décoration car soudain, Will poussa Branco avec force et se rua en avant. Branco releva son arme.

-          Maman ! s’écria le jeune homme en arrivant aux pieds d’une femme ligotée sur une chaise.

Van suivit son ami et s’arrêta près d’un homme d’une cinquantaine d’année, apparemment sans connaissance, allongé sur le tapis face contre terre. Le couple semblait avoir été battu comme plâtre et le visage couvert de sang de la mère de Will fit monter en Branco une colère sourde et vengeresse. L’homme au sol semblait avoir subi un traitement plus lourd et gémit pitoyablement lorsque Van prit son pouls. Ceux qui avaient fait ça n’y avaient pas été de mains mortes et les yeux révulsés de terreur de la femme au visage meurtri fit naitre des frissons dans le dos de Branco. Les agresseurs étaient encore là, il en était certain. Soudain, une pression dans son dos l’obligea à se figer.

De son côté, Will retira le bâillon sur le visage de sa mère, sans rien voir de ce qui était en train de se passer.

-          Maman ! Tu vas bien ? demanda-t-il de la colère dans la voix. Qui t’a fait ça ? Où sont-ils ?

La voix pleine de sanglot de la vieille femme l’empêcha de répondre durant les premières secondes, mais son visage tordu de douleur et de terreur en disait bien plus long. Des marques de sévices marquaient également ses bras et ses jambes, et Branco se demanda brièvement comment elle pouvait encore garder les yeux ouverts. D’un grognement grave, il tenta d’attirer l’attention de Will ou de Van sur lui, mais une nouvelle pression douloureuse dans son dos le fit taire, et il leva lentement les bras en sentant la colère faire bouillir son sang. C’était un piège évident, et ils avaient tous foncé dedans.

-          Nous n’aurions pas dû refuser, sanglota la vieille femme d’une voix brisée alors que Will s’évertuait à défaire ses liens, ton père a eu tort … ils sont venus et … ton frère ! Oh mon Dieu ton frère ! C’est cette femme … je me doutais qu’elle … cette femme !!

-          Une femme ? demanda Will, un sourcil arqué. Quelle femme ?

Mais des pleurs convulsifs empêchèrent la femme de répondre et elle ne put que fondre en larmes en gémissant. Branco ne pouvait qu’assister à ça sans pouvoir faire un seul geste et il se demandait encore ce que l’homme attendait dans son dos. Il se contentait simplement de le tenir en joue. Cependant, d’une nouvelle pression entre les omoplates, il lui donna un ordre que Branco ne comprit qu’après la deuxième sommation. A contrecœur, il ouvrit ses doigts un à un et laissa lentement tomber son arme, qui atterrit sur le tapis dans un bruit sourd. Cela eut au moins pour effet d’attirer sur lui les regards de Van et Will. Tous deux se figèrent.

-          Hugo ! lança Will en se redressant. Mais tu fous quoi ?

-          Ecarte-toi d’elle et ne tente rien sinon je le descends, répliqua son jumeau.

Will fronça les sourcils mais obéit docilement, les poings serrés. Il avait l’air d’être sur le point d’exploser de colère.

-          Voyez-vous cela, reprit Hugo dans un sourire insolent, le fils rejeté revient pour se porter au secours de ses parents indignes !

Il éclata de rire en forçant Branco à faire un pas en avant. Lentement, Van se redressa sans savoir quoi faire. A sa droite, la baie vitrée laissait passer la faible luminosité des nuages blancs atténuée par le double vitrage de la véranda, plongeant la scène qui se déroulait en ce moment dans une lumière pâle et froide, avec pour seul bruit sonore, les sanglots erratiques de la vieille femme toujours ligotée.

-          Pourquoi tout ça ? demanda Will avec haine. Où ça te mène de torturer nos propres parents ?!

-          Où ?! répliqua Hugo avec surprise. Mais vers la richesse ! Plus d’argent que ce que ces deux vioques n’en ont jamais eu !

-          Je me doutais que tu avais un rapport avec Chin mais …

-          Mais tu ne voyais pas lequel hein ? Triple idiot !! Tu ne comprends rien, Chin n’a pas lieu d’être sans moi ! Il en veut plus, beaucoup plus. Privatiser la poste ne lui suffit plus, il veut déployer son trafic de façon internationale, mais pour ça il a besoin de la griffe de notre cher père.

-          Oui. En s’associant tous les deux, Chin aura l’argent et le matériel nécessaire pour s’étendre. Mais père a refusé …

-          Ce vieux con n’a pas vu tout l’argent que ça pourrait rapporter, mais grâce à elle Chin s’est intéressé de près à moi et j’ai pu lui fournir ce dont il avait besoin, tous les renseignements qu’il lui fallait. Mais ce putain de vieux ne veut toujours pas signer les papiers et faire de Chin son associé !!

-          Et c’est pour ça que tu t’es cru obligé de les torturer !

-          Il a bien fallu que je trouve une solution. L’ennui c’est que ce vieux débris est moins résistant que ce que je croyais, et il est en train de passer l’arme à gauche. C’est embêtant.

-          T’es complètement fou … Ce sont nos parents !!

-          Oui, les mêmes qui t’ont mis à la porte sans argent et sans se soucier de toi. Pas une seule fois après ton départ ils n’ont prononcé ton nom, c’était comme s’ils t’avaient tout simplement rayé de leur vie. Pour eux tu n’existais plus. Et au début, j’ai tenté de leur faire entendre raison, et même de te retrouver pour tenter de te convaincre de revenir et de leur parler. Mais j’ai fini par abandonner lorsqu’elle m’a ouvert les yeux. Sans toi, tout l’argent de notre père allait me revenir ! Tu imagines ?! Une telle richesse, rien que pour moi ! Et elle, si tu la voyais … elle est belle, et intelligente … avec elle, je sens que je peux devenir encore plus riche ! Encore plus grand ! Elle a raison, elle a toujours raison, et même Chin a compris que s’il voulait gagner, il devait l’écouter. Elle le tient au creux de ses mains ! Si tu la voyais, tu comprendrais !

-          J’ai pas envie de comprendre ! T’es devenu dingue, complètement fou ! Toute la Cavalerie s’est alliée contre Chin, son royaume est sur le point de s’effondre et toi tu parles de devenir plus grand ?!

De nouveau, Hugo éclata de rire. Ivre de colère, Branco ne pouvait que rester immobile sous peine de prendre une balle dans le dos à bout portant. Debout face à lui, Will évitait de le regarder et ne quittait pas son frère jumeau du regard alors que Van, légèrement derrière lui, commençait sérieusement à craindre pour leur vie. Et le pire, c’est que chacun d’eux ignoraient quoi faire, sans mettre la vie de Branco en danger.

-          La Cavalerie ? reprit Hugo d’un air moqueur. Mais la Cavalerie n’existe plus, grâce à Marc on la fait exploser de l’intérieur.

-          N’en sois pas si sûr, renchérit Branco dans un grognement.

-          La ferme, toi !!

-          Il a raison, coupa vivement Will, on s’est tous regroupés et on a bien l’intention de venger tous les contacts et agents morts ces derniers jours.

-          Et Marc, je lui ai explosé la tête, reprit Branco d’une voix rauque.

-          Je t’ai dit de fermer ta gueule ! Ferme-la ! Et toi aussi !!

Brièvement, Hugo pointa son arme sur Will, avant de se souvenir qu’il en tenait un en respect, et enfonça de nouveau le canon de son automatique dans le dos de Branco. Celui-ci émit un bref grognement de douleur mais se garda bien de répliquer. Will se tut également. Hugo était en train de paniquer et de perdre le contrôle, et s’il était seul dans la maison, ils avaient une chance de renverser la situation si jamais il faisait un faux pas. Ce qui ne devrait plus tarder.

-          Pauvre connard, reprit Will d’un ton venimeux, dès que tu auras ce qu’ils veulent ils te tueront ! Dès que père aura signé les papiers et que Chin aura main mise sur le trafic, ils se débarrasseront de toi.

Hugo sembla reprendre brièvement contenance et sourit.

-          Non, elle m’aime, reprit-il, sûr de lui. Elle m’a promis qu’on partirait tous les deux une fois tout ça réglé ! On sera riche et …

-          C’est ce qu’elle t’a promis en échange de la signature ? le coupa Will dans un sourire moqueur. Mais t’es encore plus bête que ce que je croyais !

-          La ferme ! Je la connais ! Elle avait promis à Marc énormément d’argent s’il arrivait à retrouver ta trace et elle a tenu parole !

-          Ma trace ? Mais …

-          C’était un piège depuis le début, Marc devait vous réunir, toi et ce con !

Pour appuyer ses dires, Hugo enfonça davantage le canon de son arme sur la colonne vertébrale de Branco qui grogna de colère.

-          Comment ça ? demanda Will d’une voix blanche. C’est quoi ces conneries ?!

-          C’est lui qu’elle veut, pour une raison que j’ignore, répondit Hugo dans une grimace de dégoût, elle le veut lui pour se venger et toi pour te faire disparaître.

Léger silence. Hugo souriait de toutes ses dents. Avec délice, il poursuivit :

-          Tu dois mourir, grand frère adoré. Parce que si tu vis, je ne pourrais jamais hériter entièrement de toute la fortune tant que nos chers parents n’auront pas précisé sur leur testament que tu es déshérité. Et tu vois, le problème, c’est que s’ils signent ces papiers, puis te déshéritent en bonne et due forme avant de mourir accidentellement, je serais forcément soupçonné. Donc, tu dois d’abord mourir, CQFD.

Nouveau silence. Will et Branco se regardèrent enfin, chacun respirant bruyamment. Les poings serrés, Branco ignorait totalement quoi faire. C’était en train de leur échapper, Will allait mourir ici et lui allait être livré à une femme qui, apparemment, lui en voulait énormément. Le seul souci, c’est qu’il ignorait quoi. Et il y avait Van, totalement paralysé, les yeux révulsés de panique. Si Will devait mourir, alors lui aussi allait être tué, c’était l’évidence même.

Non, il n’allait pas laisser faire ça ! Will et Van se retrouvaient dans cette situation à cause de lui, uniquement parce qu’il n’avait pas été fichu de se débrouiller tout seul et de sauver sa petite sœur sans implorer leur aide, alors il n’allait pas rester les bras croisés et les regarder se faire tuer. Hugo venait enfin de sombrer dans le silence le plus total, savourant l’effet de ses paroles et sa force qui mettait à genoux les trois hommes devant lui. Il était le plus fort en ce moment, et c’était grisant.

-          Tu ne vas quand même pas tuer ton propre frère, Hugo ?! demanda Van d’une voix blanche.

Il avait l’air d’être sur le point de s’évanouir. Le sourire d’Hugo s’élargit, et le jeune homme abaissa inconsciemment son arme en répondant :

-          Je vais me gêner ! Je ne vais certainement pas laisser une putain de pédale se mettre entre moi et mon fric !

Le corps frissonnant de colère, Branco profita de la brève inattention de son ennemi pour faire volte-face et tenter de lui arracher son arme. Mais si Will était rapide, son jumeau était particulièrement véloce. Il évita la poigne puissante qui manqua se refermer sur son poignet et balança un direct du gauche dans l’estomac de Branco qui recula de quelques pas. Enfin, ils se firent face.

-          Te fous pas de mal gueule, salopard ! rugit Hugo. Bumar est en haut en train de chercher les papiers, il va descendre t’emmener à elle. Pendant ce temps-là, grand frère et moi on va tenter de rattraper les années qu’on a perdues !

Il rit de nouveau. Les sanglots de la mère des jumeaux ne s’étaient pas taris et avaient accompagné leur échange du début à la fin. Branco serra de nouveau les poings et retint un juron. Ils étaient en très mauvaise posture et si Hugo disait vrai, Bumar était dans la maison. Si ses souvenirs étaient bons, Bumar ne se déplaçait jamais sans homme.

Pour la première fois de sa vie, Branco resta paralysé par la terreur et la honte. Il se sentait inutile, et il n’y avait rien de pire pour lui que d’être impuissant.

***

Muahahahaha ! Les choses s’accélèrent ! Et oui, c’est bientôt la fin ! Je peux entendre vos cris de désespoir d’ici (on a le droit de rêver) ! Chapitre posté plus tôt car je pars en vacances dans un lieu où Internet n’existe pas. Et oui, on en trouve encore des endroits comme lol Que voulez-vous, la Bretagne, c’est un trou paumé :p

Danouch : MDRRR ! Ouais, je suis une morfale et alors ?! Quoique, j’ai rien pu avaler cette semaine à cause des exams. En parlant de droit, les arrêts, ça me manque pas ! Mais je viens de passer l’épreuve de droit dans ma nouvelle école, une grosse blague ! C’était que de la copie des documents postés en annexe ! Dire que je m’inquiétais, la fac a laissé des séquelles mdr ! Le droit pénal me manque un peu… Un tout petit peu… Les arrêts étaient vraiment sanglants, plus intéressants que 15 pages de droit constitutionnel ou de droit européen ! Muarf !

Bonnes vacances !

La suite au prochain épisode… Attention plus que deux chapitres, en comptant l’épilogue !

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15 avril 2012

Chapitre 24

01 

Will s’endormit, abruti de fatigue et de douleur, un peu comme tout à chacun dans cette maison. Branco s’assit à côté de Van pour le regarder dormir. Ce dernier soupira en rabattant la couette sous son menton. Il ne l’avait jamais vu dans un tel état. Le corps abîmé et l’esprit chamboulé. Il en perdait ses moyens à tel point qu’il se libérait par les larmes. Branco se sentait étrangement coupable. Depuis le début de cette mission, ils ne contrôlaient rien et le moindre faux pas leur valait des blessures plus profondes à chaque fois. S’il se reconnaissait assez bien dans cette méthode, Will était d’ordinaire plus ordonné, plus méticuleux et laissait rarement les choses au hasard. Le jeune homme avait certainement plus récolté de blessures qu’en vingt ans de !vie.

La respiration calme et régulière, Will semblait dormir paisiblement et récupérer des émotions violentes qui l’avaient traversé. Branco songea à Maria. Il n’arrivait pas pu se calmer et il n’avait pas hésité à s’en prendre à son coéquipier, simplement parce qu’il n’avait pas su maîtriser ses pulsions et ses caprices d’enfant. Will se retourna et enfonça sa tête dans l’oreiller qu’il serra de ses poings. Branco l’avait souvent vu adopter cette position en dormant. Imaginait-il prendre quelqu’un dans ses bras ? Il passa la main le long de son dos et Will frissonna. Il était toujours moins effrayant quand il dormait.

Sa réaction n’échappa pas à Van qui souleva légèrement son tee-shirt. Il retint un haut-le-cœur en voyant les zébrures vives lacérer son dos. Par certains côtés, Van était plus sensible que Will ; au début, c’est lui qui pleurait à sa place.

-          Comment pouvez-vous risquer votre vie pour de l’argent ? Marmonna-t-il entre ses dents.

-          Ne juge pas ce que tu connais pas, répliqua Branco.

-          Je n’ai pas dit que c’était simple. J’aimerais comprendre.

-          Je crois que tu connais Will mieux que moi.

-          Je sais mais… ça me dépasse…

-          Il se trouve que là, il était venu m’aider, lâcha Branco, honteusement. Enfin, on va régler cette affaire. 

-          Si c’est Hugo qui est à l’origine de tout ça, vous allez quitter l’organisation après ?

-          Et vivre des jours heureux ?

-          Ça va…

-          L’organisation part en sucette de toute façon, alors, oui, je pense que nous allons reprendre chacun notre petite vie, même si, pour Will, ça signifie une vie de galère.

-          Mh.

-          Tu devrais te coucher, demain, une grosse journée nous attend.

-           Et toi ?

-          Pareil : je vais pas tarder à rejoindre la belle au bois dormant.

-          Bonne nuit alors.

-          Bonne nuit.

Dès que Van disparut de son champ de vision, Branco se glissa dans le lit, tout contre la chaleur de son amant. Son excitation devenait trop intense et il avait dû fournir un énorme effort pour se contenir. Il prit Will dans ses bras et l’embrassa doucement pour toucher sa peau.

Ce dernier s’éveilla. Une lueur coquine brillait dans ses yeux.

-          Ne me dis pas que tu faisais semblant de dormir ? S’estomaqua Branco.

-          Je somnolais. J’ai bien aimé la réplique de « vivre des jours heureux », mima Will avec une bouche exagérément déformée.

-          Van va croire à un complot.

-           Je tiens toujours mes promesses.

L’érection de Will gonfla comme par magie contre celle de Branco. Les deux hommes partagèrent un baiser fougueux : des langues folles guidées par un esprit vicieux. Will caressait le dos large de son amant jusqu’à gratouiller sa nuque avant que Branco ne lui mordillât le lobe de l’oreille. Il rit avant de ronchonner mais Branco le plaqua sur le matelas en lui tenant les bras au-dessus de la tête pour lui mordiller le corps jusqu’à plus soif.

Will protesta et tenta de se dégager mais Branco avait plus de forces que lui, à ce moment-là, et n’eut aucun mal à l’immobiliser. Il lécha l’oreille en laissant plein de salive qui goutta sur le drap avant de la mordiller dans tous les sens, comme un chien qui joue avec son os. Will pencha la tête de côté pour sauver son oreille et Branco en profita pour l’embrasser longuement avant de descendre sur sa gorge. Il aspira sa peau entre ses lèvres et ses dents jouèrent avec la peau rouge de son amant. Will se tortilla sous le picotement mais Branco le désirait tout entier. Ses préliminaires n’étaient pas constitués de caresses mais de morsures. Un sauvage au plus profond de son âme. Même dans les moments de douceur, il ne savait pas contrôler l’animal qui dormait en lui. C’est cet animal qui le sortait peu à peu de sa torpeur.

Will finit par s’abandonner et demeura immobile tout du long en lâchant de petits gémissements. Après les coups de fouet, les morsures de Branco étaient deux fois plus sensibles, tout son corps était encore tendu. Bizarrement, ce n’était pas plus désagréable.

Branco lâcha Will quand il atteignit son orifice. Il prit d’abord son sexe en bouche tout en préparant sa cavité. Will se contracta de plaisir et attrapa les cheveux de Branco pour l’enfoncer plus loin, comme il n’hésitait pas à le faire avec lui-même. Ce qui était bien dans leur relation, c’est que rien n’était jamais défini, ils ne formaient pas un couple, mais savaient vivre à deux. Will fut vaguement traversé d’un doute quant à cette dernière affirmation mais la rangea dans un coin de sa tête.

Will éjacula, Branco avala et lécha de la semence sur les cuisses ouvertes de Will. Il s’attaqua ensuite à sa cavité en l’humidifiant le plus possible sans s’empêcher de mordiller la peau toute douce puis il pénétra un doigt. Will soupira et se crispa légèrement sous cette intrusion. Il n’était pas encore habitué. Un deuxième doigt suivit avant de passer aux choses sérieuses. Will sentit le sexe de Branco lui déchirer les entrailles avec douleur et délice à la fois. La respiration coupée, il tenta de calmer les battements frénétiques de son cœur.

Branco commença par des mouvements lents, incapable de rester en place mais sans pour autant déchirer son jeune compagnon. Will retint un gémissement de douleur, Branco chercha ses lèvres pour l’embrasser puis accéléra. Will avait le bassin en feu, il voulait aller plus loin, il réclamait plus, beaucoup plus que la douleur. Il se cambra et Branco poussa plus profondément. Will se sentit plein d’extase et Branco se montra plus vigoureux. Ils finirent par éjaculer dans une dernière contraction et ils s’effondrèrent.

Will avait un grand sourire et les yeux brouillés par la sueur.

-          ça va tout de suite mieux.

-          Personne ne résiste à mes charmes.

-          Je sais pas si ça suffira pour affronter mon frère, répliqua Will, à moitié amusé, à moitié inquiet.

-          T’inquiète, je vais en faire de la chair à pâtée.

Sans comprendre pourquoi, Will fut rassuré.

Quelque chose d’étrange animait leur relation. Quelque chose que Branco appelait de l’amour quand Will se basait sur une confiance qu’il accordait de plus en plus. Dans la pénombre et la délicatesse de la nuit, c’était plus facile de faire appel à ses sentiments. Quelque part, cette nuit-là avait été bien plus tendre que leur première fois où la douce sauvagerie de Branco l’avait amusé autant qu’elle l’avait exaspéré. C’était plus qu’une marque d’affection, ça avait la valeur d’un acte notarié et d’un contrat. Il ne pouvait pas nier qu’ils étaient liés intimement même si chacun avait sa propre vision des choses. Will sentait qu’il pourrait difficilement se passer de Branco mais il chérissait trop son indépendance pour risquer de briser à nouveau son cœur. Lové dans ses bras, Will respira à pleins poumons l’odeur de leurs ébats : un mélange de sel, de sueur et d’émotions. Il leva les yeux et s’aperçut que Branco s’était endormi sans même lui avoir souhaité une bonne nuit. Il l’embrassa une dernière fois avant de le rejoindre.

Le lendemain, Branco était déjà levé quand Will s’éveilla. Le soleil aussi. Il secoua la tête en songeant qu’ils étaient censés partir à l’aube. Ses amis avaient certainement dû le laisser dormir en voyant qu’il ne se réveillait pas. Il prit une douche en prenant soin de laisser l’eau couler sur ses plaies. Il grimaça et se lava doucement. Il devra malgré tout appliquer un bandage s’il ne voulait pas qu’elles s’infectent au contact de ses vêtements.

En sortant, sa peau douce et lavée lui était agréable. Il avait l’impression que ça faisait des jours qu’il ne s’était pas lavé. Même ses vêtements avaient été nettoyés et de la compresse était posée par-dessus. Il avait été transpercé d’une balle, pourchassé, enlevé et torturé, pour apprendre que son frère était surement à l’origine de tout ça. Il se gratta les cheveux et poussa un profond soupir. La fin n’était pas loin. Quand Van entra dans la chambre, il finissait de bander son dos. Il s’habilla et se laissa guider par son estomac jusque dans la cuisine. La table était jonchée de victuailles et Will dévora son petit-déjeuner avec un appétit d’ogre.

-          J’ai discuté avec Stéphane, avant qu’ils ne partent.

-          Ebahbisbelchosebfopgr ? Demanda Will, la bouche pleine en postillonnant.

Branco évita les projectiles en mettant sa main devant lui.

-          Nous allons d’abord nous rendre au lieu où tu as été séquestré.

-          Ah bon ? Pourquoi ? Tu penses que le type qui voulait m’acheter était un contact de Chin ?

-          Un type voulait t’acheter ? S’écrièrent Branco et Van.

-          Ah, je vous ai pas racontés ça ? Fit Will, innocent.

-          D’accord, je comprends mieux d’où viennent ces marques.

-          A la base, il voulait faire du chantage à mes parents, probablement que le type voulait devancer Hugo. Evidemment, ça n’a pas marché, il a appliqué l’option B.

-          Toujours est-il qu’on y apprendra peut-être des choses.

C’est ainsi que les trois comparses se retrouvèrent à la rue, condamnés à prendre le métro. Branco crut que Will allait commettre un attentat quand il lui rappela que sa voiture avait explosé. Il le vit prendre de grosses inspirations pour se calmer et garder le silence, pour éviter de péter un câble. S’il était lâché, il ne pourrait jamais s’arrêter. Branco savait que c’était plus qu’un caprice d’enfant, la voiture était la seule richesse qu’il possédait, mais Will avait appris depuis longtemps à ne pas être matérialiste.

Il garda le silence pendant tout le trajet. Plus qu’en colère, il était surtout préoccupé par la prochaine confrontation avec ses parents. Depuis combien de temps ne les avait-il pas vus ? Ils firent le tour précautionneusement de l’immeuble pour vérifier qu’il n’y avait pas de surveillance active, apparemment, les lieux étaient déserts. 

-          Une chose de base, en mission, c’est que les apparences sont toujours trompeuses, informa Will à Van. Il faut toujours rester sur ses gardes.

-          C’est pour ça que ta voiture a explosé ?

Will lui jeta un regard noir et Branco pouffa de rire. Ils prirent l’escalier plutôt que l’ascenseur. L’appartement avait été déserté, les possibles tâches de sang effacées, les caméras de surveillance retirées. Toute vie avait disparu. Ils eurent vite fait de faire le tour. Will évita le salon où il avait été pire qu’un lion en cage.

Ils se retrouvèrent dans l’entré, dépités.

-          R.A.S.

-          D’accord. Il y a une chose qu’on n’a pas vérifiée, remarqua Van.

-          Quoi ?

-          Les caméras de l’ascenseur. Aujourd’hui, de nombreux ascenseurs modernes en sont équipés, ils n’ont peut-être pas pensé à supprimer la bande.

-          Très bonne idée ! S’exclama Branco.

-          Le hic, c’est que je ne sais pas comment on peut se la procurer.

-          Laisse faire les pros…

Van se sentit beaucoup moins rassuré. L’immeuble était équipé d’un gardien. Après plusieurs refus, ce dernier se montra beaucoup plus coopératif en sentant le canon du révolver de Branco sous son menton.

-          Vous voyez, mon cher ami, c’est toujours eux qui nous obligent à utiliser la manière forte. A croire que la politesse ne fait pas partie de leur manière de vivre. Et ils se plaignent de la jeunesse… se lamenta Branco.

-          Tout à fait d’accord, mon cher compagnon, approuva Will. 

Van se demandait s’ils utilisaient ces sobriquets pour ne pas divulguer leurs prénoms ou s’ils faisaient exprès, probablement les deux. Le gardien leur désigna, dans un français approximatif, la salle de vidéo, et sortit les cassettes adéquates. Il ne pouvait pas faire semblant d’ignorer toute l’agitation qui a régné dans l’immeuble ces jours-ci.

Tandis que Branco tenait le gardien en respect pour ne pas qu’il prévienne la police, Will mettait en route les cassettes. La qualité était exemplaire et on voyait très bien les visages. Quelques heures après le sauvetage de Will, un escadron débarquait  pour tout nettoyer.

-          Attends, remonte plut tôt, conseilla Van, au moment où tu es séquestré.

Chargé du poids mort de Will, quand il était inconscient, les hommes avaient effectivement pris l’ascenseur. Ils visionnèrent ensuite la cassette en avance rapide jusqu’à ce que Branco les arrête.

-          Lui. Je le connais.

-          Qui est-ce ?

-          Tu le reconnais ? Voulut confirmer Branco.

-          Oui, c’est bien lui qui voulait m’acheter.

-          C’est Bumar.

-          Bumar ?!

-          C’est lui qui tient Maria. Il n’aurait pas raté l’occasion de te capturer.

-          Il a vraiment une dent contre toi.

-          On n’a plus qu’à interroger ton frère.

-          Ouais.

A nouveau dans le métro, Will avait, cette fois, la tête posée contre la vitre, les yeux fermés, en essayant d’oublier la suite des événements, en essayant d’oublier à qui il allait s’adresser, en essayant d’oublier que la dernière fois qu’il avait vu son père, il avait connu la plus mémorable raclée de sa vie. Branco et Van ne disaient pas un mot non plus. Le trajet fut trop court, ils étaient déjà dehors, foulant l’une des plus chics avenues de Paris, là où Will fréquentait l’un des quartiers les plus populaires.

Branco remarqua que Will tremblait et lui prit la main. Ce dernier sursauta tellement il était sur des charbons ardents mais ne le rejeta pas.

-          Allons manger quelque chose, suggéra-t-il.

-          Je ne crois pas que…

Branco se tut en voyant que Will était livide. La dernière fois qu’il l’avait vu aussi pâle, c’est quand il avait pris une balle dans le ventre. Ce n’était pas tant pour manger que penser à autre chose qui comptait. Will entra dans le premier restaurant qu’il trouva. Il ne voulait plus rester là dehors où il avait plus l’impression d’étouffer que dans son neuf mètres carrés. A peine le garçon leur eut-il proposé une table que Will se jeta sur les toilettes. Ne le voyant pas revenir, Branco le rejoignit pour l’entendre vomir et lâcher des cris gutturaux avant de se vider. Tout son corps le rejetait. La tête dans les cuvettes, les bras posés sur la lunette, Will croyait pouvoir se libérer entièrement de ses vieux démons trop facilement. Comme disait Branco, il ne pouvait pas affirmer qu’il était aujourd’hui sevré et qu’il allait mieux mais il avait su faire la part des choses en les oubliant pour vivre sa vie. En réalité, il ne pensait pas être aussi marqué, aujourd’hui encore.

-          Will, ouvre-moi ! Tambourina Branco.

Un dernier son guttural résonna avant que Will ne rouvrit la porte, l’air plus pitoyable que jamais, en tentant courageusement de sourire. Il essaya de se prendre en dérision pour limiter les dégâts mais plus aucun son ne sortit. Branco en eut presque peur. Il déroula plusieurs feuilles de papier pour s’essuyer les mains, les trempa sous l’eau et lui nettoya le visage. Le garçon se laissa faire, amorphe, vidé d’énergie. La belle ardeur qui l’animait ce matin avait disparu. N’eut été l’urgence de retrouver Maria, Branco aurait volontiers repoussé l’échéance, voire l’annuler totalement. Il devait le reconnaître, la sécurité de Maria, en ce moment-même, lui broyait plus sûrement les entrailles que la détresse de Will.

Le lieu dans lequel ils se trouvaient ne leur permettait pas d’échanger quelques gestes de réconfort et Branco le guida doucement mais fermement à leur table.

-          Laisse-moi cinq minutes.

Il lui adressa un regard étrange mais il savait que Will ne fuirait pas, d’autant qu’il n’y avait pas de fenêtre dans les toilettes. Le garçon était déjà en train de s’asperger le visage d’au fraîche tout en se nettoyant la bouche. Will s’assit dos au mur pour reprendre son souffle et se donner contenance. La tête en arrière, il chassa tous ces souvenirs. Décidément, il se montrait sous un jour bien peu convenable pour Branco. Il tombait dans les pommes au moindre évanouissement, se montrait lâche et la seule chose qui l’intéressait, c’était de baiser.

Il ne vit pas le temps passer et les cinq minutes se transformèrent en trente. Quand Van vint le chercher, il le trouva assoupi, la tête entre les genoux. L’absence d’affluence dans le restaurant lui avait donné le droit de jouissance des toilettes. Van lui tapota doucement les épaules et Will releva un regard un peu perdu.

Il saisit la main ferme que Van lui tendait pour le relever.

-          T’as changé, mon pote, appuya-t-il en lui donnant une bonne tape sur l’omoplate.

-          Ouais…

-          En bien ! Affirma Van.

-          Serait-ce une déclaration ? Riposta Will faiblement.

-          Ta connerie, en revanche, n’a pas changé, mais c’est bon signe.

Il se laissa guider par son ami jusqu’à leur table où une assiette remplie de frites accompagnées d’une bonne escalope de porc l’attendaient.

-          Mange, lui ordonna Van, tu ne sais pas quand la prochaine occasion se présentera.

Will approuva mais il n’avait pas besoin de se faire prier. Si la plupart des gens ne pouvaient pas mangé après avoir vomi ou s’ils étaient soucieux, son appétit se multipliait par deux. Il s’agissait de manger le plus possible pour éviter de penser.

Au fond de lui-même, il savait bien que ce jour arriverait. Il avait toujours su que ce n’était pas vraiment un hasard s’il avait été recruté par la Cavalerie. C’était le moment de vérité.

 

Enfin, la confrontation entre Will et ses parents ! Que va-t-il se passer ?! Maria est-elle toujours vivante ?

Danouch : ouais, c’est pas faux ! Mais Gabie a esquivé encore mieux que moi parce que ce chapitre c’est moi qui l’ai écrit ! La pauvre, je l’ai vaincue ! I am the winner ! MDR ! Donc vous avez eu droit à deux chapitres d’affilée en POV Will et les deux prochains, ce sera Branco.

Moi non plus, j’aime pas ce prénom Fanny mais j’allais pas donner un magnifique prénom à un perso secondaire quand même lol En tout cas, pas de chapitre explosif pour celui-ci mais le prochain. Là, on a encore droit à un lemon mais j’ai le malheur de vous annoncer que ce sera le dernier ! Hé hé ! tu peux me remercier, au moins, t’es prévenue.

Et oui, prochains chapitres : arc final de l’histoire ! tout va se jouer là. Maria, la famille de Will, le chien ! Qu’est-ce qui fous là encore, lui ?

Saya : oui, complètement. Van est le seul qui soit normal entre ces deux bourrins et il est un peu perdu. Je trouve ça mignon alors qu’en fait, c’est loin d’être un incapable mais c’est difficile de rivaliser ! J’aime pas non plus le frère de Will mais j’ai longtemps hésité à en faire quelqu’un de gentil ou pas, quelqu’un qui essaierait au final de se réconcilier avec lui. ça aurait donné tout un panel de possibilités mais non ! Muarf, Will a Branco, c’est le plus important !

Stephy : ah ça oui, ils vont retrouver Maria et Hugo mais dans quel état ?!

La suite au prochain épisode !

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09 avril 2012

Chapitre 23

 13

Will était complètement perdu. Branco avait véritablement pété un câble et ils avaient combattu l’un l’autre comme de véritables ennemis. Est-ce que Branco avait vu quelqu’un d’autre à travers lui ? Sa mère ? Son père ? Ou sa sœur ? « Je t’aime ». ça sonnait comme un regret, comme une culpabilité.

 Quand leurs sauveurs débarquèrent en fanfare, Will s’était retenu de ne pas leur envoyer une gifle dans la figure. Mais ce n’était pas le cas de Van. Il ne s’était pas gêné pour leur mettre un bon coup de pied dans le ventre. Pris de surprise, Stéphane se plia en deux. Will se contenta de le regarder de haut en se massant le cou. Stéphane fit mine de répliquer mais Will lui retint le bras d’un geste vif et son regard noir le dissuada de toute tentative. Stéphane remarqua alors que Branco était inconscient, que Will semblait essoufflé et que Van était visiblement très énervé. Apparemment, ils s’étaient bien entre-tués. 

Will souleva Branco avec l’aide de Van pour l’allonger dans le lit. Il apposa une nouvelle compresse, essaya de bloquer le bras pour ménager l’épaule au maximum puis rabattit la couette jusqu’à son menton. Il lui caressa les cheveux et décida finalement de rester à son chevet. Van sembla hésiter avant de prendre un tabouret et de s’asseoir à côté de son meilleur ami.

-          Tu l’aimes ?

-          Ça va pas, non ?!! D’où tu me sors ça, toi ?!

-          Bah, c’est la première fois que je te vois aussi attentionné avec quelqu’un d’autre que toi-même.

-          Très drôle. Il s’est occupé de moi quand j’en avais besoin, je lui rends la pareille.

-          C’est surtout que t’es en manque d’affection.

-          N’importe quoi.

-          Ce serait pas à cause de lui que tu t’es pris une balle par hasard ?

-          Mais non ! S’offusqua faussement Will. Qu’est-ce qui te fait croire ça, hein ?!

-          Ouais, ça veut tout dire… Explique-moi.

-          Quoi ? Y a rien à expliquer.

-          Arrête de me laisser derrière à chaque fois. Pour toi, c’est peut-être une façon de me protéger mais je ne suis pas un enfant. C’est à moi de décider.

Will regarda Van dans les yeux pendant un moment sans réussir à prendre une décision. Il vivait dans le secret depuis tellement longtemps que c’était devenu naturel pour lui. Mais à cause de lui, Van était impliqué dans leur histoire et le mieux était encore de lui fournir les clés pour la comprendre.

-          J’ai vu ton appartement, tu sais.

-          Ah… Merci, c’est gentil de respecter ma volonté, lâcha Will.

-          Et la mienne aussi. J’ai l’impression que le Will que je connais n’est qu’une façade et qu’en réalité, je ne connais rien de toi.

-          C’est pour ça que je te cache l’autre partie. Ce n’est pas très reluisant.

-          Ça fait plus de vingt ans qu’on se connait, Will. Je crois qu’on peut tout se dire.

Will soupira et porta son regard sur Branco dont les paupières étaient paisiblement fermées. Peut-être se reposait-il réellement. En cet instant, il voulait le prendre dans ses bras. La présence de Van l’incita seulement à lui serrer la main.

-          Je vais faire simple. Quand j’ai été mis à la porte par les parents, des types m’ont approché. Ils m’ont dit qu’ils faisaient partie d’une organisation qui traquait les flics corrompus et toute sorte de pourriture dans ce genre-là. Ils m’ont laissé le temps de réfléchir, je ne voyais pas ce que j’avais à y gagner mais le salaire était trop intéressant pour passer à côté. Ça me permettait de pratiquer le Vovinam à côté et d’aller en cours.

« Pour ma troisième mission, ils m’ont collé un équipier. La mission a été un désastre, j’ai pris une balle, la cible s’est enfuie et en plus de ça, j’ai hérité de Branco. Au fur et à mesure, nous avons découvert que tous les membres, ou presque, de l’organisation ont été tués. Nous nous sommes séparés pour plus de sécurité. J’ai réussi à sauver mon contact au moment même où Branco découvrait que c’était le sien qui nous vendait. Quand il a appris que sa sœur était kidnappée, il m’a appelé. Blessé, il ne pouvait pas aller bien loin. C’est quand nous nous rendions à sa dernière adresse que j’ai été enlevé.

-          Et ?

-          Quoi ? Tu veux savoir s’il y a bien eu des courses-poursuites en moto, des grenades, des maisons qui explosent ?

Le regard lourd de Van le fit sourire.

-          Bah, c’est bien possible…

-          T’es complètement inconscient.

-          T’as toujours été beaucoup plus intelligent que moi.

-          Moi, j’aurai pas intégré une organisation louche comme ça.

-          Ça, tu peux pas le savoir tant que tu n’as pas été dans la même situation que moi. Et je ne te le souhaite pas.

-          Que vient faire ton frère là-dedans ? S’enquit Van après avoir digéré ses dernières paroles.

-          Hugo ? Je ne sais pas trop. Tu sais bien que ça a toujours été Bisounours entre nous. Non, d’après Branco, je représente une menace pour lui. La cible est l’un des principaux actionnaires de la poste française et évidemment, une pourriture du plus haut niveau. Or, mes parents dirigent une entreprise d’import-export. Il veut certainement chercher une alliance et disposer ainsi d’un capital considérable. Aussi bien licite qu’illicite.

-          Mais comment aurait-il fait ?

-          Là, je pense que Hugo a un tour d’avance sur tout le monde. Il s’est servi de moi pour appâter la Cavalerie et l’infiltrer. Ça, c’était pour se débarrasser d’elle et contracter son alliance sans se soucier d’en être la cible. C’était surement sur son ordre que le contact de Branco nous décimait tour à tour. Le problème, c’est que personne ne connaissait mon adresse et Hugo n’était pas plus avancé. C’est pour ça qu’on m’a rapproché de Branco, mon anonymat n’en était plus un. Jusque-là, je frappais dans l’obscurité et je rentrais chez moi sans rien demander d’autre que mon salaire, versé sur un compte spécial. Personne ne pouvait me contacter, pas même toi.

-           C’est pour ça que tu ne voulais pas me révéler ton adresse ?

-          Quand tu as été chez moi, tu étais accompagné d’Hugo, n’est-ce pas ? Ça ne t’a pas traversé l’esprit qu’il manigançait quelque chose ? Ce n’est pas comme s’il pouvait s’inquiéter de mon sort.

-          Désolé, maintenant, il sait où t’habites.

-          Ce n’est pas grave, va. Je ne laisse rien au hasard et certainement pas de documents importants. S’il veut me tuer, il devra me faire face une nouvelle fois.

-          Que vas-tu faire maintenant ?

-          Maintenant ?

Will demeura silencieux un moment à tel point que Van se demanda s’il avait bien entendu sa question.

-          La priorité, c’est de retrouver la sœur de Branco. Le plus sage serait à nouveau de se séparer mais je crois que nous sommes plus forts à deux.

-          Ensuite ?

-          Ensuite… Et bien, je crois que je n’ai pas le choix : je vais devoir parler à mes parents.

-          Quoi ?

-          Ouais… ça va être joyeux… Marmonna Will, sombrement. J’en ai mal au cœur rien que d’y penser. J’ai vraiment mais alors vraiment pas du tout envie de les voir. Enfin, c’est pour ça que je vais prendre un peu de temps pour Branco afin de retrouver sa sœur, ça me permettra déjà de récupérer un peu de mes blessures.

-          A te voir, j’ai l’impression que ça ne te fait pas mal.

-          Ah, ah, j’ai l’habitude. Je cache la douleur, c’est tout. Sinon, ça ferait longtemps que je serai cloué au lit.

-          Qu’est-ce qu’il t’a fait ?

-          Arrête de poser des questions qui font mal. C’est pas que je ne veux rien te dire mais j’essaie de préserver le peu de dignité qu’il me reste.

-          Il t’a… forcé ?

-          Forcé ?  Non mais… Je n’étais pas dans une situation très honorable malgré tout.

A ce moment-là, Will fut appelé de la cuisine. Il se leva et laissa Van seul avec Branco sans se rendre compte de la gravité de la situation. Van jugea de la situation, pesa le pour et le contre en essayant de saisir toutes les conséquences de son entreprise, ce qui était pratiquement impossible.

-          Je sais que tu ne dors pas, déclara Van.

Branco ouvrit soudainement les yeux en grand comme dans un film d’horreur. Van en aurait presque reculé. Ames sensibles s’abstenir. Les yeux foncés de Branco le dardaient sans retenue. Des éclairs auraient pu le transpercer s’il en avait été doté.

-          Je vois vraiment pas ce que Will te trouve, grommela-t-il.

-          Moi, j’essaie de le comprendre.

-          Bah voyons. T’as pas hésité à amener son frère jusqu’à chez lui.

-          C’est pas toi qui as ramené ton contact dans sa piaule alors qu’il avait une balle dans le bide ?

Branco réfléchit, ce qui troubla Van.

-          Un point partout, concéda-t-il de mauvaise humeur.

-          On est quand même en train de se voler dans les plumes à cause d’un garçon, rigola Van.

-          Je vois pas ce qu’il y a de drôle.

-          Et moi, je vois pas ce que tu lui trouves, rit Van de plus belle. Will est un petit con prétentieux comme tant d’autres.

-          Tu ne le connais pas.

-          Oh si. Crois-moi. Maintenant, écoute-moi, si tu veux gagner son cœur. Je crois que tu as compris qu’il était complètement sauvage et fuyait dès qu’on parlait de sentiments.

-          Ouais, marmonna Branco qui n’aimait pas la tournure de la conversation.

-          Bon, ça veut dire qu’il ne faut pas lui en parler.

-          Merci Einstein pour ces conseils avisés. Je me sens beaucoup mieux.

-          Non, tu veux que je te dise pourquoi Will m’aime ?

-          Et maintenant, il remue le couteau dans la plaie.

-          Va falloir t’y faire, mon vieux. Bref, ce qu’il faut avec lui, c’est trouver un équilibre.

-          Un équilibre ? Répéta Branco, perdu.

-          Il ne faut pas que tu lui balances tes sentiments en plein dans la tronche sans lui laisser le choix. C’est pas évident à expliquer. Will et moi, ça fait longtemps qu’on se connait. On n’a jamais eu tellement besoin de mots. Mais, à le voir comment il te regarde, il éprouve une réelle affection pour toi même s’il la refoule plus ou moins consciemment. Et c’est la première fois que je le constate. Aussi dingue que ça puisse paraître, il s’agit de toi. Bon, okay, c’est comme ça mais…

-           Attends, j’ai buggué sur le mot équilibre.

-          Je crois que ce qui l’attire chez toi, c’est justement cette espèce de fougue complètement démesurée alors que lui-même est devenu extrêmement froid avec les gens depuis qu’il a été renié. Et son boulot ne lui a pas donné une grande confiance en l’avenir des hommes. Mais dès que ça le concerne lui, ça va pas.

-          Je comprends rien.

-          Rhàààà, t’es sourd ou t’es bouché ?!!

-          Mais c’est toi qui parles chinois, abruti !

-          Arrêtez de vous disputer ! Intervint Will à la seconde. Je m’absente trente secondes et vous êtes déjà en train de vous massacrer.

-          Nous ? S’exclamèrent-ils en chœur, dans une harmonie parfaite, avec un grand sourire.

-          De quoi vous parliez ? Demanda Will, tout à coup suspicieux.

-          De rien du tout, affirmèrent-ils.

-          Ouais… Bon, je vous préviens. Si la lampe traverse la vitre, ne comptez pas sur moi pour vous défendre, annonça-t-il avant de prendre quelque chose dans le tiroir.

Van et Branco retinrent leur respiration jusqu’à ce que le dos de Will disparaisse de leur vue et se regardèrent en se rendant compte de la situation avant d’exploser de rire.

-          Heureusement qu’il est aveugle !

-          Ça, je te le fais pas dire !

-          Bref, tu vois ce que je veux dire ?

-          Plus ou moins.

-          En gros, il faut que tu le laisses aller vers toi. Que tu te rendes de tes sentiments, c’est déjà pas mal mais ça va le faire fuir si tu le balances comme ça. Laisse-le s’habituer à toi. Hier soir, il t’a bien avoué que tu lui avais manqué, non ? Bah crois-moi, il sort pas cette phrase tous les quatre matins. Maintenant, ce n’est pas quelqu’un de fougueux comme toi, vous devez faire votre petit bout de chemin jusqu’à trouver l’équilibre. Jusqu’à ce qu’il se transpose complètement sur toi.

-          Tu crois que ça va marcher ?

-          Ça a bien marché pour moi, non ?

-          Oui, mais tu ne l’aimes pas.

-          Est-ce qu’il en souffre réellement ? Non, je crois que si je lui avais renvoyé ses sentiments, notre relation n’aurait pas tenu plus de quinze jours. Notre amitié est bien plus importante. Et elle a tenu malgré ses sentiments parce que c’est comme ça qu’on a trouvé notre équilibre. Sur ce, on va pas aller plus loin parce que faut pas pousser la comparaison non plus.

-          Attends, t’es en train de me dire que je vais attendre Will pendant quinze ans pour en profiter dix jours ?

-          Hum, y a un risque, sourit Van.

Branco fit la moue.

-          Je suis pas sûr d’adopter ton plan.

-          Mais non, si vous prenez vraiment votre temps, Will est quelqu’un qui attache beaucoup de valeur à l’amour et à l’amitié, c’est pour ça qu’il n’en a pas beaucoup. Mais il faut aussi s’adapter à lui, ce n’est pas parce que tu es amoureux que lui doit tout de suite répondre à tes attentes. Le problème, de nos jours, c’est qu’on va trop vite en amour. Plus personne ne prend le temps de connaître vraiment la personne et c’est comme ça que des mariages durent quinze jours.

-          Ouais, j’sais pas si les conseils d’un gamin de 25 ans sont si sages que ça.

-          T’appelles bien Will quand t’es dans la panade, non ?! Ben, moi, je suis un expert en Will.  

-          Attends, depuis tout à l’heure, tu dis que je ne dois pas balancer mes sentiments en pleine tronche. Ça veut dire quoi ?

-          Bah, tu te souviens pas ? Le coup était trop fort ?

-          Quoi ?

-          Tu te souviens du moment où tu étais en train de l’étrangler ?

-          Oui, vaguement…

-          Et bah, à ce moment-là, tu n’as rien trouvé de mieux à lui annoncer que tu l’aimais. C’est aussi pour ça que je t’ai assommé. Ne jamais lui dire ça ! Jamais. Remarque, c’était assez original comme déclaration.

-          Pourquoi ?

-          C’est ce que je veux dire en parlant d’équilibre. Ses parents, tu connais l’histoire ? Bah voilà, tout vient de là.

-          Mais t’es en train de me dire que je lui ai avoué mes sentiments ?

-          Ouais, royalement, même.

-          Oh, misère…

-          T’inquiète, je suis pas sûr que Will l’ait vraiment entendu.

-          Je sais pas ce qu’il y a de pire.

-          Pire à propos de quoi ? Intervint à nouveau Will.

-          Rien du tout, reprirent-ils.

-          Vous êtes vraiment pas crédibles, les mecs.

-          C’est prêt, la bouffe ? Réclama Van, pour changer de sujet.

-          Ouais, dans la cuisine.

Il se leva et partit devant en faisant un clin d’œil à Branco. Ce dernier n’était pas sûr de l’apprécier mais il croisa d’un coup le regard de Will et perdit tous ses moyens.

-          Tu te sens mieux ?

-          Oui, désolé pour tout à l’heure.

-          Tu m’as fait vraiment peur, tu sais. On aurait dit qu’il y avait autre chose.

« Il n’y avait que toi » Songea Branco en attirant la nuque de Will pour embrasser ses lèvres. Will chercha sa langue et ils échangèrent un baiser tendre et fougueux à la fois. Avait-il réellement avoué ses sentiments à Will ? Avaient-ils été entendus ?

Will se mit à califourchon sur lui et prolongea le baiser tout en frottant leurs deux bassins l’un contre l’autre, signe de leurs prochains ébats.

-          Viens manger un morceau, ça te requinquera.

-          Et toi, tu te sens mieux ?

-          Oui, ne t’inquiète pas.

Ce qui n’était pas complètement vrai, évidemment.

En passant à table, chacun fit les présentations, de quoi s’appeler par son prénom et savoir qui était mineur ou majeur. Will et Van étaient les plus jeunes mais la conductrice, Fanny les talonnait de près à vingt-six ans. Branco était le plus âgé, derrière Stéphane qui avait vingt-neuf ans. Ils expliquèrent la situation mais Will avait du mal à suivre. Il se sentait soudainement pris de vertiges et avait du mal à rester debout. Il se repliait sur lui-même au moment où il sentit une main se poser sur sa cuisse. Il releva la tête et croisa le regard de Branco. Ce dernier eut le bon sens de ne pas lui demander comment il allait devant tout le monde et laissa simplement sur sa cuisse que Will resserra tout en sentant que, malgré ses efforts, il se sentait partir à la dérive.

Branco n’eut aucun mal à le retenir tandis qu’il s’évanouissait pour ne pas qu’il tombe par terre. Branco et Van s’agitèrent, Will fut transporté sur le lit et allongé sur le ventre. Van releva son tee-shirt et put apercevoir les zébrures qui lui marquaient le dos. Il porta la main à sa bouche en constatant par ailleurs les multiples hématomes qui couvraient son corps. Ils n’étaient pas vieux. L’été dernier, quand ils étaient allés à la piscine, il n’y avait pas tout ça. Van le couva du regard. Il appliqua de l’alcool, ce qui réveilla complètement Will pour nettoyer ses plaies et appliquer une large compresse sur son dos afin d’éviter les infections. Branco assista à toute la scène. Il savait Will amoureux de Van mais c’était au-delà de ça. Tout deux savaient vivre parfaitement en harmonie et Will acceptait tout de Van, là où il mettait certaines restrictions avec Branco.

Il voulut s’éloigner pour les laisser mais Will le retint par la main.

-          Reste. Restez tous les deux. Il faut qu’on discute.

-          Plus tard, tu as besoin de repos.

-          Tout le monde a besoin de repos. Ta sœur aussi, tu l’as oublié ? 

-          Non, bien sûr que non, mais tu n’as pas…

-          Rien du tout.

-          N’avisez pas de me laisser en dehors de tout ça, annonça Van avant toute chose.

Will questionna Branco du regard qui finit par hausser les épaules.

-          A vrai dire, je voulais te le proposer. Mais tu risques de te retrouver comme moi ou Branco. 

Van hocha la tête. 

-          Tu es sûr que c’est une bonne idée d’aller voir tes parents ? S’inquiéta Branco.

-          Une bonne idée ? Bien sûr que non. Mais je ne vois pas quoi faire d’autre. Je peux peut-être obtenir des infos sur mon frère. Après avoir récupéré Maria, il ne nous restera plus qu’à le traquer. Reste à décider de l’approche. Mais je pensais que Van pouvait m’aider.

-          Moi ? Pourquoi ?

-          Parce que tu les connais aussi. Ça peut aider.

-          Je peux aussi aller les voir à ta place.

-          Aussi. Mais il y aura peut-être des détails qui t’échapperont. Je ne dis pas que tu es incapable mais tu ne connais pas tous les tenants de cette histoire.

-          Tu sais, je crois que nous pouvons atteindre Maria en passant par ton frère, émit Branco.

-          Mais ça prendra du temps.

-          Comme si nous savions où chercher, dit-il tristement.

-          Alors autant y aller maintenant.

-          Non, nous avons tous besoin de repos, déclara Branco d’un ton qui n’admettait aucune contestation. Nous partirons demain matin, à l’aube.

-          Et que faisons-nous de Stéphane et Fanny ? Questionna Van.

-          Aucune confiance, annoncèrent Will et Branco ensemble.

-          D’accord, c’était juste pour savoir.

-          De toute façon, nous avons chacun nos objectifs. Ils nous ont sauvés, nous avons une dette envers eux mais nous ne sommes pas liés à la vie à la mort.

-          Cela dit, je vais tout de même parler un peu avec eux, les informa Branco.

Les deux amis hochèrent la tête et Will s’enfonça dans le lit. Il croisa son regard une dernière fois, Branco regardait Van, encore. Will haussa les sourcils et sembla comprendre.

« Je t’aime ».

Il ne savait même pas quand sa mère le lui avait exprimé la dernière fois. La dernière fois où ses bras tellement doux l’enserraient pour le réconforter ou simplement partager un moment de tendresse. La dernière fois que son père lui avait envoyé une bourrade dans l’estomac pour plaisanter avec lui. La dernière fois qu’il avait partagé un repas avec eux. La dernière fois qu’il avait grignoté dans le frigo familial. La dernière fois que Van était venu dans sa chambre.

La dernière fois, on ne sait jamais que c’est la bonne avant qu’elle ne survienne à jamais. On ne se rend jamais compte à quel point ces moments sont importants avant de les perdre définitivement. Will se surprit à lâcher une larme. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas pleuré à cause d’eux. A vrai dire, il ne se souvenait même pas avoir pleuré du tout. Il avait tout de suite fermé la porte de ses sentiments et construit une véritable carapace. C’était sûrement la fatigue.

Il sentit des bras l’enlacer et releva la tête, honteux. Van le consolait tendrement et Will se plongea dans ses bras en s’interdisant même une seule larme. Ce n’était pas le moment. Il devait traquer son frère.

Van s’inquiéta plus que Will. Comme pour le confirmer, c’était la première fois qu’il le voyait pleurer. Branco arriva à ce moment-là et fit face au spectacle. Une vague de jalousie le prit à la gorge mais quand il vit les épaules de Will tressauter, il comprit que le moment était plus grave. Will n’aurait pas voulu qu’il le vît en train de pleurer. Van l’aperçut mais ne dit rien. Si Branco ne comprenait pas à quel point Will tenait à lui alors qu’il en pleurait, c’est qu’il ne voyait pas le genre de personne qu’il était réellement.

***

Muahahaha ! La pauvre Gabie, je lui en fait voir des vertes et des pas mures avec celui-là ! Je lui ai tout cassé son rythme ! Elle voulait que Will et Branco se défoncent et croyait me mettre dans la panade avec sa déclaration d’amour… Et bah j’ai fui !!! Niark ! Je trouve toujours un moyen de m’en sortir ! Vous avez pas été les seules à vous retrouver sur le cul, moi la première ! Fallait gérer après ça ! D’accord, j’ai mis une semaine avant de me lancer mais au final, j’aime bien l’idée que Van et Branco discutent de Will dans son dos J Quant à Will, et bé, au final, on ne sait toujours pas trop ce qu’il en pense :p

Saya : Je suis contente de te revoir ici ! ça fait un moment dis donc ! C’est bien si tu te remets à écrire ! Ces trucs-là, ça ne reste jamais loin bien longtemps, hein ?! Merci pour tous tes com ! c’est vrai que nos chapitres sont un peu plus long (en moyenne 7 pages) mais 5 pages, c’est déjà bien aussi ! C’est parce qu’on n’arrive plus à s’arrêter ! ce qui est intéressant, avec Branco, c’est qu’au final, il est beaucoup plus imprévisible que Will même si,dans l’idée, c’est toujours de taper sur tout le monde lol

Danouch : Ouais, je voulais dire cocktail Molotov mais l’idée était là lol Je me suis pas relue ! Comme quoi, tu vois ce qu’on est amené à écrire comme énormité si on se relit pas ?! MDR Dis donc, toi aussi, tu m’as cassé le rythme ! T’avais pas publié la dernière fois que j’ai posté mon chapitre mais là, j’en ai quatre de retard ! Muahahaha ! C’est trop bien, tout ça à lire d’un coup ! Bon, pas ce soir, l’est tard (je devais déjà être couchée) ! Mais t’inquiètes, viendra le jour où tu me donneras un cours particulier sur les armes à feu ! Et moi sur les fautes d’orthographes ! MDR beaucoup moins reluisant ! Gabie se proposait déjà de me donner un couteau pour prendre le train, je vais devenir une terroriste ! J’ai des amies bizarres…

La suite au prochain épisode ! Bisous !

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01 avril 2012

Togainu_no_Chi

 

Il n’avait plus dormi ainsi depuis plusieurs jours – depuis qu’il avait appris pour Maria – et il se retourna sur le matelas dans un grognement. Sa main tâtonna à la recherche d’une présence, mais il ne trouva que du vide. Hébété, Branco ouvrit les yeux et battit des paupières pour tenter de percer l’obscurité. Mais non, rien à faire, il était bel et bien plongé dans le noir. Insistant, il caressa le drap à ses côtés, mais Will semblait avoir quitté le lit depuis quelques heures à en juger par la tiédeur fuyante sur son coussin. Quelle heure était-il, et combien de temps avait-il dormi ?!

Dans un nouveau grognement, Branco se redressa. Aussitôt, son épaule cria de protestation ainsi que sa cuisse, maltraitée lors de l’accident de la fourgonnette. Il malaxa ses diverses blessures plusieurs minutes afin de les réveiller et de les préparer à la journée à venir, puis se pencha à la recherche de son pantalon, qu’il se souvenait parfaitement avoir laissé glisser au sol. Après l’avoir enfilé, il se leva, les mains devant lui dans la pénombre. Pourquoi diable n’y avait-il aucune lumière ? D’après les bruits de voitures, de klaxon et de vie qui lui venait depuis la rue, la journée était levée mais le soleil ne semblait pas filtrer les épais volets. Son genou buta sur un meuble et il étouffa un cri puis poussa un juron dans un murmure. A moins que Will ait voulu lui faire une blague stupide et l’ait plongé dans le noir.

Bientôt, sa main rencontra un mur. Puis il s’étonna que Will soit déjà levé. Lorsqu’il avait vu son état de la veille, il n’en revenait pas de le voir tenir debout, même s’il savait pertinemment que ce satané gosse possédait des ressources pratiquement inépuisables. Malgré lui, Branco était bien forcé d’admettre que le retrouver lui avait fait un bien fou, il avait même outrepassé ses propres blessures et les siennes pour des retrouvailles en bonnes et dues formes. Malheureusement, il n’arrivait pas pleinement à se réjouir, du fait de la situation. Qui étaient ces hommes qui leur était venus en aide ? Après la trahison de Marc, Branco ne se sentait plus de faire confiance à qui que se soit.

Il ouvrit la porte. Aussitôt, un rai de lumière aveuglante l’assaillit et il cligna des paupières le temps de s’habituer à la soudaine clarté. Puis il regarda autour de lui, surpris. L’appartement était grand, lumineux et confortablement meublé. Une table pouvant accueillir six personnes, un canapé, un fauteuil, une télévision grand écran, deux portes – dont l’une était très certainement la sortie – en face de lui, sur sa droite une immense fenêtre donnant sur un petit balcon, et sur sa gauche, une porte entrouverte, d’où une bonne odeur de café et des voix s’échappaient. Très certainement la cuisine.

Derechef, Branco s’y dirigea, étouffant un bâillement et dressa l’oreille. Il reconnut la voix, enrouée mais énergique de Will et celle, plus basse et inquiète, de Van. Les deux amis semblaient plongés dans une grande discussion. En repensant à l’amitié qui liait ces deux garçons, Branco ressentit un léger pincement au cœur, mais n’eut pas le temps de s’y attarder, car il entendit son propre nom, prononcé par la voix quelque peu blasée de Will. Discret comme un chat, il s’approcha à pas feutré, jeta un regard noir à l’intérieur et écouta.

-          Nan ! Je croyais que c’était un surnom moi ! C’est son vrai nom ? demanda Van avec un léger amusement.

-          Apparemment, répliqua Will sur le même ton, ça doit être espagnol vu qu’il est né là-bas.

-          N’importe quoi, c’est le genre de prénom inventé de toute pièce ça … j’suis sûr que ça existe même pas en vrai.

-          J’sais pas. Faudrait regarder dans l’Officiel des Prénoms.

Les deux amis s’esclaffèrent. De son côté, Branco était sur le point de défoncer la porte et de leur mettre des baffes à tous les deux. Un léger silence s’installa avant que Van reprenne :

-          Et vous vous êtes rencontrés comment ?

-          Trop long à expliquer.

La réponse de Will avait fusé, tranchante et rapide, comme si le jeune homme s’y était préparé à l’avance et avait longtemps ruminé la possibilité que le sujet soit abordé. Van poussa un gros soupir à la fois frustré et énervé.

-          J’en ai marre ! lança-t-il vivement. Toutes ces cachoteries, ça commence à me courir sérieux ! Tu vois où ils te mènent tout tes secrets ? J’ai faillis me faire flinguer par ton frère, merde ! Ça t’écorcherait la gueule de me dire la vérité pour une fois ?!

-          Bon, si t’insiste. Il s’est pointé devant moi sur sa moto, une nuit – je sortais d’une fête en l’honneur du père de Yohann d’ailleurs – il m’a dit « monte », j’suis monté, et voilà. Fin de l’histoire.

Court silence. La colère de Branco avait laissé place à un amusement des plus curieux.

-          Et c’est tout ? demanda Van, apparemment déçu.

-          Bah oui, acquiesça Will dans un pouffement de rire. Quoi, tu t’attendais à une course-poursuite en moto, des grenades et une maison qui explose ?

Il éclata d’un rire moqueur et conclut en disant :

-          Laisse-moi rire.

Caché derrière sa porte, Branco sourit d’un air nostalgique. Course-poursuite en moto, grenade et maison qui explose … c’était l’époque où ils ignoraient encore ce que cette histoire allait leur réserver.

-          Nan mais enfin, marmonna Van, honteux. Je m’attendais à quelque chose de plus … tu sais, quand on s’est rencontré, il m’a braqué son flingue sous le nez, ce con !

Wil rit de nouveau, et répliqua :

-          C’est marrant, ça ne m’étonne pas de lui.

Un nouveau silence s’installa entre les deux amis. Branco fronça les sourcils. C’était un silence différent du précédent. Légèrement tendu. Comme si l’un des deux, Van ou Will, désirait dire quelque chose, mais ne s’y décidait pas. Finalement, Branco tendit la main, s’apprêtant à franchir la porte, lorsque Will reprit :

-          Allez vas-y, dis-le. Quand t’évites mon regard comme ça c’est que t’as un truc à dire.

-          Je vous ais entendus hier soir, marmonna Van d’un air bougon. Si j’avais su, je ne t’aurais pas laissé tout seul avec lui dans cette chambre !

-          Ah ? On est jaloux ?

Will semblait beaucoup s’amuser. Branco un peu moins. Quant à Van, il avait l’air tout simplement excédé.

-          Arrête, merde ! T’as vu ton état ? Et cet animal se jette sur toi en deux secondes ! J’étais à peine arrivé dans l’autre chambre que je t’entendais déjà …

Léger suspend dans sa voix.

-          Tu m’entendais déjà quoi ? le poussa Will d’une voix amusée.

Van ne répliqua pas, mais la tension n’était toujours pas redescendue. Finalement, Will reprit, plus sérieusement :

-          C’est moi qui ais dis que je voulais coucher avec lui, il ne voulait pas au début.

-          Ouais bah, il n’a pas hésité longtemps !

-          Arrête …

-          Nan. J’l’aime pas, c’est tout.

-          Rôôôo mon p’tit Vanou ! minauda Will dans un rire. Sois pas jaloux ! Tu sais très bien que c’est toi que j’aime !

-          T’es con, pouffa Van, toute colère envolée.

Mais celle de Branco venait tout juste de se réveiller. C’était ça, qu’il avait remarqué la veille. Will était amoureux de Van, cela crevait les yeux, même les siens. Et il était jaloux. Bien sûr, il ne s’attendait pas à ce que Will soit tout à coup tombé amoureux de lui, ça n’était absolument pas son genre, mais il espérait tout de même un certain attachement sentimental en dehors du sexe. Hors, apparemment, ça n’était pas le cas.

Honteux d’éprouver des sentiments à sens unique, Branco franchit la porte, droit comme un I, le visage fermé. Il serrait les poings par saccade et darda malgré lui, sur Van, un regard plus noir que la nuit. En le voyant entrer, les lèvres de Will s’étirèrent en un sourire de bienvenue, qui s’effaça très vite lorsqu’il vit son expression. Quant à Van, il se redressa dans sa chaise et le regarda approcher comme un lion regarde approcher un autre lion. Will tenta tout de même de détendre l’atmosphère en lançant :

-          Enfin réveillée, la Belle au Bois Dormant ?

-          Ouais, grogna Branco en guise de réponse, et ça c’est grâce à votre discrétion.

-          Désolé, marmonna Van sans trop de sincérité.

-          Ça va, hein, répliqua Will dans un froncement de sourcil, t’as ronflé, figure-toi, j’ai à peine fermé l’œil.

De nouveau, Branco grogna. La cafetière semblait pleine. Il s’en empara et se versa une bonne rasade de café dans une tasse avant d’en avaler plusieurs gorgées. Son épaule criait de douleur mais il ne la sentait pas. Pour le moment, sa jalousie était la plus forte. Il avait purement et simplement envie de mettre Van dehors à coup de pied dans le derrière et de demander clairement à Will ce qu’il voulait ! En tout cas lui, il savait ce qu’il voulait : une véritable relation. Pas seulement du sexe, mais autre chose.

Evidemment, le sexe avec Will était très bien. Plus que très bien même. Mais il voulait plus maintenant. Plus de sentiments. Plus d’amour, peut-être … Révolté contre lui-même et contre tous ces sentiments qui lui donnaient sincèrement envie de vomir, Branco jeta le contenu de la tasse dans l’évier en s’écriant :

-          Il est dégueulasse, ce café ! C’est quoi cette merde ?!

-          Oh relax ! répliqua Will en se levant. Qu’est-ce qui te prend maintenant ?

-          J’ai mal ! explosa Branco dans un accès d’égoïsme purement infantile avant de pointer Van du doigt tout en fixant Will. Et puis qu’est-ce qu’il fait encore là lui ? On n’a plus besoin de lui ! On n’a jamais eu besoin de lui, d’ailleurs !

-          Tu vas te calmer !

-          Ça ne me plait pas plus qu’à toi de me retrouver coincé ici, lança Van en se redressant à son tour, mais j’ai pas trop le choix alors il va falloir faire avec !

Il y eut un silence étrange. Will était près à réagir en conséquence si jamais Branco avait comme dans l’idée de se jeter sur Van pour l’égorger, alors que Branco tentait d’annihiler les paroles que Van venait de prononcer.

-          Comment ça coincé ici ? demanda-t-il d’une voix blanche.

Heureux de passer à autre chose, Will se hâta de répondre, sans réfléchir davantage :

-          La porte est blindée et verrouillée, et c’est pareil pour les fenêtres, ils nous ont enfe …

Il se figea avant d’avoir terminé sa phrase, prenant enfin conscience de son erreur. Mais trop tard. Sans même attendre qu’il ait fini de parler, Branco se rua hors de la cuisine, ne portant en tout et pour tout qu’un jean de deux jours, et se jeta littéralement sur la porte d’entrée. Il tenta de l’ouvrir en usant de toute sa force, mais rien ne se passa. Dans un cri de rage, Branco se jeta dessus, épaule la première, rouvrant sa blessure, avant de tenter de la faire céder à grands coups de pieds.

-          Il est malade ! s’exclama Van, les yeux écarquillés.

Will acquiesça, étrangement muet devant la scène qui se jouait devant lui. Branco, usé et blessé, tentait par n’importe quel moyen de faire céder cette porte. Toute la rage se lisait dans chacun de ses mouvements et dans ses yeux d’un noir luisant.

Dans un nouveau cri de rage, Branco tira de toutes ses forces. Il avait été enfermé ici par je ne sais qui, alors que sa sœur était en danger à l’extérieur ! C’était une blague ?! Bien, si la porte refusait de bouger, il ne lui restait plus qu’à tenter la fenêtre. Il se retourna, avisa Will et Van, debout devant la cuisine qui le regardaient à la fois éberlués et inquiets, mais s’en désintéressa vite avant de se tourner vers la fenêtre.

Avisant son regard – et connaissant le personnage – Will tenta d’anticiper son geste en déclarant :

-          Ici aussi on a essayé.

Mais Branco ne l’écoutait plus. En fait, il n’écoutait plus que sa peur et sa colère. Maria était peut-être déjà morte, et lui était coincé ici ! Il actionna la poignée de la grande fenêtre, tira, poussa, cogna, mais elle ne bougea pas davantage. Van semblait de plus en plus effrayé à l’idée de partager un appartement avec un dérangé pareil, alors que Will poussait un soupir à la fois énervé et ennuyé. Il avait besoin de récupérer au moins une journée après ce qu’il lui était arrivé, et voilà qu’il se retrouvait enfermé avec un Branco à fleur de peau ! Comme retraite, il y avait mieux. Mais il avait appris à faire avec.

Branco se sentait devenir de plus en plus fou à mesure qu’il réalisait qu’il venait d’être enfermé par des gens dont il ignorait tout, dans un appartement qu’il ne connaissait pas, et avec un type – Van, en l’occurrence – qu’il avait toutes les peines du monde à supporter. En réalité, légèrement claustrophobe, cette idée commençait un tantinet à lui faire peur.

Il s’appuya sur la vitre, la fixa, regarda les jointures, la tâta inutilement, puis se retourna en ignorant superbement ses deux spectateurs et évalua les meubles qu’il avait à sa disposition. D’après ce qu’il en savait, il ne s’agissait pas de double vitrage. Il empoigna une chaise en bois, assez lourde, et la souleva dans un grognement d’effort, appuyé d’une grimace de douleur.

-          Il ne va quand même pas ! s’exclama Van en reculant, les yeux écarquillés.

-          Nan ! s’écria Will en s’élançant en avant. Repose cette chaise ! Branco !

Mais ce dernier n’entendait absolument rien. Rien d’autre que sa peur et sa colère. C’était une peur idiote. C’était une peur de petit garçon, enfouie là, très profondément dans son subconscient. Une peur qui avait été fixée ici par son père, qui avait prit l’habitude de l’enfermer dans des placards exigus et fermés à clef, pour le punir. C’était une peur vicieuse et subtile. Même avec cette lumière, même avec ces deux hommes avec lui, Branco se sentait privé de sa liberté de mouvement et de choix, enfermé là, par des gens qu’il ne connaissait pas. Alors que sa petite sœur était à l’extérieur, et qu’elle avait besoin de lui.

Will ne fut pas sur lui assez rapidement. La chaise percuta la fenêtre qui se brisa dans un grand bruit d’éclat de verre. Will se protégea le visage des bras pour éviter de recevoir des débris alors que Branco se précipitait dehors. Le verre entailla ses chaussettes mais laissa ses pieds intacts. Le vent froid de l’hiver agressa la peau nue de son visage et de son torse mais il l’ignora. Car là, devant lui, s’étendait Paris. Il baissa les yeux et réalisa qu’ils se trouvaient au moins au seizième étage d’un immense immeuble d’habitation. Accroché aux barreaux glacés du petit balcon, Branco sentait son cœur battre à une vitesse folle. Il prit une grande goulée d’air et souffla, sa peur se distillant dans l’atmosphère glaciale de cette journée blanche.

Derrière lui, Will croisa les bras et le fixa intensément, ses yeux bleus lançant des éclairs. Non loin, Van semblait avoir buggué, la bouche grande ouverte et le visage figé dans une pure expression d’hébètement.

-          Tu t’attendais à quoi ? lança Will d’une voix dure. A un ascenseur de verre, comme dans Charlie et la Chocolaterie ?

Les oreilles bourdonnantes, Branco ne l’entendit pas prononcer ses mots. Il ferma les yeux, pris d’un vertige soudain, et prit une seconde inspiration de fraicheur. Il avait eu peur. Extrêmement peur. Mais il n’allait pas demander à Will de comprendre ce genre de peur débile. La peur d’un enfant. Il respira lentement, profondément, appréciant chaque nouvelle goulée d’air qui venait glacer ses poumons dans son corps brûlant, et attendit que son cœur reprenne un rythme un tant soit peu normal.

Lorsqu’il eut retrouvé ses esprits, il sentit une bouffée de honte l’envahir. Il se détourna du panorama et retourna à l’intérieur, marchant précautionneusement parmi les éclats de verre, tout en évitant le regard des deux hommes. Van s’éloigna de lui alors qu’il pénétrait dans la cuisine. Will le suivit du regard, perdu dans ses réflexions, avant de darder sur son meilleur ami, ses yeux d’un bleu limpide. Il afficha une expression désolée et haussa les épaules l’air de dire : que veux-tu, je ne peux pas non plus l’empêcher de faire toutes les bêtises qu’il a en tête !

-          Et c’est avec ce taré que tu couches ? s’exclama Van, éberlué.

-          Nan mais, il a des bons côtés parfois …

Au même moment, leur parvint depuis la cuisine un bruit de couverts heurtant le sol, suivis d’un :

-          Putain, fais chier !

Et Will termina en ajoutant :

-          … enfin, surtout en dessous de la ceinture.

Van grimaça d’un air dégoûté.

-          Si tu pouvais m’éviter ce genre de réflexion, ça m’aiderait à tenir le coup, l’implora-t-il.

Will sourit, et Branco fit de nouveau entendre sa voix :

-          Et comment il marche aussi, ce grille-pain de merde !

Pouffant de rire, résigné, Will secoua la tête de droite à gauche et se rendit dans la cuisine. Prudent, Van le suivit, mais s’arrêta au seuil, hésitant à entrer. Il n’avait pas vraiment envie de subir le même sort que la fenêtre.

Branco balança sa nouvelle victime – le grille-pain, donc – contre le mur du plan de travail. En réalité, il n’avait absolument pas envie d’un petit déjeuner, mais il ignorait quoi faire d’autre pour s’occuper. De toute évidence, il ne pouvait pas sortir de cet appartement, et devait simplement attendre que ceux qui les avait conduit ici revienne pour leur éclater la tête. Ensuite, il saurait quoi faire. Mais pour le moment, mieux valait pour lui trouver une occupation, sans cela il s’en prendrait aux deux pauvres victimes vivantes les plus proches de lui : Will et son meilleur ami. Alors, quitte à choisir, il préférait encore s’attaquer au grille-pain.

Il sentit Will s’arrêter à ses côtés mais fit mine de ne vouloir lui prêter aucune attention. Il n’avait pas envie de le regarder, si c’était pour voir ses yeux bleus le fixer d’un air dépité. Il savait que sa réaction avait été un peu démesurée – si peu – et n’avait pas envie de croiser son regard. Voir son visage et se dire qu’en réalité, cet homme était amoureux d’un hétéro tout juste potable.

Malheureusement pour lui, lorsque Will posa une main douce mais ferme sur son épaule droite, il sentit un frisson le secouer et un calme étrange l’envahir. Sentir une présence, une force à ses côtés lui faisait du bien. Beaucoup de bien.

-          Tu saignes, déclara Will d’une voix ferme, arrête de t’agiter et assis-toi.

Grognon, Branco l’écarta d’un vif geste du bras, tout en évitant toujours de croiser son regard. Il avait tellement honte de lui qu’il se serait volontiers jeté par la fenêtre.

-          Assis-toi, répéta Will d’un calme olympien.

Branco finit par obéir, en grognant toutefois, et s’installa sur la chaise qu’avait au préalable occupée Van. Will examina la blessure un bref instant avant de lui ordonner de rester immobile et de se rendre dans la salle de bain. Branco l’entendit s’activer et releva finalement les yeux. Van le fixait toujours.

-          Qu’est-ce que tu regardes, connard ?! l’attaqua Branco.

-          Un con.

Branco se leva d’un bon, toute griffe dehors, et Will s’interposa au même moment.

-          Mais qu’est-ce que t’as à être aussi agressif ? lui demanda-t-il en le forçant à se rassoir. Y en a marre de ton caractère de merde !

-          Et bah t’as qu’à couché avec ce connard, rétorqua Branco d’un ton venimeux, ça te débarrasserait de moi une bonne fois pour toute !

Will se figea, la bouche entrouverte, clignant des paupières. Il avait apparemment du mal à intégrer et réaliser ce qu’il venait d’entendre.

Branco rentra la tête dans les épaules, son poing droit tapant rythmiquement sur la table, tendu. Il avait quant à lui envie de disparaitre dans un trou de souris. Le souci, c’est qu’il n’avait jamais su garder pour lui ce qu’il ressentait lorsqu’il était jaloux.

Les yeux de Van ne cessaient de faire la navette entre Will, toujours scotché de surprise, et Branco, l’air plus dangereux qu’un ours affamé sortant de son hibernation. Il avait envie de rire à gorge déployée, mais il se dit brièvement que se serait certainement mal venu et surtout, mal interprété.

-          Quoi ? lança Will, une fois sorti de sa paralysie. Nan mais attends, tu me fais quoi, là ?!

-          Rien ! J’ai rien dis, oublie-moi !

Sur ces mots, Branco se leva, sans oublier d’arracher le désinfectant et les compresses des mains de Will, bouscula allègrement Van au passage, et partit s’enfermer dans la chambre. Toujours plongée dans l’obscurité, celle-ci n’avait rien de rassurant. Tâtonnant, Branco ouvrit la fenêtre, le volet, et entreprit de se soigner lui-même. Entreprise difficile.

Au bout de plusieurs minutes et de trois compresses rageusement jetées en travers de la pièce, il abandonna et se laissa tomber sur le matelas, les yeux levés vers le plafond. Il se sentait impuissant. Impuissant et nul. Comment avait-il pu se laisser emmener ainsi par ces deux individus qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam, sans prendre aucune précaution ?! Il s’était laissé enfermer sans rien soupçonner. Et tout ça parce qu’il s’inquiétait pour Will.

Il ferma les yeux. Will était tellement présent dans sa tête qu’il en oubliait de s’inquiéter pour sa sœur, et il n’y avait rien de plus rageant. Ou peut-être … peut-être que son subconscient se servait de cette ruse pour l’empêcher de trop penser à sa sœur, et de trop s’inquiéter. Peut-être qu’en fait il n’était pas amoureux, et peut-être qu’il arriverait à faire sortir ce satané gamin de sa tête ! Branco prit une grande inspiration, heureux d’avoir trouvé la solution, et tenta de s’en persuader. Sans se dire un seul instant qu’il était complètement con.

La porte s’ouvrit. Branco n’eut même pas besoin d’ouvrir les yeux et de relever la tête pour savoir qu’il s’agissait de Will. Il aurait reconnu ces pas feutrés entre mille.

-          Fous-moi la paix, grogna-t-il sans bouger.

Allongé ainsi, pieds au sol, dos sur le matelas et bras écartés, il se dit brièvement qu’il devait ressembler à une étoile de mer. Ou à un gros idiot.

-          Ça va faire une heure que t’es enfermé là, plaida Will en s’asseyant près de lui.

-          C’est fou ce qu’on perd comme temps à réfléchir, marmonna Branco.

-          Et tu réfléchis à quoi ?

-          A rien qui te regarde.

Will poussa un soupir agacé.

-          Arrête de t’inquiéter comme ça, lança-t-il avec véhémence, Maria, on va la retrouver, je suis sûr qu’elle est encore en vie et …

-          Bien sûr qu’elle est en vie ! le coupa Branco d’une voix ferme. Je connais Bumar, il n’irait pas tuer une innocente simplement pour me mettre en rogne, il sait bien qu’elle lui sera plus utile vivante que morte. S’il veut s’amuser et avoir un moyen de pression sur moi, mieux vaut pour lui qu’elle soit encore en vie. Sinon, il sait très bien que je n’ai plus rien à perdre et que je n’hésiterai pas.

Les paupières toujours clauses, Branco ne put voir le trouble bref qui était un instant apparu sur le regard ferme de Will. Il existe certains actes manqués dont nous n’avons pas conscience, et c’est ce qui fait parfois la beauté de chaque chose.

-          Tu as tort, répliqua finalement Will, même si Maria meurt, il te reste quelqu’un.

Cette déclaration eut au moins pour effet de faire apparaître les yeux de Branco. Celui-ci braqua sur son coéquipier un regard interrogatif tout en arquant un sourcil. Il sentit les battements de son cœur s’accélérer à nouveau. Mais avant qu’il ait pu imaginer quoi que se soit, Will détruit ses espoirs en précisant :

-          Ton fils.

Branco se redressa sur le matelas, tous les muscles de son torse tendus à l’extrême.

-          Quoi ? souffla-t-il d’une voix blanche.

-          S’ils savent pour ta sœur, ils doivent savoir pour ton fils, ils peuvent lui faire du mal à lui aussi.

Poussant un rire nerveux, Branco se laissa retomber sur le lit.

-          Aucune chance, déclara-t-il en croisant les bras derrière sa tête, ce gamin n’a absolument aucun lien avec moi. Il est né sous X, ne porte pas mon nom, et je n’ai jamais été mentionné dans sa vie. S’ils l’apprennent, alors là, je m’incline devant eux.

-          Quand même, tu ne crois pas que tu devrais faire gaffe ? Ils pourraient s’en prendre à lui.

-          Mais qu’est-ce qu’il te prend de t’intéresser à ce gamin, tout à coup ?

-          Et toi, qu’est-ce qu’il te prend d’agresser Van comme ça, tout à coup ?

-          Oh pitié ! Arrête de faire genre t’as pas compris, je me sens assez con comme ça !

-          Et je suis censé comprendre quoi ?

Branco braqua ses yeux noirs dans ceux, bien trop bleus dans la clarté du ce jour blanc, de Will. Ils se fixèrent ainsi de longues secondes. Branco tentait désespérément de lui faire passer le message à travers son regard, afin de ne pas être obligé de prononcer cette vérité honteuse à haut et intelligible voix, et Will, de son côté, tentait de repousser cette même vérité, et de ne pas la saisir. En réalité, il n’avait pas envie de comprendre.

Ses yeux bleus quittèrent ceux de Branco, s’arrêtèrent sur son épaule meurtrie, et revinrent à son regard.

-          Tu mets du sang sur le lit, murmura-t-il doucement.

Branco poussa un soupir et se redressa.

-          Ouais, se contenta-t-il de dire.

Sans rien ajouter, Will saisit désinfectant et compresse et se mit au travail. Branco serra les dents mais n’en dit pas davantage avant que son compagnon ait terminé.

-          Et voilà ! T’es tout neuf. T’as plus qu’à te relancer contre la porte pour que je recommence.

Branco sourit timidement à la boutade de Will, prit une grande inspiration et se jeta à l’eau :

-          Je suis désolé, dit-il humblement.

-          Ah bah, t’es con, on n’y peut rien.

-          Nan ! Pas pour la fenêtre. Pour Yohann.

Il y eut comme un blanc. Occupé à ranger les compresses dans la boîte, Will suspendit son geste et leva vers Branco un regard trouble. Celui-ci sentit son cœur s’arrêter.

-          Quoi, Yohann ?

Et là, Branco sut que ça n’était pas le sujet à aborder dans l’immédiat. Il hésita, choisit de sauter par la fenêtre, hésita encore, puis se dit que finalement, c’était peut-être mieux ainsi. Que, si Will venait à le détester, voire le haïr profondément, ce serait peut-être plus facile pour lui.

-          Il est mort, avoua-t-il d’une voix sûre, tout en détournant les yeux toutefois. J’ai fais basculer la fourgonnette et on a fait des tonneaux sur le périph’. C’était un vieux fourgon de taule, il s’est froissé comme du papier d’allu et il s’est éventré. Si j’avais pas été éjecté, je serais mort aussi.

Will prit une grande inspiration, détourna la tête, tenant toujours entre ses mains la boîte et les sachets de compresses. Branco attendit. Puis il lui vint une idée séduisante : si Will le zigouillait ici et maintenant, ça règlerait ses problèmes une bonne fois pour toute. Il se leva, enfila une chemise, et déclara :

-          Toute façon, je ne l’aimais pas.

Comme monté sur des ressorts, Will se redressa, le visage figé de rage et d’autre chose qui ressemblait plus à du ras-le-bol qu’à de la tristesse.

-          C’est tout ce que tu trouves à dire ?!

-          Quoi ?! rugit Branco. Je me suis déjà excusé, tu ne veux pas non plus que je te lèche les pieds nan ?!

-          T’es vraiment qu’un pauvre con !

-          Voilà, c’est ça, t’as raison. Me fais pas chier et va pleurer dans les bras de ton copain là, ça me fera des vacances.

Branco avait conscience d’aller trop loin, mais Will eut exactement la réaction qu’il recherchait. Le visage déformé par la colère, les poings serrés à en broyer la boîte de compresses, il laissa tout tomber au sol et se rua sur lui. Le coup porté fut violent. Branco eut à peine le temps de lever le bras pour se protéger le visage que le poing de Will percuta son avant-bras et le projeta contre la porte.

Will n’attendit même pas qu’il puisse rétablir son équilibre et le plaqua une seconde fois, mais en lui balançant un coup de pied en plein dans l’aine. Branco eut l’impression que ses testicules tentaient par tous les moyens de s’arracher de son corps, et il s’amusa, une brève seconde, à imaginer lesdites testicules en train de courir sur le plancher de la chambre. Il se plia en deux, la douleur pulsant dans le bas du ventre.

Mais Will n’en avait pas terminé. Armant son poing, il se jeta sur lui avec l’intention de le frapper au visage. Cette fois, Branco anticipa et, s’aidant de la cloison contre laquelle il avait atterrit, il se propulsa contre lui, épaule en avant, et se réceptionna contre l’abdomen de Will. Sa blessure envoya une seconde vague de douleur dans tout son corps, la compresse installée là une minute plus tôt à peine se détacha et laissa de nouveau couler le sang. Le souffle coupé, Will fut incapable de garder son équilibre et ils chutèrent tous les deux.

C’est à ce moment-là que Will se rendit compte que son corps n’avait pas totalement récupéré de sa journée d’enfermement et de torture. Allongé par terre, sur le dos, Branco au-dessus de lui, il fut incapable d’user de ses bras tremblants pour le repousser. Battu, attaché sans rien à manger, secoué par l’arrivée de son frère – sans oublier une nuit passée à dormir avec un ours enrhumé – l’avaient littéralement vidé de ses forces.

Branco referma ses mains sur son cou avant de réaliser qu’il avait stupidement prit l’avantage. Dans son plan magnifiquement orchestré, Will n’était-il pas censé le tuer ? Incapable de le repousser, celui-ci saisit ses poignets au moment ou il commençait à serrer. Ils se regardèrent.

-          Excuse-moi, lui murmura Branco en se penchant sur lui, mais t’aurais préféré quoi, que ce soit l’inverse ? Que Yohann me tue ?

Will ne répondit pas, trop occuper à concentrer toutes les forces qu’il lui restait dans ses mains, pour faire lâcher prise à celles de Branco, toujours refermées sur son cou. Il parvint finalement à le repousser, puis toussota

Etonné par la force dont faisait preuve Will même dans une situation pareille, Branco eut un sourire triste et cessa de lutter. Il déposa ses mains de chaque côté de la tête de Will et se pencha sur lui jusqu’à ce que leurs lèvres se touchent. Il était amoureux, et c’était justement cette force physique, tout autant que la force de caractère qu’il aimait. Il aimait ses yeux et les regards qu’il portait sur lui chaque fois qu’il était énervé, amusé ou désespéré. Il aimait son odeur après une bonne douche, après le sexe ou après une brusque poussée d’adrénaline. Il l’aimait, et cela le mettait en rogne !

C’était un amour à sens unique dont il se serait bien passé, dont il fallait qu’il se passe. Il fallait qu’il repousse Will, qu’il le sorte de sa tête, de son esprit et de son corps – pour ne pas dire de son cœur. Il fallait qu’il ait assez de volonté pour ne plus l’aimer. Will ne tombait pas amoureux. Il avait déjà assez de mal à accorder sa confiance. Il acceptait quelqu’un dans son entourage, il l’intégrait dans son cercle, l’appréciait, l’autorisait à franchir une certaine limite d’intimité. Mais il n’aimait pas. Pas comme Branco pouvait aimer. Qui aurait cru que le plus tendre des deux, ce serait lui ? En réalité, tout le monde l’avait compris. Sauf lui. Dure réalité de la vie.

Pour éloigner Will de lui, il n’y avait pas trente-six solutions. Non, il n’y en avait qu’une. Lui dire la vérité. Lui faire comprendre que s’ils continuaient comme ça, il y avait un danger qu’il l’ait définitivement dans la peau, jusqu’à ne plus pouvoir s’en passer. Jamais. Peut-être était-ce déjà le cas, mais il préférait ne pas imaginer ce que cela donnerait.

Alors ses lèvres quittèrent celles de Will, et ses yeux se braquèrent dans les siens. Les yeux de Will n’exprimaient que de la colère en cet instant. De l’indignation, de la rage, du dégoût. Tout ce que Branco allait bientôt multiplier par mille.

-          Je t’aime, lui déclara-t-il dans un souffle, le sourire aux lèvres.

A cet instant, Branco n’aurait pu dire si les yeux de Will s’agrandirent d’ébahissement, de crainte ou de désespoir ; son expression se figer dans une stupeur effrayante ou une colère sanglante ; ou bien voir un sourire conquis et des larmes dans ses yeux – bien peu probables, vous en conviendrez. Branco n’eut rien le temps de voir.

Ayant entendu les bruits de la brève bagarre, Van était entré en trombe dans la chambre pour voir Branco en train d’étrangler son meilleur ami. Alors il s’empara de la lampe trônant fièrement sur la table près de la porte – là où le genou de Branco avait butté à son réveil – pour l’abattre ensuite sur la tête dudit Branco, et lui faire perdre connaissance.

Au même moment, une clef tourna dans la serrure de la porte d’entrée, et le dénommé Stéphane, accompagné de la femme qui était la conductrice de la vieille, et d’un jeune homme d’une vingtaine d’année en tenue de motard, pénétra dans l’appartement d’un pas joyeux, tout en lançant en guise de bonjour :

-          Salut tout le monde ! Alors, tout va bien ? Vous vous êtes pas entretués j’espère ?

Si Branco n’avait pas été assommé dix secondes plus tôt, il en aurait ri comme un benêt.

***

Tout le monde pète un câble ! La tension et la privation ont fini par les faire craquer, Branco le premier. Qui aurait cru que des deux Branco était le plus tendre ? Bah, Branco a toujours laissé ses sentiments s’exprimer alors c’est pas si étonnant que ça, en vérité, même s’il est plus rapide pour buter quelqu’un que pour avouer ses sentiments ! Cela dit, il tente de trucider Will tout en lui avouant ses sentiments, c’est du Branco dans toute sa splendeur ! En tout cas, ça change des téléréalités où tout le monde annonce à tout le monde qu’il souhaite l’épouser :p

Danouch : Will ne se serait jamais fait violer, voyons ! D’où tu tires ça, toi ?! tu sais bien que je suis une pacifiste :p Il a suffisamment à faire avec Branco pour ne pas en rajouter une couche, quoique, j’aurai bien imaginé la réaction de Branco ! Un cocktail de kalachnikoff et de AK 47 MDR ! On a osé toucher au petit corps de son compagnon !

Ouais, fallait bien que la cavalerie débarque un moment ou un autre ! C’est vrai qu’on ne l’avait pas vraiment vue jusque-là mais elle était magnifiquement incarnée par Will et Branco soit deux psychopathes, bien que l’un soit légèrement plus équilibré que l’autre… Tout reste relatif…

Si, j’ai dit que le chien, c’était un petit bâtard noir donc ça peut pas être un Doberman ! J’avais plutôt en tête l’image de mon (ancien) chien, un cocker complètement dément qui adore dormir les quatre pattes en l’air ou alors étirée de tout son long et là elle est limite plus grande que moi, snif ! Ze veux un chieeeeen !!!

T’inquiètes, le chien, le citron, et le magnum reviendront J

Stéphy : A moins que ce ne soient eux qui s’entre-tuent :p

La suite au prochain épisode !

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Chapitre 22

Togainu_no_Chi

 

Il n’avait plus dormi ainsi depuis plusieurs jours – depuis qu’il avait appris pour Maria – et il se retourna sur le matelas dans un grognement. Sa main tâtonna à la recherche d’une présence, mais il ne trouva que du vide. Hébété, Branco ouvrit les yeux et battit des paupières pour tenter de percer l’obscurité. Mais non, rien à faire, il était bel et bien plongé dans le noir. Insistant, il caressa le drap à ses côtés, mais Will semblait avoir quitté le lit depuis quelques heures à en juger par la tiédeur fuyante sur son coussin. Quelle heure était-il, et combien de temps avait-il dormi ?!

Dans un nouveau grognement, Branco se redressa. Aussitôt, son épaule cria de protestation ainsi que sa cuisse, maltraitée lors de l’accident de la fourgonnette. Il malaxa ses diverses blessures plusieurs minutes afin de les réveiller et de les préparer à la journée à venir, puis se pencha à la recherche de son pantalon, qu’il se souvenait parfaitement avoir laissé glisser au sol. Après l’avoir enfilé, il se leva, les mains devant lui dans la pénombre. Pourquoi diable n’y avait-il aucune lumière ? D’après les bruits de voitures, de klaxon et de vie qui lui venait depuis la rue, la journée était levée mais le soleil ne semblait pas filtrer les épais volets. Son genou buta sur un meuble et il étouffa un cri puis poussa un juron dans un murmure. A moins que Will ait voulu lui faire une blague stupide et l’ait plongé dans le noir.

Bientôt, sa main rencontra un mur. Puis il s’étonna que Will soit déjà levé. Lorsqu’il avait vu son état de la veille, il n’en revenait pas de le voir tenir debout, même s’il savait pertinemment que ce satané gosse possédait des ressources pratiquement inépuisables. Malgré lui, Branco était bien forcé d’admettre que le retrouver lui avait fait un bien fou, il avait même outrepassé ses propres blessures et les siennes pour des retrouvailles en bonnes et dues formes. Malheureusement, il n’arrivait pas pleinement à se réjouir, du fait de la situation. Qui étaient ces hommes qui leur était venus en aide ? Après la trahison de Marc, Branco ne se sentait plus de faire confiance à qui que se soit.

Il ouvrit la porte. Aussitôt, un rai de lumière aveuglante l’assaillit et il cligna des paupières le temps de s’habituer à la soudaine clarté. Puis il regarda autour de lui, surpris. L’appartement était grand, lumineux et confortablement meublé. Une table pouvant accueillir six personnes, un canapé, un fauteuil, une télévision grand écran, deux portes – dont l’une était très certainement la sortie – en face de lui, sur sa droite une immense fenêtre donnant sur un petit balcon, et sur sa gauche, une porte entrouverte, d’où une bonne odeur de café et des voix s’échappaient. Très certainement la cuisine.

Derechef, Branco s’y dirigea, étouffant un bâillement et dressa l’oreille. Il reconnut la voix, enrouée mais énergique de Will et celle, plus basse et inquiète, de Van. Les deux amis semblaient plongés dans une grande discussion. En repensant à l’amitié qui liait ces deux garçons, Branco ressentit un léger pincement au cœur, mais n’eut pas le temps de s’y attarder, car il entendit son propre nom, prononcé par la voix quelque peu blasée de Will. Discret comme un chat, il s’approcha à pas feutré, jeta un regard noir à l’intérieur et écouta.

-          Nan ! Je croyais que c’était un surnom moi ! C’est son vrai nom ? demanda Van avec un léger amusement.

-          Apparemment, répliqua Will sur le même ton, ça doit être espagnol vu qu’il est né là-bas.

-          N’importe quoi, c’est le genre de prénom inventé de toute pièce ça … j’suis sûr que ça existe même pas en vrai.

-          J’sais pas. Faudrait regarder dans l’Officiel des Prénoms.

Les deux amis s’esclaffèrent. De son côté, Branco était sur le point de défoncer la porte et de leur mettre des baffes à tous les deux. Un léger silence s’installa avant que Van reprenne :

-          Et vous vous êtes rencontrés comment ?

-          Trop long à expliquer.

La réponse de Will avait fusé, tranchante et rapide, comme si le jeune homme s’y était préparé à l’avance et avait longtemps ruminé la possibilité que le sujet soit abordé. Van poussa un gros soupir à la fois frustré et énervé.

-          J’en ai marre ! lança-t-il vivement. Toutes ces cachoteries, ça commence à me courir sérieux ! Tu vois où ils te mènent tout tes secrets ? J’ai faillis me faire flinguer par ton frère, merde ! Ça t’écorcherait la gueule de me dire la vérité pour une fois ?!

-          Bon, si t’insiste. Il s’est pointé devant moi sur sa moto, une nuit – je sortais d’une fête en l’honneur du père de Yohann d’ailleurs – il m’a dit « monte », j’suis monté, et voilà. Fin de l’histoire.

Court silence. La colère de Branco avait laissé place à un amusement des plus curieux.

-          Et c’est tout ? demanda Van, apparemment déçu.

-          Bah oui, acquiesça Will dans un pouffement de rire. Quoi, tu t’attendais à une course-poursuite en moto, des grenades et une maison qui explose ?

Il éclata d’un rire moqueur et conclut en disant :

-          Laisse-moi rire.

Caché derrière sa porte, Branco sourit d’un air nostalgique. Course-poursuite en moto, grenade et maison qui explose … c’était l’époque où ils ignoraient encore ce que cette histoire allait leur réserver.

-          Nan mais enfin, marmonna Van, honteux. Je m’attendais à quelque chose de plus … tu sais, quand on s’est rencontré, il m’a braqué son flingue sous le nez, ce con !

Wil rit de nouveau, et répliqua :

-          C’est marrant, ça ne m’étonne pas de lui.

Un nouveau silence s’installa entre les deux amis. Branco fronça les sourcils. C’était un silence différent du précédent. Légèrement tendu. Comme si l’un des deux, Van ou Will, désirait dire quelque chose, mais ne s’y décidait pas. Finalement, Branco tendit la main, s’apprêtant à franchir la porte, lorsque Will reprit :

-          Allez vas-y, dis-le. Quand t’évites mon regard comme ça c’est que t’as un truc à dire.

-          Je vous ais entendus hier soir, marmonna Van d’un air bougon. Si j’avais su, je ne t’aurais pas laissé tout seul avec lui dans cette chambre !

-          Ah ? On est jaloux ?

Will semblait beaucoup s’amuser. Branco un peu moins. Quant à Van, il avait l’air tout simplement excédé.

-          Arrête, merde ! T’as vu ton état ? Et cet animal se jette sur toi en deux secondes ! J’étais à peine arrivé dans l’autre chambre que je t’entendais déjà …

Léger suspend dans sa voix.

-          Tu m’entendais déjà quoi ? le poussa Will d’une voix amusée.

Van ne répliqua pas, mais la tension n’était toujours pas redescendue. Finalement, Will reprit, plus sérieusement :

-          C’est moi qui ais dis que je voulais coucher avec lui, il ne voulait pas au début.

-          Ouais bah, il n’a pas hésité longtemps !

-          Arrête …

-          Nan. J’l’aime pas, c’est tout.

-          Rôôôo mon p’tit Vanou ! minauda Will dans un rire. Sois pas jaloux ! Tu sais très bien que c’est toi que j’aime !

-          T’es con, pouffa Van, toute colère envolée.

Mais celle de Branco venait tout juste de se réveiller. C’était ça, qu’il avait remarqué la veille. Will était amoureux de Van, cela crevait les yeux, même les siens. Et il était jaloux. Bien sûr, il ne s’attendait pas à ce que Will soit tout à coup tombé amoureux de lui, ça n’était absolument pas son genre, mais il espérait tout de même un certain attachement sentimental en dehors du sexe. Hors, apparemment, ça n’était pas le cas.

Honteux d’éprouver des sentiments à sens unique, Branco franchit la porte, droit comme un I, le visage fermé. Il serrait les poings par saccade et darda malgré lui, sur Van, un regard plus noir que la nuit. En le voyant entrer, les lèvres de Will s’étirèrent en un sourire de bienvenue, qui s’effaça très vite lorsqu’il vit son expression. Quant à Van, il se redressa dans sa chaise et le regarda approcher comme un lion regarde approcher un autre lion. Will tenta tout de même de détendre l’atmosphère en lançant :

-          Enfin réveillée, la Belle au Bois Dormant ?

-          Ouais, grogna Branco en guise de réponse, et ça c’est grâce à votre discrétion.

-          Désolé, marmonna Van sans trop de sincérité.

-          Ça va, hein, répliqua Will dans un froncement de sourcil, t’as ronflé, figure-toi, j’ai à peine fermé l’œil.

De nouveau, Branco grogna. La cafetière semblait pleine. Il s’en empara et se versa une bonne rasade de café dans une tasse avant d’en avaler plusieurs gorgées. Son épaule criait de douleur mais il ne la sentait pas. Pour le moment, sa jalousie était la plus forte. Il avait purement et simplement envie de mettre Van dehors à coup de pied dans le derrière et de demander clairement à Will ce qu’il voulait ! En tout cas lui, il savait ce qu’il voulait : une véritable relation. Pas seulement du sexe, mais autre chose.

Evidemment, le sexe avec Will était très bien. Plus que très bien même. Mais il voulait plus maintenant. Plus de sentiments. Plus d’amour, peut-être … Révolté contre lui-même et contre tous ces sentiments qui lui donnaient sincèrement envie de vomir, Branco jeta le contenu de la tasse dans l’évier en s’écriant :

-          Il est dégueulasse, ce café ! C’est quoi cette merde ?!

-          Oh relax ! répliqua Will en se levant. Qu’est-ce qui te prend maintenant ?

-          J’ai mal ! explosa Branco dans un accès d’égoïsme purement infantile avant de pointer Van du doigt tout en fixant Will. Et puis qu’est-ce qu’il fait encore là lui ? On n’a plus besoin de lui ! On n’a jamais eu besoin de lui, d’ailleurs !

-          Tu vas te calmer !

-          Ça ne me plait pas plus qu’à toi de me retrouver coincé ici, lança Van en se redressant à son tour, mais j’ai pas trop le choix alors il va falloir faire avec !

Il y eut un silence étrange. Will était près à réagir en conséquence si jamais Branco avait comme dans l’idée de se jeter sur Van pour l’égorger, alors que Branco tentait d’annihiler les paroles que Van venait de prononcer.

-          Comment ça coincé ici ? demanda-t-il d’une voix blanche.

Heureux de passer à autre chose, Will se hâta de répondre, sans réfléchir davantage :

-          La porte est blindée et verrouillée, et c’est pareil pour les fenêtres, ils nous ont enfe …

Il se figea avant d’avoir terminé sa phrase, prenant enfin conscience de son erreur. Mais trop tard. Sans même attendre qu’il ait fini de parler, Branco se rua hors de la cuisine, ne portant en tout et pour tout qu’un jean de deux jours, et se jeta littéralement sur la porte d’entrée. Il tenta de l’ouvrir en usant de toute sa force, mais rien ne se passa. Dans un cri de rage, Branco se jeta dessus, épaule la première, rouvrant sa blessure, avant de tenter de la faire céder à grands coups de pieds.

-          Il est malade ! s’exclama Van, les yeux écarquillés.

Will acquiesça, étrangement muet devant la scène qui se jouait devant lui. Branco, usé et blessé, tentait par n’importe quel moyen de faire céder cette porte. Toute la rage se lisait dans chacun de ses mouvements et dans ses yeux d’un noir luisant.

Dans un nouveau cri de rage, Branco tira de toutes ses forces. Il avait été enfermé ici par je ne sais qui, alors que sa sœur était en danger à l’extérieur ! C’était une blague ?! Bien, si la porte refusait de bouger, il ne lui restait plus qu’à tenter la fenêtre. Il se retourna, avisa Will et Van, debout devant la cuisine qui le regardaient à la fois éberlués et inquiets, mais s’en désintéressa vite avant de se tourner vers la fenêtre.

Avisant son regard – et connaissant le personnage – Will tenta d’anticiper son geste en déclarant :

-          Ici aussi on a essayé.

Mais Branco ne l’écoutait plus. En fait, il n’écoutait plus que sa peur et sa colère. Maria était peut-être déjà morte, et lui était coincé ici ! Il actionna la poignée de la grande fenêtre, tira, poussa, cogna, mais elle ne bougea pas davantage. Van semblait de plus en plus effrayé à l’idée de partager un appartement avec un dérangé pareil, alors que Will poussait un soupir à la fois énervé et ennuyé. Il avait besoin de récupérer au moins une journée après ce qu’il lui était arrivé, et voilà qu’il se retrouvait enfermé avec un Branco à fleur de peau ! Comme retraite, il y avait mieux. Mais il avait appris à faire avec.

Branco se sentait devenir de plus en plus fou à mesure qu’il réalisait qu’il venait d’être enfermé par des gens dont il ignorait tout, dans un appartement qu’il ne connaissait pas, et avec un type – Van, en l’occurrence – qu’il avait toutes les peines du monde à supporter. En réalité, légèrement claustrophobe, cette idée commençait un tantinet à lui faire peur.

Il s’appuya sur la vitre, la fixa, regarda les jointures, la tâta inutilement, puis se retourna en ignorant superbement ses deux spectateurs et évalua les meubles qu’il avait à sa disposition. D’après ce qu’il en savait, il ne s’agissait pas de double vitrage. Il empoigna une chaise en bois, assez lourde, et la souleva dans un grognement d’effort, appuyé d’une grimace de douleur.

-          Il ne va quand même pas ! s’exclama Van en reculant, les yeux écarquillés.

-          Nan ! s’écria Will en s’élançant en avant. Repose cette chaise ! Branco !

Mais ce dernier n’entendait absolument rien. Rien d’autre que sa peur et sa colère. C’était une peur idiote. C’était une peur de petit garçon, enfouie là, très profondément dans son subconscient. Une peur qui avait été fixée ici par son père, qui avait prit l’habitude de l’enfermer dans des placards exigus et fermés à clef, pour le punir. C’était une peur vicieuse et subtile. Même avec cette lumière, même avec ces deux hommes avec lui, Branco se sentait privé de sa liberté de mouvement et de choix, enfermé là, par des gens qu’il ne connaissait pas. Alors que sa petite sœur était à l’extérieur, et qu’elle avait besoin de lui.

Will ne fut pas sur lui assez rapidement. La chaise percuta la fenêtre qui se brisa dans un grand bruit d’éclat de verre. Will se protégea le visage des bras pour éviter de recevoir des débris alors que Branco se précipitait dehors. Le verre entailla ses chaussettes mais laissa ses pieds intacts. Le vent froid de l’hiver agressa la peau nue de son visage et de son torse mais il l’ignora. Car là, devant lui, s’étendait Paris. Il baissa les yeux et réalisa qu’ils se trouvaient au moins au seizième étage d’un immense immeuble d’habitation. Accroché aux barreaux glacés du petit balcon, Branco sentait son cœur battre à une vitesse folle. Il prit une grande goulée d’air et souffla, sa peur se distillant dans l’atmosphère glaciale de cette journée blanche.

Derrière lui, Will croisa les bras et le fixa intensément, ses yeux bleus lançant des éclairs. Non loin, Van semblait avoir buggué, la bouche grande ouverte et le visage figé dans une pure expression d’hébètement.

-          Tu t’attendais à quoi ? lança Will d’une voix dure. A un ascenseur de verre, comme dans Charlie et la Chocolaterie ?

Les oreilles bourdonnantes, Branco ne l’entendit pas prononcer ses mots. Il ferma les yeux, pris d’un vertige soudain, et prit une seconde inspiration de fraicheur. Il avait eu peur. Extrêmement peur. Mais il n’allait pas demander à Will de comprendre ce genre de peur débile. La peur d’un enfant. Il respira lentement, profondément, appréciant chaque nouvelle goulée d’air qui venait glacer ses poumons dans son corps brûlant, et attendit que son cœur reprenne un rythme un tant soit peu normal.

Lorsqu’il eut retrouvé ses esprits, il sentit une bouffée de honte l’envahir. Il se détourna du panorama et retourna à l’intérieur, marchant précautionneusement parmi les éclats de verre, tout en évitant le regard des deux hommes. Van s’éloigna de lui alors qu’il pénétrait dans la cuisine. Will le suivit du regard, perdu dans ses réflexions, avant de darder sur son meilleur ami, ses yeux d’un bleu limpide. Il afficha une expression désolée et haussa les épaules l’air de dire : que veux-tu, je ne peux pas non plus l’empêcher de faire toutes les bêtises qu’il a en tête !

-          Et c’est avec ce taré que tu couches ? s’exclama Van, éberlué.

-          Nan mais, il a des bons côtés parfois …

Au même moment, leur parvint depuis la cuisine un bruit de couverts heurtant le sol, suivis d’un :

-          Putain, fais chier !

Et Will termina en ajoutant :

-          … enfin, surtout en dessous de la ceinture.

Van grimaça d’un air dégoûté.

-          Si tu pouvais m’éviter ce genre de réflexion, ça m’aiderait à tenir le coup, l’implora-t-il.

Will sourit, et Branco fit de nouveau entendre sa voix :

-          Et comment il marche aussi, ce grille-pain de merde !

Pouffant de rire, résigné, Will secoua la tête de droite à gauche et se rendit dans la cuisine. Prudent, Van le suivit, mais s’arrêta au seuil, hésitant à entrer. Il n’avait pas vraiment envie de subir le même sort que la fenêtre.

Branco balança sa nouvelle victime – le grille-pain, donc – contre le mur du plan de travail. En réalité, il n’avait absolument pas envie d’un petit déjeuner, mais il ignorait quoi faire d’autre pour s’occuper. De toute évidence, il ne pouvait pas sortir de cet appartement, et devait simplement attendre que ceux qui les avait conduit ici revienne pour leur éclater la tête. Ensuite, il saurait quoi faire. Mais pour le moment, mieux valait pour lui trouver une occupation, sans cela il s’en prendrait aux deux pauvres victimes vivantes les plus proches de lui : Will et son meilleur ami. Alors, quitte à choisir, il préférait encore s’attaquer au grille-pain.

Il sentit Will s’arrêter à ses côtés mais fit mine de ne vouloir lui prêter aucune attention. Il n’avait pas envie de le regarder, si c’était pour voir ses yeux bleus le fixer d’un air dépité. Il savait que sa réaction avait été un peu démesurée – si peu – et n’avait pas envie de croiser son regard. Voir son visage et se dire qu’en réalité, cet homme était amoureux d’un hétéro tout juste potable.

Malheureusement pour lui, lorsque Will posa une main douce mais ferme sur son épaule droite, il sentit un frisson le secouer et un calme étrange l’envahir. Sentir une présence, une force à ses côtés lui faisait du bien. Beaucoup de bien.

-          Tu saignes, déclara Will d’une voix ferme, arrête de t’agiter et assis-toi.

Grognon, Branco l’écarta d’un vif geste du bras, tout en évitant toujours de croiser son regard. Il avait tellement honte de lui qu’il se serait volontiers jeté par la fenêtre.

-          Assis-toi, répéta Will d’un calme olympien.

Branco finit par obéir, en grognant toutefois, et s’installa sur la chaise qu’avait au préalable occupée Van. Will examina la blessure un bref instant avant de lui ordonner de rester immobile et de se rendre dans la salle de bain. Branco l’entendit s’activer et releva finalement les yeux. Van le fixait toujours.

-          Qu’est-ce que tu regardes, connard ?! l’attaqua Branco.

-          Un con.

Branco se leva d’un bon, toute griffe dehors, et Will s’interposa au même moment.

-          Mais qu’est-ce que t’as à être aussi agressif ? lui demanda-t-il en le forçant à se rassoir. Y en a marre de ton caractère de merde !

-          Et bah t’as qu’à couché avec ce connard, rétorqua Branco d’un ton venimeux, ça te débarrasserait de moi une bonne fois pour toute !

Will se figea, la bouche entrouverte, clignant des paupières. Il avait apparemment du mal à intégrer et réaliser ce qu’il venait d’entendre.

Branco rentra la tête dans les épaules, son poing droit tapant rythmiquement sur la table, tendu. Il avait quant à lui envie de disparaitre dans un trou de souris. Le souci, c’est qu’il n’avait jamais su garder pour lui ce qu’il ressentait lorsqu’il était jaloux.

Les yeux de Van ne cessaient de faire la navette entre Will, toujours scotché de surprise, et Branco, l’air plus dangereux qu’un ours affamé sortant de son hibernation. Il avait envie de rire à gorge déployée, mais il se dit brièvement que se serait certainement mal venu et surtout, mal interprété.

-          Quoi ? lança Will, une fois sorti de sa paralysie. Nan mais attends, tu me fais quoi, là ?!

-          Rien ! J’ai rien dis, oublie-moi !

Sur ces mots, Branco se leva, sans oublier d’arracher le désinfectant et les compresses des mains de Will, bouscula allègrement Van au passage, et partit s’enfermer dans la chambre. Toujours plongée dans l’obscurité, celle-ci n’avait rien de rassurant. Tâtonnant, Branco ouvrit la fenêtre, le volet, et entreprit de se soigner lui-même. Entreprise difficile.

Au bout de plusieurs minutes et de trois compresses rageusement jetées en travers de la pièce, il abandonna et se laissa tomber sur le matelas, les yeux levés vers le plafond. Il se sentait impuissant. Impuissant et nul. Comment avait-il pu se laisser emmener ainsi par ces deux individus qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam, sans prendre aucune précaution ?! Il s’était laissé enfermer sans rien soupçonner. Et tout ça parce qu’il s’inquiétait pour Will.

Il ferma les yeux. Will était tellement présent dans sa tête qu’il en oubliait de s’inquiéter pour sa sœur, et il n’y avait rien de plus rageant. Ou peut-être … peut-être que son subconscient se servait de cette ruse pour l’empêcher de trop penser à sa sœur, et de trop s’inquiéter. Peut-être qu’en fait il n’était pas amoureux, et peut-être qu’il arriverait à faire sortir ce satané gamin de sa tête ! Branco prit une grande inspiration, heureux d’avoir trouvé la solution, et tenta de s’en persuader. Sans se dire un seul instant qu’il était complètement con.

La porte s’ouvrit. Branco n’eut même pas besoin d’ouvrir les yeux et de relever la tête pour savoir qu’il s’agissait de Will. Il aurait reconnu ces pas feutrés entre mille.

-          Fous-moi la paix, grogna-t-il sans bouger.

Allongé ainsi, pieds au sol, dos sur le matelas et bras écartés, il se dit brièvement qu’il devait ressembler à une étoile de mer. Ou à un gros idiot.

-          Ça va faire une heure que t’es enfermé là, plaida Will en s’asseyant près de lui.

-          C’est fou ce qu’on perd comme temps à réfléchir, marmonna Branco.

-          Et tu réfléchis à quoi ?

-          A rien qui te regarde.

Will poussa un soupir agacé.

-          Arrête de t’inquiéter comme ça, lança-t-il avec véhémence, Maria, on va la retrouver, je suis sûr qu’elle est encore en vie et …

-          Bien sûr qu’elle est en vie ! le coupa Branco d’une voix ferme. Je connais Bumar, il n’irait pas tuer une innocente simplement pour me mettre en rogne, il sait bien qu’elle lui sera plus utile vivante que morte. S’il veut s’amuser et avoir un moyen de pression sur moi, mieux vaut pour lui qu’elle soit encore en vie. Sinon, il sait très bien que je n’ai plus rien à perdre et que je n’hésiterai pas.

Les paupières toujours clauses, Branco ne put voir le trouble bref qui était un instant apparu sur le regard ferme de Will. Il existe certains actes manqués dont nous n’avons pas conscience, et c’est ce qui fait parfois la beauté de chaque chose.

-          Tu as tort, répliqua finalement Will, même si Maria meurt, il te reste quelqu’un.

Cette déclaration eut au moins pour effet de faire apparaître les yeux de Branco. Celui-ci braqua sur son coéquipier un regard interrogatif tout en arquant un sourcil. Il sentit les battements de son cœur s’accélérer à nouveau. Mais avant qu’il ait pu imaginer quoi que se soit, Will détruit ses espoirs en précisant :

-          Ton fils.

Branco se redressa sur le matelas, tous les muscles de son torse tendus à l’extrême.

-          Quoi ? souffla-t-il d’une voix blanche.

-          S’ils savent pour ta sœur, ils doivent savoir pour ton fils, ils peuvent lui faire du mal à lui aussi.

Poussant un rire nerveux, Branco se laissa retomber sur le lit.

-          Aucune chance, déclara-t-il en croisant les bras derrière sa tête, ce gamin n’a absolument aucun lien avec moi. Il est né sous X, ne porte pas mon nom, et je n’ai jamais été mentionné dans sa vie. S’ils l’apprennent, alors là, je m’incline devant eux.

-          Quand même, tu ne crois pas que tu devrais faire gaffe ? Ils pourraient s’en prendre à lui.

-          Mais qu’est-ce qu’il te prend de t’intéresser à ce gamin, tout à coup ?

-          Et toi, qu’est-ce qu’il te prend d’agresser Van comme ça, tout à coup ?

-          Oh pitié ! Arrête de faire genre t’as pas compris, je me sens assez con comme ça !

-          Et je suis censé comprendre quoi ?

Branco braqua ses yeux noirs dans ceux, bien trop bleus dans la clarté du ce jour blanc, de Will. Ils se fixèrent ainsi de longues secondes. Branco tentait désespérément de lui faire passer le message à travers son regard, afin de ne pas être obligé de prononcer cette vérité honteuse à haut et intelligible voix, et Will, de son côté, tentait de repousser cette même vérité, et de ne pas la saisir. En réalité, il n’avait pas envie de comprendre.

Ses yeux bleus quittèrent ceux de Branco, s’arrêtèrent sur son épaule meurtrie, et revinrent à son regard.

-          Tu mets du sang sur le lit, murmura-t-il doucement.

Branco poussa un soupir et se redressa.

-          Ouais, se contenta-t-il de dire.

Sans rien ajouter, Will saisit désinfectant et compresse et se mit au travail. Branco serra les dents mais n’en dit pas davantage avant que son compagnon ait terminé.

-          Et voilà ! T’es tout neuf. T’as plus qu’à te relancer contre la porte pour que je recommence.

Branco sourit timidement à la boutade de Will, prit une grande inspiration et se jeta à l’eau :

-          Je suis désolé, dit-il humblement.

-          Ah bah, t’es con, on n’y peut rien.

-          Nan ! Pas pour la fenêtre. Pour Yohann.

Il y eut comme un blanc. Occupé à ranger les compresses dans la boîte, Will suspendit son geste et leva vers Branco un regard trouble. Celui-ci sentit son cœur s’arrêter.

-          Quoi, Yohann ?

Et là, Branco sut que ça n’était pas le sujet à aborder dans l’immédiat. Il hésita, choisit de sauter par la fenêtre, hésita encore, puis se dit que finalement, c’était peut-être mieux ainsi. Que, si Will venait à le détester, voire le haïr profondément, ce serait peut-être plus facile pour lui.

-          Il est mort, avoua-t-il d’une voix sûre, tout en détournant les yeux toutefois. J’ai fais basculer la fourgonnette et on a fait des tonneaux sur le périph’. C’était un vieux fourgon de taule, il s’est froissé comme du papier d’allu et il s’est éventré. Si j’avais pas été éjecté, je serais mort aussi.

Will prit une grande inspiration, détourna la tête, tenant toujours entre ses mains la boîte et les sachets de compresses. Branco attendit. Puis il lui vint une idée séduisante : si Will le zigouillait ici et maintenant, ça règlerait ses problèmes une bonne fois pour toute. Il se leva, enfila une chemise, et déclara :

-          Toute façon, je ne l’aimais pas.

Comme monté sur des ressorts, Will se redressa, le visage figé de rage et d’autre chose qui ressemblait plus à du ras-le-bol qu’à de la tristesse.

-          C’est tout ce que tu trouves à dire ?!

-          Quoi ?! rugit Branco. Je me suis déjà excusé, tu ne veux pas non plus que je te lèche les pieds nan ?!

-          T’es vraiment qu’un pauvre con !

-          Voilà, c’est ça, t’as raison. Me fais pas chier et va pleurer dans les bras de ton copain là, ça me fera des vacances.

Branco avait conscience d’aller trop loin, mais Will eut exactement la réaction qu’il recherchait. Le visage déformé par la colère, les poings serrés à en broyer la boîte de compresses, il laissa tout tomber au sol et se rua sur lui. Le coup porté fut violent. Branco eut à peine le temps de lever le bras pour se protéger le visage que le poing de Will percuta son avant-bras et le projeta contre la porte.

Will n’attendit même pas qu’il puisse rétablir son équilibre et le plaqua une seconde fois, mais en lui balançant un coup de pied en plein dans l’aine. Branco eut l’impression que ses testicules tentaient par tous les moyens de s’arracher de son corps, et il s’amusa, une brève seconde, à imaginer lesdites testicules en train de courir sur le plancher de la chambre. Il se plia en deux, la douleur pulsant dans le bas du ventre.

Mais Will n’en avait pas terminé. Armant son poing, il se jeta sur lui avec l’intention de le frapper au visage. Cette fois, Branco anticipa et, s’aidant de la cloison contre laquelle il avait atterrit, il se propulsa contre lui, épaule en avant, et se réceptionna contre l’abdomen de Will. Sa blessure envoya une seconde vague de douleur dans tout son corps, la compresse installée là une minute plus tôt à peine se détacha et laissa de nouveau couler le sang. Le souffle coupé, Will fut incapable de garder son équilibre et ils chutèrent tous les deux.

C’est à ce moment-là que Will se rendit compte que son corps n’avait pas totalement récupéré de sa journée d’enfermement et de torture. Allongé par terre, sur le dos, Branco au-dessus de lui, il fut incapable d’user de ses bras tremblants pour le repousser. Battu, attaché sans rien à manger, secoué par l’arrivée de son frère – sans oublier une nuit passée à dormir avec un ours enrhumé – l’avaient littéralement vidé de ses forces.

Branco referma ses mains sur son cou avant de réaliser qu’il avait stupidement prit l’avantage. Dans son plan magnifiquement orchestré, Will n’était-il pas censé le tuer ? Incapable de le repousser, celui-ci saisit ses poignets au moment ou il commençait à serrer. Ils se regardèrent.

-          Excuse-moi, lui murmura Branco en se penchant sur lui, mais t’aurais préféré quoi, que ce soit l’inverse ? Que Yohann me tue ?

Will ne répondit pas, trop occuper à concentrer toutes les forces qu’il lui restait dans ses mains, pour faire lâcher prise à celles de Branco, toujours refermées sur son cou. Il parvint finalement à le repousser, puis toussota

Etonné par la force dont faisait preuve Will même dans une situation pareille, Branco eut un sourire triste et cessa de lutter. Il déposa ses mains de chaque côté de la tête de Will et se pencha sur lui jusqu’à ce que leurs lèvres se touchent. Il était amoureux, et c’était justement cette force physique, tout autant que la force de caractère qu’il aimait. Il aimait ses yeux et les regards qu’il portait sur lui chaque fois qu’il était énervé, amusé ou désespéré. Il aimait son odeur après une bonne douche, après le sexe ou après une brusque poussée d’adrénaline. Il l’aimait, et cela le mettait en rogne !

C’était un amour à sens unique dont il se serait bien passé, dont il fallait qu’il se passe. Il fallait qu’il repousse Will, qu’il le sorte de sa tête, de son esprit et de son corps – pour ne pas dire de son cœur. Il fallait qu’il ait assez de volonté pour ne plus l’aimer. Will ne tombait pas amoureux. Il avait déjà assez de mal à accorder sa confiance. Il acceptait quelqu’un dans son entourage, il l’intégrait dans son cercle, l’appréciait, l’autorisait à franchir une certaine limite d’intimité. Mais il n’aimait pas. Pas comme Branco pouvait aimer. Qui aurait cru que le plus tendre des deux, ce serait lui ? En réalité, tout le monde l’avait compris. Sauf lui. Dure réalité de la vie.

Pour éloigner Will de lui, il n’y avait pas trente-six solutions. Non, il n’y en avait qu’une. Lui dire la vérité. Lui faire comprendre que s’ils continuaient comme ça, il y avait un danger qu’il l’ait définitivement dans la peau, jusqu’à ne plus pouvoir s’en passer. Jamais. Peut-être était-ce déjà le cas, mais il préférait ne pas imaginer ce que cela donnerait.

Alors ses lèvres quittèrent celles de Will, et ses yeux se braquèrent dans les siens. Les yeux de Will n’exprimaient que de la colère en cet instant. De l’indignation, de la rage, du dégoût. Tout ce que Branco allait bientôt multiplier par mille.

-          Je t’aime, lui déclara-t-il dans un souffle, le sourire aux lèvres.

A cet instant, Branco n’aurait pu dire si les yeux de Will s’agrandirent d’ébahissement, de crainte ou de désespoir ; son expression se figer dans une stupeur effrayante ou une colère sanglante ; ou bien voir un sourire conquis et des larmes dans ses yeux – bien peu probables, vous en conviendrez. Branco n’eut rien le temps de voir.

Ayant entendu les bruits de la brève bagarre, Van était entré en trombe dans la chambre pour voir Branco en train d’étrangler son meilleur ami. Alors il s’empara de la lampe trônant fièrement sur la table près de la porte – là où le genou de Branco avait butté à son réveil – pour l’abattre ensuite sur la tête dudit Branco, et lui faire perdre connaissance.

Au même moment, une clef tourna dans la serrure de la porte d’entrée, et le dénommé Stéphane, accompagné de la femme qui était la conductrice de la vieille, et d’un jeune homme d’une vingtaine d’année en tenue de motard, pénétra dans l’appartement d’un pas joyeux, tout en lançant en guise de bonjour :

-          Salut tout le monde ! Alors, tout va bien ? Vous vous êtes pas entretués j’espère ?

Si Branco n’avait pas été assommé dix secondes plus tôt, il en aurait ri comme un benêt.

***

Tout le monde pète un câble ! La tension et la privation ont fini par les faire craquer, Branco le premier. Qui aurait cru que des deux Branco était le plus tendre ? Bah, Branco a toujours laissé ses sentiments s’exprimer alors c’est pas si étonnant que ça, en vérité, même s’il est plus rapide pour buter quelqu’un que pour avouer ses sentiments ! Cela dit, il tente de trucider Will tout en lui avouant ses sentiments, c’est du Branco dans toute sa splendeur ! En tout cas, ça change des téléréalités où tout le monde annonce à tout le monde qu’il souhaite l’épouser :p

Danouch : Will ne se serait jamais fait violer, voyons ! D’où tu tires ça, toi ?! tu sais bien que je suis une pacifiste :p Il a suffisamment à faire avec Branco pour ne pas en rajouter une couche, quoique, j’aurai bien imaginé la réaction de Branco ! Un cocktail de kalachnikoff et de AK 47 MDR ! On a osé toucher au petit corps de son compagnon !

Ouais, fallait bien que la cavalerie débarque un moment ou un autre ! C’est vrai qu’on ne l’avait pas vraiment vue jusque-là mais elle était magnifiquement incarnée par Will et Branco soit deux psychopathes, bien que l’un soit légèrement plus équilibré que l’autre… Tout reste relatif…

Si, j’ai dit que le chien, c’était un petit bâtard noir donc ça peut pas être un Doberman ! J’avais plutôt en tête l’image de mon (ancien) chien, un cocker complètement dément qui adore dormir les quatre pattes en l’air ou alors étirée de tout son long et là elle est limite plus grande que moi, snif ! Ze veux un chieeeeen !!!

T’inquiètes, le chien, le citron, et le magnum reviendront J

Stéphy : A moins que ce ne soient eux qui s’entre-tuent :p

La suite au prochain épisode !

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26 mars 2012

Chapitre 21

07

 

Ligoté comme un saucisson au fond de la pièce, Will tentait tant bien que mal de garder conscience. La douleur dans le crâne lui lacérait l’esprit et l’empêchait de réfléchir. Il ne savait pas depuis combien de temps il était enfermé là mais déjà bien trop à son goût. Les liens étaient serrés, ce qui obstruait la circulation du sang. Il ne sentait plus ses bras ni ses chevilles mais ça ne l’empêchait pas de travailler sur les cordes. Il prenait son temps pour les distendre une à une et relâcher la pression. Sa blessure abdominale le relançait et il avait pris des coups un peu partout sur le corps mais il n’était pas plus amoché que ça.

En revanche, il prenait un malin plaisir à l’humilier. Will n’avait pas d’autre possibilité que d’obéir quand il ne s’était pas fracturé la mâchoire à force de se rebeller. Tant qu’ils le laissaient tranquille, il travaillait la corde de ses ongles qui étaient plus abîmés que la corde elle-même et il reprenait des forces. On ne lui donnait pas beaucoup à manger mais son régime alimentaire l’avait habitué à la restriction.

Perdu dans ses pensées, il ne le vit pas venir. Il eut tout juste le temps d’apercevoir des mocassins noirs impeccablement cirés avant d’en ressentir la pointe dans son estomac. Il étouffa la douleur comme il put en retenant sa respiration mais c’était pire que tout : il eut l’impression que son estomac se tordait sous la brûlure. Il cracha. Malheureusement, c’était tombé sur la chaussure, une chaussure qui devait valoir, à elle-seule, plus que son salaire mensuel.

L’homme lui attrapa les cheveux pour lui faire plier la tête en arrière. Will grimaça mais soutint le regard de son bourreau. Il n’avait rien perdu de sa fierté, contrairement à ce que ces hommes voulaient lui faire croire.

-          Si tu ne veux pas lécher, supplie-moi.

Will ne bougea pas d’un pouce, son regard torve était braqué sur lui. L’homme ressentit cette désagréable impression, comme à chaque fois avec ce gamin, d’être complètement transparent. Will était seul, martyrisé depuis plusieurs heures mais il n’avait rien perdu de son caractère. S’il avait appris une chose de la vie qu’il avait eue, c’est que rien n’est important, sauf à se préserver soi-même si on veut qu’elle ait un sens. Les autres ne font que rebondir sur la carapace. L’homme s’énerva, balança un nouveau coup de pied dans sa mâchoire et appuya son visage sur la chaussure, en pressant sa main sur le crâne. La nuque pliée à l’extrême, Will trouva le moyen de lancer un nouveau crachat sur ledit objet. Le type explosa, l’envoya par terre, et lui marcha dessus. La tête maintenue contre le sol, il lui ouvre de force la bouche et se penche au-dessus de ses lèvres avant de lui cracher dedans lui-même. La première fois, il avait essayé de lui enfoncer son pénis, il n’avait pas insisté. Will n’avait pas hésité à se servir de ses dents même s’il avait été durement puni après.

-          Je comprends pourquoi tes parents ne veulent pas de toi.

-          Je vous avais bien dit que vous vous trompiez de cible. Quand on veut faire chanter les gens, la moindre des choses, c’est de se renseigner avant.

-           Au lieu de faire le malin, tu ferais mieux de te soucier de ton sort. Ça ne veut pas dire que j’en ai fini avec toi. Je peux toujours trouver un acheteur pour toi.

-          Je suis une marchandise défectueuse. Même mes parents s’en sont rendu compte.

L’homme effectua une pression de deux doigts sur sa nuque, ce qui lui fit ouvrir la bouche immédiatement. Une douleur aigüe lui transperça le crâne avec l’impression qu’il allait éclater. Il n’avait jamais connu ça avant.

-          Si tu ne veux pas mourir sur-le-champ d’une rupture d’anévrisme, tu ferais bien de nettoyer tes dégâts.

Will, les larmes aux yeux, déglutit avant de passer la langue sur le cuir tendu. Ecrasé comme une crêpe sur le sol, réduit à lécher une chaussure, il était heureux d’être isolé. Il n’aurait pas supporté que Branco le vît dans cet état. Ça aurait pu lui donner de mauvaises idées pour la suite… Quand il fut relâché, il se garda de cracher sur la moquette et déglutit la boule de salive difficilement. L’homme se délecta du spectacle sans en rater une goutte. Il le regrettera.

Will fut durement renvoyer dans sa niche, il reprit machinalement le travail sur la corde. Il sentait que ça portait ses fruits et ça lui permettait de passer le temps sans trop se poser de questions. Il leva les yeux quand il entendit des voix. Son inconscient a cru reconnaître la voix de Branco mais il savait que ce n’était pas possible. Branco aurait débarqué en tuant tout le monde et en posant les questions après.

Branco. Aussi incroyable que vrai, il lui manquait. Enfin, ce n’était pas le mot exact mais il se rendait compte qu’il avait pris l’habitude de compter sur lui. Ce qui lui faisait bizarre, c’est qu’il savait qu’il remuait ciel et terre pour le retrouver. Ses parents ne bougeraient pas le petit doigt pour lui mais Branco ne le laisserait pas tomber. C’était une certitude aussi exotique que délicieuse. Mais surtout, ça le rassurait. Là, il se questionna quant à son état mental : il devait être plus secoué qu’il ne le pensait pour être rassuré par la présence de Branco, songea-t-il en souriant.

Une gifle sur la joue lui fit tourner la tête de côté. Il cligna des yeux, grogna –une mauvaise habitude- et leva les yeux au ciel.

-          Même mon co-équipier connaît les politesses, répliqua Will.

-          Intéressant, murmura l’homme qui l’accompagnait. Dans son état, il trouve le moyen de se rebeller.

Il le prit au menton, Will ne put s’empêcher de grimacer de douleur après les coups qu’il avait reçus. Une lueur de défi brillait toujours dans ses yeux pendant que l’homme l’examinait.

-          Debout.

Le poing de Will le démangeait. Même s’il avait eu une quelconque disposition envers ces deux hommes, Will aurait été bien incapable de se lever. Ses membres étaient tellement ankylosés qu’il n’avait pas la force de se lever. Son kidnappeur l’attrapa par les cheveux, tellement fort qu’il obligea Will à se lever si ce dernier ne voulait pas que son cuir chevelu se déracine.

-          Déshabille-le.

Son kidnappeur lui déchira le tee-shirt, le seul bout de tissu qui le protégeait encore de sa nudité et dégrafa son pantalon qui tomba mollement sur ses chevilles. Il n’a pas prit le risque de le détacher, ce qui aurait effectivement arrangé ses affaires. Un frisson parcourut sa colonne vertébrale lorsqu’il fit également glisser son caleçon. Will parada un peu moins, complètement vulnérable. Il tenta de se donner une constance alors qu’il était conscient de ne pas la posséder. Un courant d’air le ferait vaciller.

L’homme qui venait d’arriver l’examina longuement et Will perçut le peu de valeur qu’avait sa vie. Ses parents l’ignoraient et il était en train d’être analysé par un vieux pervers qui calculait mentalement le prix de son âme afin de se l’approprier. Pour l’instant, il le palpait mais l’homme ne se rendait même pas compte que Will avait une conscience et un cœur. Il testa la carrure de ses épaules et ses abdominaux.

-          C’est quoi, ça ? Demanda-t-il en désignant la cicatrice de la balle.

-          Une blessure par balle, répondit Will qui ne souhaitait pas qu’ils appuient dessus pour le faire parler.

-          Récente ?

-          Un mois et demi.

-          Etudes ?

-          Sport, soupira Will, peu désireux que l’interrogatoire dévie sur sa vie privée.

L’homme finit par lui ouvrir la bouche pour vérifier l’état de ses dents.

-          Tu ne fumes pas ? Aucune substance, quelle qu’elle soit ?

-          Non.

« Vieux con ».

L’homme le détourna et Will crut le voir porter la main à sa ceinture. Il lâcha un cri quand la lanière de cuir martela sa peau fine et tendue par les liens. Le cuir frappa sa peau encore et encore jusqu’à ce que Will s’écroulât, l’absence d’énergie se faisant encore plus cruellement ressentir.

-          Surveille tes pensées ou sois plus discret.

A moitié conscient, il fut soulagé lorsqu’il vit les deux hommes s’éloigner, certainement pour discuter des closes du contrat. Haletant, il rampa jusqu’au mur et grignota les liens avec l’énergie du désespoir. S’il était emmené, c’était fichu. Pourquoi Branco ne leur avait-il pas déjà troué le cerveau ?

C’est alors qu’apparut un troisième homme dans la salle. Sans prévenir, il balança un monumental coup de pied dans le ventre de son kidnappeur qui se plia en deux avant de recevoir trois coups successifs dans le menton pour finir avec un coup de pied intérieur sur la rotule. Il retomba durement sur le sol. L’autre se recroquevilla dans un coin en hurlant avant de recevoir un coup de poing sur le crâne. Ça n’avait pas duré plus de quinze secondes alors que ces types le harcelaient sans qu’il n’avait rien pu y faire. Will était énervé.

-          ça va ?

-          Ouais, je pète la forme, marmonna Will.

-          Je m’appelle Stéphane. Je vais te libérer et on va sortir d’ici.

-          Merci, souffla Will. Cinq minutes plus tôt, c’aurait été mieux.

-          Je sais mais je ne pouvais pas intervenir. Ça aurait empiré ton cas. Tu peux marcher ?

-          Pas tout seul, avoua Will piteusement.

Stéphane soutint Will et le fit sortir de l’appartement miraculeusement vide.

-          On s’est occupés de tout vider, expliqua Stéphane comme s’il avait lu dans ses pensées, ce qui commença à l’agacer.

-          On ?

-          Vous n’êtes pas seuls, ajouta Stéphane mystérieusement.

-          La cavalerie ?

-          Je t’expliquerai plus tard. Il faut te mettre à l’abri.

Will traîna les pattes jusqu’à un quatre-quatre blindé où il sombra dans l’inconscience avec une dernière pensée pour Branco mais il n’avait pas la force d’aller plus loin.

-          Branco, murmura-t-il.

-          On va s’en occuper.

-          Non, se réveilla Will. Il faut aller chez Yohann.

-          Yohann ?

-          Je l’ai vu, c’est lui qui a organisé mon enlèvement, c’est le contact de Chin. Branco aura forcément commencé par là.

-          T’as besoin de repos.

-          Plus tard.

Face au regard déterminé de Will, Stéphane n’hésita pas longtemps.

-          Où est-ce ?

-          Montparnasse.

Will, à nouveau dans l’action, reprenait déjà des forces. Il avait failli succomber au charme de la déchéance mais il ne voulait pas retrouver cet état de décrépitude suite à la blessure par balle. Quand on perd, il faut se relancer tout de suite sur le terrain. Stéphane lui proposa une bouteille d’eau et du chocolat qu’il avait toujours dans son sac. Will lui en fut reconnaissant et le chocolat répandit immédiatement une douce chaleur dans son estomac vide et malmené. En deux minutes, il l’avait terminée. Le conducteur ne roulait pas vite et Will serait déjà arrivé sur place avec la moto de Branco mais ça lui permettait de tester ses réflexes et de retrouver les sensations perdues de son corps. Ça n’empêche qu’il trépignait quand la voiture s’arrêtait au feu rouge.

Ils débarquèrent comme une furie dans la petite rue. On avait l’impression qu’elle avait été créée dans le seul but de loger la famille du sieur Jean. Tout le monde était sur des charbons ardents, prêts à passer à l’action quand Will fit face à un spectacle improbable. Il fit signe aux autres de ne pas bouger et sortit silencieusement de la voiture. Stéphane lui tendit son couteau.

-          Des vidéos … que les ravisseurs envoient aux parents.

-          Et ces vidéos, il te les a montrées ?

-          S’il y avait pensé, dit une voix amusée, je me serais retrouvé dans l’obligation de le tuer tout de suite, alors que j’avais besoin de lui.

-          Hugo ? Dit Van d’une voix blanche en voyant l’arme. Que … qu’est-ce que tu fais ?

Will les contourna en faisant le tour du pâté de maisons afin de se rapprocher d’eux un maximum. Branco semblait paralysé. Comme si le fait de voir son propre visage le retenait d’appuyer sur la gâchette. Autrement, il n’aurait pas hésité.  

-          N’y pense même pas, siffla Will en appuyant la pointe de la lame précisément sur le nerf de son frère.

-          Tu vas faire quoi ? Me tuer ?

-          Te tuer ne résoudrait rien mais je peux te handicaper à vie en paralysant ta colonne vertébrale. Ne doute pas une seule seconde que je le ferai.

-          Tu es bien naïf. Crois-tu que je suis seul ?

-          Ai-je l’air si naïf pour que tous le croient ? Tu vas reposer cette arme gentiment et nous laisser partir.

-          Tu crois pouvoir t’en sortir comme ça ?

-          Ça n’a jamais été simple avec vous. Je ne vois pas pourquoi ça changerait. Mais ne me cherche pas. Tu sens l’acier dans ta peau ? En tout cas, moi, je vois ton sang perler.

Hugo relâcha ses épaules et déposa lentement l’arme. Will donna un coup de pied pour diriger l’arme sur Branco qui la ramassa prestement. Il se retint d’appuyer sur la gâchette par respect pour Will qui aurait déjà pu trucider son frère s’il l’avait vraiment voulu.

-          Pourquoi ?

-          Pourquoi je t’ai trahi ? Tu vas verser la larme ?

-          C’est quoi le plan ?

Will ne put percevoir le geste infime de la main d’Hugo vers la poche intérieure de sa veste. Branco tira en visant l’épaule. Dans un dernier geste, Hugo se retourna avec un couteau que Will évita facilement. Il embarqua Van et Branco les suivit dans la voiture qui klaxonnait. Ils s’engouffrèrent dans le quatre- quatre pendant que la police arrivait sur les lieux.

Branco lui résuma rapidement la situation. Comment Van s’était impliqué dans leur affaire et comment ils s’étaient retrouvés avec Van. Dans l’esprit de Will, tout se chamboulait. Ça ne collait pas. S’il avait déjà été kidnappé, pourquoi son frère le manipulerait-il pour le mener directement à lui ? ça voulait dire qu’ils ne travaillaient pas ensemble. D’après ce que Will avait compris, il avait été enlevé pour servir de monnaie d’échange contre ses parents. Dans quel but, il l’ignorait encore mais Stéphane avait fouillé le bureau et trouvé des documents qui seront intéressants à analyser.

D’une part, il avait été enlevé pour servir de monnaie d’échange contre ses parents ; d’autre part, son frère avait manipulé son meilleur ami pour le retrouver. Y avait-il un lien ? L’enlèvement et l’apparition de son frère simultanés n’étaient-ils que des coïncidences ? Will n’y croyait pas. À moins qu’Hugo n’ait détourné l’attention de Will –quitte à s’en débarrasser définitivement- pour s’emparer de quelque chose, d’où la nécessité de connaître son adresse. Possédait-il une chose quelconque de valeur sans qu’il le sût ?

Ou alors Hugo voulait tout simplement éliminer toute trace de son frère, dans un périmètre le plus large possible. Comme il sait qu’il n’est pas de taille face à lui, il engage quelqu’un. Ensuite, il entraîne Van pour le mener à Branco et les supprime tous les deux. Ça implique beaucoup de choses, à commencer par le fait qu’il connaisse la Cavalerie. Ce ne serait pas étonnant. Son frère est bien du genre à agir dans l’ombre pour en sortir le moment propice. Il pouvait très bien diriger Marc, ce qui expliquerait les motivations de ce dernier.

C’est vrai qu’il ne fallait pas toujours chercher midi à quatorze heures. Qu’Hugo veuille se débarrasser de lui, Will n’en doutait pas une seconde. Et pourquoi maintenant ? Si c’était lui qui décimait un à un les membres de la Cavalerie alors Will avait commis une grave erreur en l’épargnant.

Pire. Si Hugo avait eu un coup d’avance sur Will depuis le début ? Si son objectif premier avait été d’infiltrer la Cavalerie en les appâtant avec Will ? S’il s’était un minimum renseigné sur la Cavalerie auparavant, il savait qu’elle chercherait à le contacter. Maintenant qu’il avait supprimé la plupart de ses membres, il pouvait s’en prendre à Will et lui rire au nez. Là, il le reconnaissait bien. Si son objectif premier était d’infiltrer la Cavalerie, là encore, quelle en serait la raison ? Quelque chose lui soufflait qu’il n’était pas loin. S’ils n’étaient pas jumeaux, Will aurait soupçonné un secret de naissance. Ils n’avaient jamais été proches alors peut-être qu’il avait eu affaire avec la Cavalerie sans qu’il le sût.

-          Will !

-          Oui ?

-          On est arrivés.

-          Pardon.     

-          Ça va ?

-          Un peu sonné, ne t’inquiète pas.

Will s’allongea avec délice sur le matelas. Il ne savait pas où ils étaient, probablement une planque de Stéphane ou de la conductrice. Oui, parce qu’en réalité, il s’avérait que le conducteur était une conductrice aux cheveux coupés courts. Ils n’avaient pas posé de questions ni rien échanger, ils avaient simplement montré le lit à Will qui s’y était affalé. Pourtant, ils avaient matière à parler et simplement de rencontrer des membres de l’organisation qui n’avaient pas une case en moins comme Branco était excitant. Là, il devrait vraiment dormir.

Ses deux amis –parce qu’il devait bien qualifier Branco d’ami- le regardèrent inquiets. Là, il aurait bien aimé parler à l’un ou l’autre séparément mais les avoir auprès de lui le rassuraient.

-          Vous voir tous les deux est aussi improbable que de retrouver ma mère, sourit Will.

-          Idiot. Tu m’avais dit que t’étais en sécurité pendant ta convalescence.

-          C’est une façon de voir les choses.

-          Je prends le lit d’à côté, marmonna Van en sortant de la chambre. Bonne nuit. Je suis content de te revoir en un seul morceau. On parlera demain et n’essaie pas de m’éloigner de tout ça.

Entendre ces mots lui fit chaud au cœur et il dut devenir tout rouge car Branco ne manqua pas de le remarquer. Sauf s’il avait entendu ses pensées.

-          J’y crois pas ! T’as le béguin pour lui ?

-          Ça va… J’y peux rien et j’ai mal à la tête. On va pas rentrer là-dedans.

-          J’ai eu peur pour toi, avoua Branco après un long silence.

-          Moi aussi, admit Will.

-          Oui, ça, je m’en doute.

-          Non, je veux dire… J’ai pensé à toi. Je savais que tu viendrais me chercher, sourit Will.

-          Ouais, résultat, c’est toi qui nous as sauvés.

-          Ca m’a fait du bien de savoir que je pouvais compter sur quelqu’un.

-          Vraiment ? C’est ce que tu penses de moi ? s’interrogea Branco, sincèrement troublé.

-          C’est la première fois que je sors ce genre de phrases alors j’espère que je vais pas le regretter, murmura Will qui dormait déjà.

Branco lui releva le menton. Dans ses yeux, il vit la lueur de rébellion qui l’animait encore. Puis il l’embrassa. Will répondit à son baiser avec passion et serra sa nuque contre lui. Il lui fit une place dans le lit et Branco le prit dans ses bras. D’un coup, Will lui parut aussi fragile qu’un oisillon. Encore une fois, à cause de lui, il s’était retrouvé en danger. Déjà, la balle qu’il avait reçue dans le ventre était une erreur de sa part et il avait été enlevé à cause de son inattention. Rien qu’en constatant la lenteur de ses gestes, il pouvait deviner la gravité de ses blessures. Mais jamais il ne se plaignait.

Ils échangèrent plusieurs baisers, les langues emmêlées l’une à l’autre, Will réclamait plus.

-          J’ai envie de toi.

-          Tu n’es pas en état.

-          C’est moi qui juge. Et une douleur de plus ou de moins, ça changera pas grand-chose.

Branco avait protesté pour la forme mais ne se fit pas prier deux fois. Il souleva le tee-shirt de Will et marqua un temps d’arrêt en voyant les hématomes qui recouvraient déjà son torse.

-          N’y prête pas attention.

Branco fit un effort sur lui-même pour l’ignorer et entreprit des caresses intimes avec sa langue pour retrouver le corps de Will. Effectivement, il oublia vite ses traces pour ne plus sentir que sa peau. Elle était humide de sueur mais c’était une odeur que Branco connaissait bien. Will soupirait d’aise sous les lèvres tendres de son compagnon. Etre dorloté n’était pas désagréable. Branco déposa des baisers tout le long de son corps jusqu’à atteindre son sexe déjà bien dressé. Il le caressa du bout des doigts avant de le titiller avec sa langue, puis le prit en bouche en l’englobant d’un seul coup tout en travaillant sa cavité. Sentir les doigts de Branco s’insinuer en lui était une douce intrusion. Will bougea le bassin pour ressentir plus profondément cette sensation tout en enfonçant un peu plus son sexe dans la bouche de Branco. Il l’absorba entièrement, Will pouvait sentir son souffle sur ses bourses, jusqu’à ce qu’il éjacule. Sa langue le caressait tout le long de sa paroi, en long en large et en travers, voire en largeur comme s’il aspirait chaque goutte de vie. Will éjacula dans un dernier spasme au moment où Branco plantait la pointe de son sexe à l’entrée de sa cavité. Ils échangèrent un baiser et Will retint sa respiration au moment où Branco le pénétra.

Ce fut comme si une épée l’avait transpercé de bout en bout, une épée affutée trente secondes plus tôt. Branco le laissa s’habituer à lui et arrêta tout mouvement. Will souffla pour libérer la tension mais lui fit signe de continuer. Branco commença lentement. Will sentait pleinement le sexe de Branco lui broyer les entrailles mais c’était lui qui l’avait demandé. Il devait juste patienter que la douleur disparût.

-          Plus vite.

Branco obéit et tout de suite, les sensations furent beaucoup plus fortes. La sensation de plaisir  se répandit tout autour de Will qui se sentit beaucoup mieux. Branco accéléra la cadence et Will soupirait de bien-être. Ça faisait longtemps. Branco déposa des baisers sur sa nuque, ce qui lui donna des frissons de douceur. Ils éjaculèrent ensemble et Will s’effondra sur le lit.

Ils s’endormirent tous les deux dans les bras l’un de l’autre.

-          Tu sais pourquoi ton frère voudrait t’éliminer ? Murmura Branco. Je viens de trouver le point commun entre Chin et tes parents. J’ai relu ton dossier. Le premier est devenu l’un des principaux actionnaires de la poste ; les seconds dirigeaient une importante entreprise d’import-export. Quoi de mieux pour étendre leur entreprise ? La Cavalerie avait cherché à te recruteur pour cette raison, raison pour laquelle Hugo veut te supprimer parce que tu es le seul obstacle réel à ses yeux. Toi seul peux empêcher cette fusion. S’il travaille avec Chin, il a dû lui parler de la Cavalerie puisqu’il nous a découverts. Hugo est la personne qui te connait le mieux, il n’a pu t’atteindre que par ce biais.  Il devait déjà connaître la Cavalerie et il t’a fait enlever. Je parie même qu’il a voulu te faire passer pour le coupable puisque tu es le seul survivant.  

Ça se tenait. C’était encore flou mais ils auraient le temps d’y réfléchir plus posément.

-          Peut-être. On y réfléchira demain. Bonne nuit.

-          Bonne nuit.

 

***

Et un lemon, un ! Bah ouais, on a presque oublié que cette histoire est yaoi, hein ?! Mais fallait bien ça pour se remettre des émotions ! Oui, j’ai pas pu m’empêcher de faire intervenir Will en héros mais bon, c’est pas aussi spectaculaire que je le voulais :p

Stéphy : Will est sauvé mais pas par Van et Branco ! Dommage ! Mais il y aura surement d’autres occasions avec tous ces bras cassés J

Danouch : ah non, c’est trop facile ! T’arrêtes pas d’accuser le chien et quand on met un coupable sous les yeux, ça compte pas ? MDR Ouais, tu t’es fait avoir, c’était le but aussi ! Pas besoin de toujours chercher midi à quatorze heures ! Mais le fait de douter de tout le monde, ça marche pas ! Pourquoi pas Will et Branco tant que tu y es ?! Mais le fait que t’aies pas oublié Jean est tout à ton honneur ! En tout cas, c’est sûr, y aura de la casse !

Ouais, la fic est finie (une petite trentaine de chapitres) et y a pas de guerrière ni de Doberman :p

La suite au prochain épisode !

Bisous, bisous !

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18 mars 2012

Chapitre 20

01

Après avoir parcouru tout le périphérique paralysé par l’accident du fourgon, boitillant et perclus de douleur, Branco était revenu sur les lieux de l’explosion de la voiture de Will. Peut-être avait-il cru, durant un bref instant, qu’il retrouverait le jeune homme là, ignoré par les ravisseurs. Mais, bien évidemment, il semblait tout simplement s’être volatilisé. Seul restait, fouillé par les pompiers et entourés par les gendarmes, la carcasse encore fumante et inquiétante de la voiture.

Durant plusieurs minutes, Branco resta debout, le bras gauche ballant le long de son flanc, la respiration rauque et saccadée, fixant la scène d’un regard vide, comme perdu. Ils avaient emmené Will. Il n’avait rien pu faire et il ignorait encore moins par où commencer à chercher. Peut-être l’avaient-ils tué ? Non. D’après Yohann, c’était beaucoup plus subtil que ça. Ils en avaient après Will, personnellement. Mais pourquoi ? Marc ayant été dans le coup, il lui paraissait logique maintenant qu’il lui ait demandé de faire équipe avec le gosse. C’était pour mieux l’approcher, le cerner, et l’attraper. Mais dans quel but ?!

Tant de questions et si peu de réponses. Branco avait l’impression de devenir fou. Avisant un gendarme, un calepin à la main, qui le fixait les sourcils froncés, il fit demi-tour et s’éloigna de la scène. Il avait mis Will en danger simplement parce qu’il n’avait pas été foutu de faire face à une situation tout seul ! Et parce qu’il était un incapable, Will se retrouvait en danger. Dans un grognement rageur, Branco tourna au coin d’une rue et boitilla comme il put, mi-courant mi-marchant. Il devait trouver un endroit sûr.

Il avait été un idiot. Bien évidemment, rien ne lui garantissait que Yohann et ses acolytes le mèneraient directement au même endroit que Will mais il avait tout de même été idiot. Il avait provoqué l’accident, sans le vouloir évidemment, puis s’était enfui sans chercher son reste, et sans chercher à en savoir davantage. Parfois, l’instinct de survie est le plus fort.

Il bifurqua au bout de la rue et finit par s’arrêter, haletant. Il s’adossa au mur pour tenter de reprendre son souffle et de s’éclaircir les idées. Pourquoi Chin envoyait-il ses hommes capturer Will ? Quel était le plus court chemin pour l’atteindre, lui ? Le temps de reprendre son souffle, et Branco sut. En réalité, c’était Will qui avait toujours su. Jean, le père de Yohann, était très certainement le seul moyen par lequel Branco pourrait atteindre le gamin. Mais il fallait déjà qu’il sache où le trouver.

Entendant des pas dans la ruelle, Branco reprit son chemin en hâtant le pas. Il se cacha dans une impasse au moment où le gendarme au calepin surgissait de la rue. Branco attendit quelques secondes que son cœur reprenne un rythme normal, puis reprit sa route.

Peut-être Will avait-il laissé un indice chez lui ? Non, impossible. Branco y avait séjourné assez longtemps pour se souvenir qu’il ne laissait rien au hasard et que, surtout, rien ne trainait qui ait de l’importance. Il abandonna vite cette idée et tourna de nouveau, laissant derrière lui l’accident pour remonter l’avenue de Paris en direction du métro Porte de Vincennes.

Lorsqu’il commença à dévaler l’escalier qui le menait vers le monde souterrain, sa vision se troubla et il perdit brièvement l’équilibre avant de se réceptionner contre le mur de son épaule gauche. Il étouffa un cri de douleur et laissa une trainée rouge sur le mur. Avant toute chose, Will lui aurait suggéré de se trouver un endroit au calme pour soigner cette blessure vicieuse et douloureuse. Réfléchissant à toute vitesse, Branco se dit que retourner chez lui serait suicidaire, tout comme chez Will. Mais il ne se souvenait pas avoir entendu le gamin le sermonner d’avoir choisi l’appartement de Virginie comme refuge. Et sans plus attendre, il s’y dirigea.

Tout le long du trajet, Branco tenta de trouver une solution, ou tout du moins, une logique à tout ça. Pourquoi Will ? Il n’était qu’un pauvre gamin abandonné par ses parents, seul, répugnant à accorder sa confiance aux autres, et sans le moindre sou. Avait-il touché une corde sensible ? Chin avait-il découvert sa couverture et décidé de toucher La Cavalerie à travers lui ? Non, ça ne pouvait pas être ça, sans cela lui-même aurait constitué une cible parfaite. Mais Yohann lui avait clairement fait comprendre que Will était la véritable cible dans toute cette histoire.

Lorsqu’il parvint devant l’immeuble où vivait Virginie un peu plus tard, Branco n’avait toujours pas trouvé de solution, et ignorait encore comment il parviendrait à trouver l’adresse où vivait Jean. En passant la porte du hall, il se figea. Une armada de flics en uniforme et en civil se bousculait dans les couloirs dans un brouhaha énorme d’indignation et de voix fatiguée. Branco balaya chaque visage du regard, découvrant parmi eux un jeune premier qui s’était sans doute coupé en se rasant ce matin, un vieux bonhomme blasé qui fumait sa cigarette les yeux dans le vague, une mégère en tablier qui expliquait au petit jeune à quel point cette jeune femme était charmante, et qu’elle ne comprenait pas pourquoi quelqu’un aurait voulu lui faire du mal.

Branco sentit son sang se glacer dans chaque veine de son corps lorsque deux brancardiers passèrent près de lui, soulevant d’un air blasé un corps inerte et rouge recouvert d’un drap. Une main pendait dans le vide, ensanglantée, et Branco reconnut le bracelet en cuir torsadé de Virginie. Il s’enfuit de nouveau. Ils avaient un coup d’avance sur eux, depuis le début. Ils avaient prévu leur visite dans l’appartement où vivait sa sœur en collocation et avait piégé leur voiture, ensuite il lui avait coupé tout moyen de retraite. A présent, Branco était seul, et il ignorait où aller.

Qu’à cela ne tienne ! Les vieux hôtels de la place Pigalle n’étaient généralement pas très regardant sur leurs clients. Après plusieurs minutes de trajet en métro, la tête et l’épaule douloureuse, le cœur au bord des lèvres, Branco entra dans l’un de ces petits immeubles qui ressemblait davantage à des maisons de passe qu’à de véritables hôtels. Un homme à la peau usée, une barbe de trois jours lui mangeant la moitié du visage, leva vers lui des yeux délavés sans aucune énergie et fronça les sourcils. Voir un homme entrer seul ici devait sans doute être nouveau ici.

-          C’est pour quoi ? demanda-t-il sur ses gardes en avisant le sang séché sur l’épaule de son nouveau client.

-          Une chambre, répliqua Branco d’une voix grave, pourquoi d’autre sinon ?

L’homme regarda à ses côtés, longuement, comme s’il espérait y trouver une personne cachée qui l’aurait abordé en criant : Bouh ! J’t’ai bien eu, hein ?! Mais, bien évidemment, il n’y avait personne. Ses yeux revinrent sur Branco.

-          Vous êtes seul, constata-t-il de sa voix usée.

-          Sans blague ! Il vous faut un haut diplôme en hôtellerie pour faire ce constat ?

La réceptionniste se braqua immédiatement.

-          J’sais pas si t’as remarqué, p’tit rigolo, mais ici t’es dans l’hôtel le plus proche de Pigalle, et tous mes clients vont par deux. Si j’en fais entrer un solitaire, ça va paraitre louche.

Alors ça, c’était quand même un comble. Branco soupira, sortit son portefeuille et déposa sur le comptoir cinq gros billets orange.

-          Et bah si jamais on vous pose la question, vous n’aurez qu’à dire que mon accompagnatrice se refait une beauté.

L’homme usé fixa les billets, puis le visage de Branco, les billets, puis l’épaule de Branco, et dégaina enfin sa main de sous le comptoir pour attraper les billets. Puis il fit glisser les clefs d’une chambre sur le bois crasseux.

-          On paie à l’heure ici monsieur, déclara-t-il d’une voix guindée, pas à la nuit. Dans trois heures vous serez parti.

Branco attrapa les clefs mais ne répondit rien.

Près de cinq heures plus tard, il émergea enfin de son lourd sommeil. En réalité, il n’avait pas eu l’intention de s’endormir, mais après avoir passé les premières minutes à s’occuper de son épaule douloureuse et de son genou gauche où s’était fiché un bout de métal du fourgon accidenté, il s’était senti assailli par une brusque fatigue. Et il s’était endormi. Le réceptionniste avait bien tenté de le faire dégager de la chambre, mais il s’était vite résigné lorsque Branco lui avait dégainé son six coups sous le nez. Et ça n’était certainement pas un vieux monsieur qui louait ses chambres à l’heure pour des gens uniquement accompagnés qui allait prendre le risque d’appeler la police.

Des bruits, des cris et des gémissements lui parvenaient depuis la chambre à l’extrémité de la sienne mais il s’en fichait. En réalité, cela ne l’empêchait même pas de réfléchir, bien qu’il ne trouve toujours pas de solution. Comment trouver l’adresse de ce fichu Jean, dont il ne connaissait même pas le nom de famille ? Et pourquoi diable Yohann avait-il choisi de crever dans l’accident ?! Décidément, il n’avait pas de veine.

Assis au bord du lit, la tête dans les mains, les battements de son corps pulsant sur son épaule gauche douloureuse, Branco était au bord de l’effondrement. Il n’allait tout de même pas être lâche au point d’abandonner Will et de rester cacher ici, alors que le gosse s’était mis en danger en venant l’aider ?!

C’est ici que son téléphone portable sonna. Branco sursauta. Il l’avait oublié … son portable … il avait oublié son téléphone, sagement rangé dans la poche droite de sa veste ! Avec ça il pourrait peut-être appeler Will et tenter de joindre ses ravisseurs.

Faisant fi de la douleur et des vertiges, Branco se rua vers le dossier de la chaise où il avait déposé sa veste, lutta un bref instant contre la doublure et sortit son portable. Il put y lire : Will appel. Son cœur fit un bon dans sa poitrine. Cet idiot s’en était sorti tout seul, et il l’appelait seulement maintenant ?! Oui bon, il n’y avait pas pensé non plus, m’enfin, Will semblait tout de même plus réfléchi que lui au premier abord. Il décrocha.

-          Allô ?

Et jugea son entrée en matière légèrement foireuse.

-          Où est Will ?

C’était une voix qu’il ne connaissait pas. Un interlocuteur inconnu était en train de l’appeler en utilisant le téléphone portable de Will. Les ravisseurs ? Le temps d’un battement de cœur, Branco se fit plus ferme, et ses vertiges cessèrent.

-          Will ? Et vous, qui êtes-vous ?  aboya-t-il avec force.

-          Van, répondit la voix avec tout autant de verve.

-          Van… Van…

Il était persuadé d’avoir déjà entendu ce nom quelque part …

-          Ah oui ! s’exclama Branco avec l’air de s’amuser follement. Son meilleur pote ! Oh, putain, ça tombe bien ! Comment t’as eu mon numéro ?

Un nouveau miracle venait d’avoir lieu, et Branco n’était pas décidé à le laisser passer ! Durant leur paisible retraite en Normandie, Will avait brièvement évoque un certain Van, ami d’enfance et collègue du Viet Vo Dao. S’agissait-il de la même personne ?

-          Tu veux que je te raconte mes premiers instants magiques avec Will aussi ? Dis-moi ce qui se passe !

-          Attends, reprit Branco d’un ton posé, il faut qu’on se retrouve quelque part. Avant ça, donne-moi une preuve que t’es bien celui que tu prétends être.

-          Ce serait plutôt à moi de te poser la question. Je suis chez Will avec son portable. Qu’est-ce qu’il te faut de plus ?

Le temps d’une demi-seconde, Branco analysé le pour et le contre de cette déclaration et se dit finalement que, au point où il en était, un danger de plus ou de moins ne ferait certainement pas la différence.

-          Bon, d’accord, céda-t-il avec vivacité, au pire je pourrai toujours te dégommer. Alors si t’es chez lui, tu peux te déplacer ?

-          Où veux-tu qu’on se retrouve ?

Le dénommé Van semblait tout aussi pressé que lui d’en découdre. Qu’est-ce que cela pouvait bien cacher ? Mais Branco était vraiment décidé à jouer le tout pour le tout :

-          Will m’a dit qu’il devait trouver un type du nom de Jean, le père de Yohann, tu connais l’adresse ?

-          Ouais, il m’en a déjà parlé, concéda Van d’un ton interrogateur à l’autre bout du fil.

Un bref instant, Branco ressentit une pointe de jalousie mais la chasse bien vite. Il reprit :

-          Je suis pas sûr qu’ils seront là-bas mais on devrait trouver quelques indices. On s’y retrouve le plus vite possible.

-          A quoi je te reconnais ?

-          Moi, je te reconnaitrai.

Branco raccrocha en se traitant d’idiot et de tous les noms d’oiseaux possibles. Et il allait faire comment, pour le reconnaitre, hein ? Il tenta de se persuader que, puisque Van était le meilleur ami de Will, il devait très certainement y avoir une certaine ressemblance. Il chassa cette pensée de son esprit et se hâta de se vêtir.

La douleur pulsait dans son épaule mais il tenta de l’oublier en dévalant les escaliers. D’un geste négligent, il balança les clefs sur le comptoir, sans un regard pour le réceptionniste qui le fusilla du regard, ni même pour l’homme en costume soigné qui venait d’entrer au bras d’une jolie rousse trop maquillée, et sortit dans l’air frais de la nuit.

Et si c’était un piège, de toute façon, il avait toujours son flingue sur lui. Pris d’une peur subite, il fourra sa main dans sa poche, tâta son arme, et soupira de soulagement. Le chargeur était plein, rien à craindre.

Tout en pénétrant dans le métro, Branco se demanda pourquoi un homme comme Jean, très friqué d’après ce que Will lui en avait dit, s’était installé près du boulevard Montparnasse, alors qu’il existait d’autres logements bien plus luxueux et couteux à la périphérie de Balard et de la Tour Eiffel. Il chassa cette pensée de son esprit en secouant la tête, avec la désagréable impression de se jeter tête baissée dans un piège. Il se rassura en se disant que, franchement, ça n’était pas la première fois, et qu’il avait déjà fait bien pire.

Lorsqu’il parvint à destination, il avisa la grille noire en fer forgé qui gardait l’immense maison au style baroque. Allongé sur le seuil, le fixant de ses doux yeux bruns, un énorme chien au pelage doré lui barrait l’accès à la maison. Une chance sur cent pour que Will fût ici. Tout réfléchissant, Branco fit le tour de la maison, tout en réalisant qu’il n’avait absolument pas pensé à la façon dont il s’y prendrait pour entrer. Et s’il toquait, pour changer ?

Il aperçut une silhouette, au bout de la rue, qui marchait d’un pas vif et nerveux dans sa direction. Branco se mit à l’abri derrière le mur et dégaina sur arme, prêt à bondir. Une chance sur deux qu’il s’agisse de Van, donc soit il était sur le point d’agresser un prof de Viet Vo Dao, soit il flanquerait la peur de sa vie à un honnête citoyen de Paris, dont la seule faute était d’être pressé.

Les pas cessèrent devant la grille. Branco retenait sa respiration. Les pieds piétinèrent, comme si l’homme à qui ils appartenaient regardait tout autour de lui. De toute évidence, il s’agissait bien de Van.

Alors que Branco s’apprêtait à surgir, celui-ci reprit sa marche rapide, dans sa direction. Ni une ni deux, utilisant son bras blessé avec une rapidité surprenante, Branco attrapa le jeune homme et le plaqua sur le mur de pierre blanche, à l’abri des regards indiscrets et des caméras de surveillance s’il y en avait. Van avait armé ses poings et tout son corps tendu était prêt au combat, mais il se ravisa lorsqu’il réalisa que son agresseur pointait une arme sur son nez. A voir l’expression liquéfiée de son regard, c’était la première fois qu’il avait à faire à un homme blessé à l’air fou armé d’un révolver. Les deux hommes se fixèrent du regard avec intensité.

-          Putain, souffla Van à mi-chemin entre la colère et la peur, Will est vraiment dans la merde.

Branco ignora cette tirade et entreprit de fouiller le jeune homme à l’aide de son bras gauche. Son épaule cria grâce mais il l’ignora. Une fois son examen terminé, il reprit fermement son arme et demanda :

-          Comment t’as connu Will ?

-          Quoi ?

La patience de Branco l’avait quitté tout à l’heure dans le métro entre Saint-Germain-des-Prés et Saint-Sulpice, en direction de Montparnasse Bienvenue. Il rapprocha son révolver du nez de sa victime et durcit son regard. Cela sembla fonctionner.

-          Dernière section de maternelle ! s’écria Van, alors que son regard ne cessait de faire la navette entre l’arme et les yeux noirs de Branco. Je lui ai piqué une bille et il m’a cassé le nez … depuis, on ne se quitte plus.

Branco garda la pause le temps de faire le tri dans ses souvenirs. Will lui avait effectivement parlé d’une scène de ce genre-là en évoquant son amitié avec le dénommé Van. Jugeant que cela collait, Branco rengaina son arme en jetant de brefs regards tout autour d’eux. Paralysé par la peur et la surprise, Van garda la pause sans le quitter des yeux.

-          Merde, murmura-t-il sans croire lui-même à ce que son cerveau venait de comprendre, t’es le gars qui s’est occupé de Will quand il a été blessé …

Plongeant ses yeux dans ceux du jeune homme en face de lui, Branco arqua un sourcil. En réalité, il y avait très peu de ressemblance avec Will. Au vu de la carrure, en soit impressionnante, qu’arborait le jeune Van, il était évident qu’il était lui aussi, au même titre que Will, un combattant aguerri. Mais, à sa réaction, on pouvait en conclure qu’il n’était pas aussi casse-cou que son copain. Là où Will lui en aurait déjà retourné une, Van se contentait de le fixer, les yeux grands ouverts. Il avait l’air plus calme. Non, plus serein peut-être. Et bien foutu, d’ailleurs.

Détournant le regard pour scruter une seconde fois les deux extrémités de la rue, Branco grogna :

-          Ouais, et alors ?

-          Et alors ?! renchérit Van d’une voix forte en baissant soudainement les bras, les poings serrés. Il m’avait dit qu’il ne craignait rien, et son dernier amant m’accueille avec un flingue !

Sur ses gardes, Branco recula d’un pas. A l’évidence, il s’était trompé. Van semblait tout aussi réactif que Will lorsque son honneur était en jeu. Mais c’était également son cas, et il n’avait pas l’intention de céder du territoire à un autre mâle. Il croisa les bras sur son torse pour se donner plus d’importance et déclara :

-          T’en fais pas, je ne lui ai fais que du bien à ton Will.

C’était plus fort que lui, chaque fois qu’il se retrouvait en concurrence, avec sa fierté en jeu, fallait qu’il fasse l’idiot. C’était peut-être ça, qui avait agacé Will, à la longue.

Branco s’attendait plus ou moins à une réplique virulente, ou bien à un coup de poing vengeur, mais rien ne se passa. Le visage de Van se ferma et il garda le silence, les joues légèrement plus rouges. Une petite candeur toute particulière qui fit sourire Branco et l’attendrit. Un peu.

-          Je vois, devina-t-il d’un ton moqueur, vous n’avez jamais baisé, c’est ça ?

A son tour, Van croisa les bras, le défiant du regard de se moquer de lui davantage.

-          Je te signale qu’on n’est pas tous homo et fier de l’être, lança-t-il avec véhémence.

-          Que tu dis.

Branco ne parvenait pas à se débarrasser du sourire idiot qui étirait ses lèvres. En fait, il l’appréciait assez, ce Van. Un peu pédant au premier abord mais sympathique. Le visage de ce dernier n’exprima bientôt plus que la surprise, puis un coin de ses lèvres charnues se rehaussa en un mince sourire et il détourna les yeux, décroisa les bras et mit les mains dans ses poches.

-          Alors, tu penses qu’on trouvera des traces de Will dans cette baraque ? demanda-t-il, toute peur envolée.

-          Nan, répondit franchement Branco sans le quitter des yeux, mais je ne sais pas par où commencer d’autre, alors autant faire ça.

Les yeux marrons de Van revinrent vers lui, le scrutèrent quelques instants, comme à la recherche d’un secret enfoui, puis il déclara :

-          Mais comment vous avez fait pour vous entendre, toi et Will ?!

Branco poussa un rire bref.

-          Tu sais parfois, entre homo, il suffit d’assez peu de chose. Mais dis-moi, comment tu as su que Will s’était fait kidnapper ?

-          Euh … par son frère.

Le regard de Branco se fit plus dur. Will lui avait déjà parlé de son frère jumeau, de quelques minutes son cadet, et pour autant qu’il sache, l’entente entre les deux étaient loin d’être parfaite. Alors pourquoi ce frère, qui avait dénoncé son homosexualité à leur parent, s’était-il tout à coup mis en tête de sauver son frangin ? Pour Branco, qui avait été de nombreuses fois trahi dans sa vie, c’était loin d’être aussi simple et une petite lumière rouge se mit à clignoter dans sa tête.

-          Et comment il l’a su, ce frère ? demanda-t-il de plus en plus tendu.

Van sembla se douter de son changement de comportement et fronça les sourcils, mais il répondit néanmoins :

-          Des vidéos … que les ravisseurs envoient aux parents.

-          Et ces vidéos, il te les a montrées ?

Van ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit, et il la referma rapidement. Etait-ce aussi tordu que ça en avait l’air dans sa tête ? Un mouvement sur leur droite les figea, il y eut le bruit d’un chien qu’on rabat et un rire raisonna tout près d’eux.

-          S’il y avait pensé, dit une voix amusée, je me serais retrouvé dans l’obligation de le tuer tout de suite, alors que j’avais besoin de lui.

Les deux hommes tournèrent la tête en même temps. Branco écarquilla les yeux, abasourdi. Devant lui, Will venait d’apparaître, en plus fin et plus svelte, braquant sur lui une arme qui le regardait droit dans les yeux. Un sourire et une expression terrifiante, qu’il n’avait jamais vu sur le visage de Will, déformait ces traits si familiers pour lui. Il se figea. Il ne s’agissait pas de Will.

-          Hugo ? dit Van d’une voix blanche en voyant l’arme. Que … qu’est-ce que tu fais ?

Mais de son jumeau.

***

Bah oui, Van s’est fait avoir. Comment va réagir Branco en faisant face à Will tout en sachant que ce n’est pas lui ? C’est marrant que j’ai pas eu de gros débordéments avec Hugo. Du genre : « c’est lui le coupable » ! Alors que là, franchement, y avait de quoi se poser des questions ! Le chien, on a des doutes mais le frère est blanc comme neige ? Vous ramollissez les filles lol !

Stephy : En fait, Van n’est pas aussi caractériel, froid et insupportable que Will lol Il est normal, le pauvre, ce qui fait que comparé aux deux autres abrutis, il paraît fade, le pauvre. Mais du coup, ça va apporter un certain équilibre au trio, disons que les choses ne vont pas empirer :p

Danouch : T’as entièrement saisi le caractère de Van. Moi aussi, c’est l’un de mes persos préférés, j’ai autant de plaisir à le travailler que Will ou Branco (ouais parce que Branco, j’aime bien le torturer aussi, pardon, le travailler !). C’est l’élément stable du groupe et même s’il n’est pas particulièrement brillant, c’est lui rend les choses un peu plus réalistes, complètement perdu, se méfiant de Branco comme la peste. Et ouais, Branco sera un peu jaloux mais il a les arguments, il a ce qu’il faut pour s’en servir comme il faut :p. C’est horrible de rattraper le retard, hein ? Mais c’est tout aussi horrible que d’en avoir… Ah, misère !

La suite au prochain épisode !

Bisous,  bisous !

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12 mars 2012

Chapitre 19

Sumi_Keiichi

Van accéléra le pas quand il eut la confirmation qu’il était suivi. Au début, il n’y croyait pas : pourquoi quelqu’un le suivrait-il ? Il n’était pas une jeune femme faible et fragile et il ne vivait pas dans un quartier dangereux. Cependant, l’intuition restait, tenace et comme une impression de déjà-vu. Il ne fit pas semblant d’emprunter des détours et rentra directement chez lui. Il était suivi depuis la fac : ses poursuivants savaient vraisemblablement où le trouver et il ne cherchait pas à se mettre en danger inutilement.

Il claqua la porte plus violemment qu’il ne l’aurait voulu et constata que son cœur battait anormalement vite. Il releva la tête pour croiser le regard suspicieux de son père. Il monta dans sa chambre sans demander son reste et s’allongea sur le lit, le cœur battant. Il fouilla sa mémoire mais il ne croyait pas avoir été suivi auparavant. Des hypothèses plus inquiétantes les unes que les autres se télescopèrent dans sa tête. Des agents du gouvernement pourraient le recruter en tant qu’enfant espion, des flics maffieux pourraient l’arrêter pour le servir comme coupable d’une affaire louche quelconque, des maquereaux pourraient l’enlever pour profiter de son corps, des stars du cinéma pourraient le prendre pour un enfant illégitime. Mais au fond de lui, il en connaissait la vraie raison. Il n’avait aucune preuve pour le justifier ni même aucun fait matériel mais tout cela était forcément lié à Will.

Il serait incapable de dater avec précision le début de son amitié avec ce garçon. C’est le genre d’amitié tellement ancienne que l’on en a oublié l’élément déclencheur. Ils se connaissaient déjà sur les bancs de l’école maternelle mais leurs parents respectifs n’y étaient pour rien puisqu’eux-mêmes ne se connaissaient pas avant. Van est resté quand Will a été renié par sa famille alors que la situation n’était pas facile. Will, qui n’était déjà pas spécialement facile de caractère, s’est révélé exécrable. Il a squatté chez lui pendant un moment jusqu’à ce que ses propres parents le mettent à la porte à leur retour de vacances. A deux, ils s’étaient démenés pour lui trouver un logement convenable mais Will avait quand même dû passer deux nuits dehors, ce qui rendait Van malade rien que d’y penser. Will l’avait rassuré en disant qu’il n’y était pour rien mais savoir son meilleur ami à la rue quand lui-même vivait dans un luxe confortable était malsain. Heureusement, les nuits n’étaient pas froides et un ami a pu l’héberger jusqu’à ce qu’il trouve quelque chose. Pendant ce temps, Will s’était trouvé un travail de livreur de pizzas mais sa paye permettait tout juste de vivre.

Il a continué à chercher un endroit pour vivre tout seul. Du jour où il a trouvé, il n’en a jamais informé Van. Ce qui l’a profondément blessé. Ça n’a l’air de rien mais ils n’avaient pas l’habitude de se cacher des choses. Même quand Will a dû dormir dehors, Van est resté avec lui et ça l’a moins gêné que de lui montrer où il dormait. Et voilà qu’il ressassait ça maintenant. Il secoua la tête et prit sa douche. Il ne savait pas trop s’il devait parler de tout ça à ses parents mais comment leur annoncer qu’il était suivi ? Et puis ses parents s’énervaient dès que le sujet de Will était abordé. Lui-même ne pouvait nier qu’il était l’ami idéal et il ne pourrait mentir à ses parents quand il avait déjà des doutes sur la question.  

Il se coucha, l’esprit embrouillé de questions qui attendaient d’être résolues toutes seules. Quand il arriva à la fac, il se demanda s’il avait été suivi ou non. Au moment où il franchissait l’enceinte de la fac, un bras l’attrapa par derrière. Il se retourna vivement et aperçut un visage familier qui retint son poing déjà prêt à frapper. Quand on parlait du loup…

Dix minutes plus tard, il se retrouvait dans un café à boire un chocolat chaud avec le frère cadet de Will, Hugo. Un frère plus jeune de quelques secondes puisqu’ils étaient tous les deux jumeaux. C’était probablement la raison qui expliquait que ses parents n’aient eu aucun mal à mettre Will à la porte, physiquement, il ne devait pas trop leur manquer. Pour une raison ou une autre, Van avait toujours été capable de les différencier, surement parce qu’ils avaient grandi ensemble. Il n’y avait pas de différence flagrante autrement qui pourrait l’expliquer. En général, Will lui rétorquait que sa mère avait grandi avec eux mais qu’elle n’arrivait toujours pas à les différencier. Pour autant, les deux garçons se ressemblaient comme deux gouttes d’eau mais de caractère, ils étaient complètement différends, en cela, ils ne se ressemblaient pas du tout. Là encore, Will lui rétorquait que c’était complètement faux.

-          Tu as des nouvelles récentes de Will ? Commença Hugo directement.

-          Will ? Pourquoi tu me demandes des nouvelles de lui ? Jusque-là, il ne vous manquait pas trop, il me semble.

-          Mes parents me cachent quelque chose à son sujet.

-          C’est-à-dire ?

-          Ils sont excités depuis quelques jours et s’enferment dans le bureau en chuchotant.

-          C’est forcément à cause de Will ? Rétorqua Van.

Hugo lança un regard lourd de conséquences que Van ne put ignorer.

-          Bon, d’accord, admit-il. C’est toi qui m’as suivi hier ?

-          J’ai pas osé t’aborder à la fac et j’espérais le faire avant que tu rentres chez toi.

-          Pourquoi moi ?

-          T’es son meilleur ami, répliqua Hugo en haussant les épaules. Je me disais que si quelqu’un savait où il se trouvait, c’était toi.

Van sortit son téléphone et composa le numéro de Will. Il ne fut pas étonné de constater que ce dernier ne réponde pas.

-          Non, je ne sais pas où il est.

-          Juste parce qu’il ne répond pas à son téléphone ?

-          Ça veut tout dire.

-          Ecoute… je sais que je n’ai pas été un frère exemplaire mais j’aimerais vraiment lui parler. On ne peut pas lui parler ? Aller chez lui ou l’attendre à sa fac ?

-          Ça, c’est ton problème. Il fallait y réfléchir avant. Et pour ta gouverne, n’essaye pas de me tirer les vers du nez parce que je ne sais pas où il habite.

-          Comment ça ?

-          Et je commence à comprendre pourquoi, conclut Van en se levant, signalant que la conversation était terminée.

-          Je crois que Will a été pris en otage, déclara Hugo, gravement.

-          Quoi ?

-          Will a été pris en otage, répéta-t-il. Tu crois que les parents vont se précipiter pour le sauver ? Ils sont simplement en train de calculer les conséquences médiatiques qui vont retomber pour leur boîte.

-          Comment ça : il a été pris en otage ?

-           Je ne sais pas. On a reçu une vidéo il y a deux jours. Quand on allume l’ordinateur, le virus s’enclenche automatiquement et une vidéo de Will apparaît. Il est ligoté des pieds à la tête, battu et frappé. Ils exigent une rançon si on veut que Will soit libéré. Tu crois que papa et maman vont dépenser de l’argent pour lui ?

-          Le pire, c’est que Will le sait très certainement. Ça ne doit pas améliorer son moral.

-          Alors tu me crois ?

-          Tu aurais dû commencer par là tout de suite. Mais ça ne change rien au fait que je ne sais pas où il habite.

-          Il ne te l’a jamais dit ?

-          Will ne fait plus confiance à personne depuis que sa propre famille l’a rejeté simplement parce qu’il est homosexuel.

Hugo allait répliquer mais Van lui coupa immédiatement la parole, ne souhaitant pas perdre de temps en débat stérile et inutile.

-          Pourquoi veux-tu aller chez lui ? Tu crois y trouver des indices ?

-          C’est surtout que je ne sais pas par où commencer. Ça se trouve, il est tout simplement retenu chez lui.

-          J’ai peut-être un moyen d’obtenir son adresse. Suis-moi.

-          Guide-moi plutôt, je t’emmène.

Van entra dans la voiture d’Hugo et il lui indiqua l’itinéraire. Quand ils arrivèrent à destination, ils se trouvaient devant un bâtiment carré et blanc, difforme mais tellement sentimental. Il laissa Hugo derrière lui. Van poussa la porte vitrée et descendit directement l’escalier. A l’accueil, se trouvait une femme âgée de quarante-quatre ans qui veillait sur ce lieu depuis près de quinze ans. Les cheveux gris de soucis et la peau tirée par un âge qu’elle ne faisait pas, elle regarda Van arriver avec méfiance.

-          Salut, ma belle.

-          Qu’est-ce que tu me veux, faux jeton ?!

-          Faux jeton, ça a encore changé depuis la dernière fois ? Bon, d’accord, t’as bien l’adresse de Will dans tous tes papiers.

-          N’essaye même pas, poussin. Même sans son ordre absolu, je ne donne pas l’adresse de mes clients. Secret professionnel.

-          Quel ordre absolu ?

-          Will refuse que ses coordonnées soient divulguées à qui que ce soit. Même toi.

-          Même moi ?

-          Surtout toi.

-          D’accord, ça fait plaisir. Ecoute, la situation est grave et j’en ai vraiment besoin. Will court un grand danger. Je ne peux pas le laisser seul simplement parce que cet abruti est une tête de mule égoïste.

-          Un grand danger ? Tu crois que c’est un agneau qui vient de sortir du ventre de sa mère ?

-          Il a été enlevé, Marie-Agnès. Tu sais que c’est mon meilleur ami, je l’ai couvert pendant tout le mois où il a été absent en le remplaçant pendant ses cours. Je fais tout ce que je peux pour l’arranger. Je ne te dirai pas qu’il a été enlevé si ce n’est pas vrai. Ce n’est pas mon genre de plaisanter.

 Marie-Agnès pinça ses lèvres et Van pouvait presque la voir réfléchir. Il avait envie de la secouer au lieu de la voir tergiverser alors que son meilleur était en danger de mort.

-          Tu as une preuve qu’il soit enlevé ?

-          Bien sûr que…

-          Tu allais encore te précipiter, n’est-ce pas ?

-          Non, je sais que je n’ai aucune preuve mais…

-          Toi, écoute-moi. En cinq ans, tu ne m’as jamais posé une telle question. Qui te l’a demandé ?

-          Quoi ?

-          Qui te l’a demandé ?

-          Son frère, lâcha Van.

-          Son frère te demande l’adresse de Will et tu accèdes immédiatement à sa requête ? Sans te poser de questions ? S’il te demande de sauter, tu sautes ? Son frère ?!

-          Ça va ! ça peut paraître insensé mais je le crois. Will est bizarre, ces derniers temps. Il s’est absenté plus d’un mois, sans me prévenir une seule fois et j’apprends qu’il était à deux doigts de crever. Alors, oui, ça ne m’étonne pas, même si sa famille est dans le coup. Je dois même préciser : surtout si sa famille est dans le coup.

-          Ils ne chercheraient pas à s’en débarrasser ?

-          Ils l’ignorent, ils l’ont rejeté de leur vie, ils ont plus d’estime pour un chien que pour lui, ce sont des gens dégueulasses et obscènes mais non, ils ne chercheraient pas à tuer Will. ça ne leur apporterait rien.

-          Tu es sûr de toi ?

-          On ne peut plus sérieux. Will s’est embarqué dans un truc qui l’a dépassé.

-          Et tu risques d’en faire autant.

-          Peut-être mais sa famille l’a déjà laissé tomber. Pas moi.

Marie-Agnès soupira avant de feuilleter les dossiers dans un tiroir.

-          Il va m’en vouloir mais tu es parfois plus sain d’esprit que lui.

-          Je ne lui dirai pas que c’est toi.

-          Ça ne peut être que moi. Ce n’est pas EDF qui va te communiquer son adresse sur un appel anonyme.

-           Merci, tu seras la première prévenue…

-          Quand je le reverrai assurer ses cours ! Compléta-t-elle en agitant la main.

Van se précipita dans la voiture d’Hugo, l’air triomphant en agitant le petit papier. Hugo démarra en trombe. Van se doutait qu’il n’habitait pas loin mais lorsque le GPS leur indiqua de tourner à gauche et qu’ils étaient arrivés, cinq minutes plus tard, il était prêt à se fracasser la tête contre la vitre. Ou plutôt, celle de Will dès qu’ils l’auraient retrouvé.

Hugo fit mine de descendre mais Van lui ordonna de rester là. Le cadet protesta.

-          Tu restes ici, compris ? Et ne t’avise pas de me suivre.

Il grimpa jusqu’au sixième étage avant de réaliser qu’il n’avait pas la clef. Il analysa l’espace et souleva le paillasson. Ça pouvait paraître étrange mais Van se doutait qu’il avait laissé la clef chez lui pour ne pas sortir encombré d’objets personnels. Il avait compris depuis longtemps qu’il menait une double vie. Le club ne lui rapportait presque rien et un salaire de mi-temps en tant que livreur de pizzas ne lui permettrait même pas de payer son loyer. Il tâta une à une les lattes de parquet avant d’en sentir une branlante. Il la souleva légèrement et tâtonna jusqu’à trouver la clef qu’il inséra dans la serrure.

            Un bolide se jeta sur lui en aboyant plus fort qu’un bébé criard en pleine nuit. Il balança son pied sur le chien qui atterrit en couinant sur le lit. Van se reprocha son attitude et se précipita sur l’animal pour constater qu’il était simplement sonné mais qu’il devait avoir faim. L’animal se dressa sur ses pattes arrières, les oreilles couchées et grogna, la babine retroussée. Dans un coin au-dessus du four à micro-ondes trônait un paquet de croquettes qu’il donna généreusement au chien dans sa gamelle.

            Une fois tranquille, Van regarda autour de lui. Visiblement, Will n’était pas retenu chez lui, à moins qu’il ne fût ligoté sous le lit, ce qu’il prit la peine de vérifier. L’endroit n’était pas assez grand pour se permettre de douter. Effectivement, Will ne dormait plus dehors mais c’était tout de même triste à voir. Sans s’introduire dans son espace, il regarda autour de lui si un message quelconque avait été laissé à son intention. Rien sur les murs ni par terre. Il avisa l’ordinateur. Il l’alluma et comme prévu, il était protégé par un mot de passe. Il ne mit cependant pas longtemps à le cracker, en référence à des positions dans le style de combat vietnamien. En réalité, van put s’apercevoir que tous ses documents étaient protégés par des mots de passe qui devenaient tout de suite beaucoup plus compliqués. Au bout de trente minutes, il renonça. Ça ne le regardait pas après tout et rien ne prouvait qu’il ne déclencherait pas un système d’autodestruction.

            Van eut alors un vague espoir. Un indice que lui-seul pourrait trouver si Will avait jugé utile de le prévenir. Il avait regardé sous lit mais il n’avait pas regardé entre le lit et le matelas. Un fil de fer était relié à l’armature du lit, aussi vieux que le monde. Van eut une bouffée de nostalgie. Après tout ce temps, même s’il affirmait qu’il ne faisait plus confiance à personne, ou du moins le laissait-il suggérer, Will avait gardé ce fil de fer. Une promesse qu’ils s’étaient faite à l’école primaire de ne jamais se séparer au moment où Van devait partir parce que ses parents divorçaient. Van connaissait désormais ses sentiments mais il savait que ça n’avait rien à voir. Le soir où Will avait été mis à la porte, il avait gardé sur lui ce fil de fer. Il n’avait rien à manger et à peine vingt euros sur lui avant que ses comptes ne soient bloqués mais il avait gardé ce fil de fer. Van était obnubilé. Il l’avait mal jugé. Il le croyait égoïste mais c’était lui le plus prompt des deux à juger les gens.

            Bon, ça ne réglait pas leur histoire. Avant de partir, Will avait-il pris cette précaution, sentant lui-même que quelque chose ne se passerait pas comme prévu ? Ou était-ce un simple fil de fer attaché là pour éviter que le lit grinçant ne tombe ?

            A partir de là, où chercher ? Si Will était à la limite de la manie, ce n’était peut-être pas le cas de la personne qui l’avait soigné pendant sa convalescence. Il inspecta le moindre recoin de la pièce. Il pensa alors aux poubelles. De nombreuses boulettes de papier y avaient été jetées et la poubelle débordait. A la limite de la manie, Will n’aimait, malheureusement pour lui, pas faire le ménage. Ça ressemblait à un code qu’il avait déchiffré. Des tonnes de noms en noircissaient le papier, l’un d’eux menait forcément à Will mais comment savoir ? Ces noms lui firent penser à un répertoire. Des répertoires, il en existait plusieurs sortes : papier ou numérique. Or si Will avait laissé sa clef sur le perron de sa porte, il n’avait sûrement pas pris son téléphone portable.

            Il pointa son regard vers la poutre. Solide, elle remontait jusqu’au plafond. Il frappa le long de celle-ci jusqu’à entendre un son creux au niveau du sol. Il chercha à nouveau entre son lit et la poutre et souleva la latte défectueuse. Il regarda le dernier numéro appelé, un type nommé Branco, certainement son aide-soignant et bien plus encore. Auparavant, il y a eu Jean, Yohann et lui-même. A tout hasard, il appela Branco. Il n’y croyait pas mais quelqu’un répondit.

-          Allô ?

-          Où est Will ? Lança Van.

-          Will ? Et vous, qui êtes-vous ?

-          Van, répondit-il, sentant qu’ils n’arriveraient à rien s’il ne se présentait pas.

-          Van… Van… Ah oui ! Son meilleur pote ! Oh, putain, ça tombe bien ! Comment t’as eu mon numéro ?

-          Tu veux que je te raconte mes premiers instants magiques avec Will aussi ? Dis-moi ce qui se passe !

-          Attends, il faut qu’on se retrouve quelque part. Avant ça, donne-moi une preuve que t’es bien celui que tu peux prétends être.

-          Ce serait plutôt à moi de te poser la question. Je suis chez Will avec son portable. Qu’est-ce qu’il te faut de plus ?

-          Bon, d’accord, au pire, je pourrai toujours te dégommer. Alors si t’es chez lui, tu peux te déplacer ?

-          Où veux-tu qu’on se retrouve ?

-          Will m’a dit qu’il devait trouver un type du nom de Jean, le père de Yohann, tu connais l’adresse ?

-          Ouais, il m’en a déjà parlé.

-          Je suis pas sûr qu’ils seront là-bas mais on devrait trouver quelques indices. On se retrouve là-bas le plus vite possible.

-          A quoi je te reconnais ?

-          Moi, je te reconnaitrai.

***

Le duo Branco/Van improbable, n’est-ce pas ?! Il faut vraiment que la situation soit critique ! A votre avis, qu’est-ce que ça va donner, hein ? Will parait froid comme ça mais il réagit constamment à Branco, ça va être intéressant avec Van de voir comment il va se débrouiller !

Stéphy : Tu poses plein de questions, hein ? Bah, t’auras la réponse au fur et à mesure :p Comment ça, je suis ingrate ?! XD

Posté par Lillycp à 13:47 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]